Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

vendredi 1 avril 2016

L'échec scolaire, c'est l'échec de l'élève ou c'est l'échec de l'école ?

Je ne sais pas trop ce qu'est (ou était, car son activité date de 2015, semble-t-il) TEDx. En ce moment, il existe tant d'officines, de groupes qui réfléchissent, mettent en cause, tentent de proposer de rebâtir l'éducation que je m'y perds. Ce dont je suis sûre, c'est que ce jeune homme, Hippolyte Labourdette, dit à sa façon beaucoup de choses que je ressens aussi. Et même si ce jeune homme est qualifié de certains comme "surdoué", cela ne devrait pas en faire un enfant à part pour l'école. L'école est en effet là pour élever (oui, Hippolyte, emmener plus haut) tous les enfants, ensemble. Il ne fait au final qu'énoncer des évidences, mais pourtant j'entends déjà l'ironie et le mépris de certains. Ce qu'il explique, tant d'élèves le ressentent, à divers niveaux, avec plus ou moins de violence et de souffrance...


Il a raison, comme Théo Delahaye ici ou Zoé Barbé : le monde a changé, le rapport au savoir aussi, les relations jeunes-moins jeunes que les jeunes aussi. Ronchonner, freiner, regarder ailleurs ou continuer comme si de rien n'était ne sont que des stratégies de dinosaures. D'ailleurs nous ne pourrons aider notre jeunesse à s'élever que si nous l'écoutons, que si nous parvenons à dialoguer.

Pour finir, Hippolyte cite Frederick Douglass, Américain du XIXe siècle, né esclave, à l'histoire incroyable : "Il est plus facile de construire des adultes solides que de réparer des adultes brisés."
C'est bien vrai.


lundi 28 mars 2016

Non, je n'ai pas corrigé...

Chers élèves, comme ça c'est dit : je n'ai pas corrigé les devoirs maison, je n'ai pas corrigé l'évaluation alternative, je n'ai pas corrigé l'évaluation sur la symétrie et les mesures de grandeurs, je n'ai pas corrigé vos travaux facultatifs.
En revanche, j'ai soigné les malades à la maison, j'ai mangé du chocolat, j'ai combattu moi-même la grippe et j'ai rangé mon placard. J'ai pas mal dépilé la paperasse, aussi, répondu aux mails en souffrance. Toutes choses que je pouvais faire avec le cerveau ramollo, tout ça à cause d'un virus d'une taille ridicule et au nom tranchant.
Il en a trouvé plein à la maison !
Je suis désolée, mais vous aurez donc vos copies à la rentrée. J'ai pour habitude d'être rapide à vous les rendre, mais là je suis crevée crevée crevée (triplement crevée, donc) et comme je bosse toute la semaine à venir à fond, je n'aurai pas le temps de bien analyser vos oeuvres mathématiques.
Et ce serait dommage de bâcler : corriger, ça sert à comprendre ce que vous avez compris et ce que vous n'avez pas compris, pour ensuite mettre en place ce qu'il faut pour progresser. Ca n'aurait aucun sens de le faire vite, c'est-à-dire sans réfléchir, mécaniquement.

Allez hop, au dodo.

Mallory, il a la classe, mais Jérôme aussi !

Dans mes missions de formation, ce qui est le plus intéressant, ce sont les échanges avec les collègues auxquels je m'adresse (bon, parfois aussi c'est frustrant, lorsqu'un collègue refuse d'emblée la formation, sort ses copies, soupire et aligne les remarques désobligeantes, quoi qu'on dise... Heureusement c'est une minorité, et de loin. Mais une minorité qui marque). Parfois nous ne sommes pas d'accord, parfois il faut du temps pour parvenir à échanger vraiment, en s'écoutant, mais je crois que je n'ai aucun exemple de journée de formation qui ne m'aurait rien appris, pendant laquelle les collègues stagiaires eux-mêmes ne m'auraient rien enseigné ou apporté.

La semaine dernière, c'est au Havre, avec des professeur des écoles qui venaient recevoir une formation sur la différenciation en mathématiques, que j'ai appris particulièrement plein plein. Un collègue, Jérôme Roméo, qui enseigne à l'école Louise Michel, nous a montré les jeux qu'il a fabriqués pour ses élèves. Son travail est impressionnant, et il nous a présenté tout le dispositif pédagogique, et répondu aux questions. Un enseignant modeste, actif, qui sait pourquoi il est là, qui construit, pour ses élèves. Manifestement, ça marche.

Jérôme Roméo explique que ses jeux visent à travailler des automatismes, des tâches simples qui préparent des tâches complexes. Dans ce but, il a préparé des jeux sur le mode du "pouilleux", mais il l'appelle le "mistigri", qui donne plus envie... 
Le principe est de former des paires. On pose les paires devant soi, et quand on ne peut plus poser de paires, on pioche tout à tour, une carte dans la main de son voisin de droite. Et on continue ainsi. A la fin, le perdant est celui à qui reste la seule carte qui n'a aucune correspondance, le "mistigri".

Jérôme en a élaboré des tas. Il nous a aussi transmis sa grille vierge, pensée pour être complétée et découpée facilement.

Mistigri problèmes

Mistigri tables de mutliplication

Mistigri conjugaison de aller et vouloir

Mistigri fractions, version en lettres
Et il y en a beaucoup d'autres. Jérôme est d'accord pour les transmettre, et je l'en remercie vivement.

En pratique, Jérôme propose à ses classes des jeux les lundis, mardis, jeudis et vendredis, en dernière partie de journée, après avoir écrit les devoirs. Il y consacre trois quarts d'heure, qu'il catégorise dans le travail des mathématiques ou du français, selon les jeux mobilisés. Il forme des groupes, et les élèves jouent à un jeu une semaine, à un deuxième la semaine suivantes, etc. 

Quand on demande à Jérôme ce qu'il aurait à répondre à des collègues qui lui diraient qu'apprendre, c'est sérieux et ça ne se fait pas en jouant, il écarquille les yeux et demande si ils existe vraiment des gens qui disent ça. Car pour lui c'est une évidence, le jeu est un des processus d'apprentissage efficace. Evidemment, il ne procède pas que de cette façon.
Mais il explique aussi ne vouloir à aucun prix abandonner cette méthodologie. Il l'affirme, et on sent que ça vient du coeur : les élèves progressent, ne décrochent pas, deviennent compétents, voire experts ("J'en ai, ça devient des bêtes en conjugaison, et franchement, personne n'aurait cru ça avant"). Même si cela ne porte "que" sur des compétences "simples", c'est déjà énorme, et surtout cela permet d'aller ensuite plus loin, d'emmener les élèves sur des tâches complexes, sans blocage, sans angoisse. Ses élèves sont motivés.

Il propose aussi des jeux de l'oie, comme ceux-ci :
Un premier exemple :



 et un autre :



Jérôme utilise aussi des jeux provenant du site La classe de Mallory, qui est également une mine en la matière. On y trouve des ressources très variées, des jeux, des vidéos, bref il y en a pour un moment à examiner tout cela !

dimanche 27 mars 2016

Au Moyen-Âge, il N'y avait PAS plus de tiers que maintenant

Aujourd'hui, mon mari a beaucoup visionné une émission de M6, l'Histoire au quotidien, intitulée "Vivre en France au temps des chevaliers et des châteaux forts". Du coup, je l'ai pas mal entendue, vu que nos bureaux sont dans la même pièce. Et ce soir, je fais mon petit tour de mes sites préférés, et que vois-je chez mes amis Dudu ? La même vidéo ! Sauf que là, c'est une petit morceau du doc pour parler en classe de proportions et de fractions :


Ce qui est intéressant, c'est que quelque chose cloche... Je vais exploiter ça avec mes sixièmes après les vacances !

vendredi 25 mars 2016

Les Dudu enseignés à l'ESPE

A l'ESPE (et à peu près partout où je passe en formation, ce qui fait pas mal d'endroits au final), je promeus le travail des Dudu. Les Dudu, j'en parle souvent sur ce blog : ici, , et encore ici par exemple. Mais voilà, aujourd'hui deux jeunes collègues m'ont fait vraiment plaisir, de façon tout à fait involontaire : elles ont décidé de mener leur thème de recherche en groupe sur les problèmes Dudu, leur impact en classe, sur la recherche de problème en général et tout. Elles m'en avaient déjà parlé en fait, mais je n'avais pas réalisé que c'était LE thème de leur recherche. Je suis très très contente : je crois que c'est ainsi que nous allons faire évoluer les pratiques enseignantes (bravo les filles !).

Cerise sur le gâteau, elles vont pouvoir interviewer Arnaud Durand... Qui a très gentiment accepté, et je l'en remercie bien bas. J'ai hâte de savoir ce que leur interview donnera, quelles questions elles choisiront, quelles réponses elles obtiendront. Mais elles vont aller en Bretagne, tellement elles sont motivées !

Cette belle énergie, ça mettrait une baffe à ma grippe naissante, tiens.


jeudi 24 mars 2016

Rallye à fond les manettes

Cette semaine, c'était rallye école-collège. Madame Pénot, de l'école Camus, est venue avec sa classe de CM2. Nous avons constitué des groupes de quatre élèves, deux CM2 et deux sixièmes, et proposé des problèmes. Le but : communiquer avec des enfants qu'on ne connaît pas, ou qu'on connaît moins, chercher, se creuser les méninges, faire des maths agréablement et, pour les CM2, découvrir le collège.

Ca a été un très bon moment. Les élèves des deux niveaux ont été sympas, et la communication a vraiment bien pris. Trois groupes de quatre élèves ont été récompensés, pour avoir particulièrement bien réussi à répondre aux problèmes. Mais personne n'a tout trouvé !

Merci beaucoup à madame Lougani, madame Pénot et aux deux mamans qui étaient aussi présentes.

L'événement en photos :


Au boulot !
travaux de groupes...
un mini patron pour l'exercice 5
Le même, à plat ou presque
L'exercice 4 était celui le plus exigeant en matière de précision
on se concentre...
Dé qui roule...

Une autre façon de représenter
il doit falloir mesurer quelque chose, mais quoi ?
Message d'Axelle, spécialement pour le blog.
La mouche est trop grosse, pas à l'échelle, mais superbe !

Mesurons autrement.

Les lots, pour les douze gagnants (merci madame O. pour cette
organisation impeccable !)
L'exercice 3

Dessiner, est-ce gagné ?
De vraies collaborations inter-degrés
l'exercice 1

Vérifications et débats

Quarante élèves au boulot, c'est beau !

mardi 22 mars 2016

Petit philosophe deviendra bon matheux


Sur Slate (et sur Quartz), un article présente une expérience pédagogique : faire de la philo à l'école primaire. Michel Tozzi l'avait proposée en France, et une fondation britannique (l'EEF, Education  ndowment Foundation) l'a mise en oeuvre à son tour. Des élèves de 9 et 10 ans ont pratiqué la discussion philosophique chaque semaine. Leurs résultats en maths, en lecture, et en écriture se sont considérablement améliorés. Le but de la discussion philosophique, c'est «Apprendre à parler pour apprendre à penser». Autrement dit, c'est encore un outil pour privilégier la parole de l'élève.

En Grande Bretagne, l’expérimentation a été menée auprès de 3000 enfants de 9 et 10 ans. Les enfants suivaient un cours de philo de quarante minutes par semaine, par le biais de discussions argumentées autour de poèmes, d’histoires ou de films, et des concepts tels que la beauté, grandir, le courage, l’amitié, la liberté»... Les enseignants avaient au préalable été formés à cet exercice.

Les élèves qui avaient eu accès à la discussion philosophique hebdomadaire ont gagné l’équivalent de deux mois d’apprentissage, quatre pour les enfants issus des milieux les plus défavorisés dans certaines compétences. Et ces bénéfices se sont encore fait sentir de façon mesurable pendant deux ans.
De la philo spécialement pour la semaine des maths !
Ici, un point de vue un peu différent, et intéressant.