Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

samedi 25 avril 2015

Jimmy le dodécaèdre

Lors des journées mathématiques à Paris au moins de mars, j'avais participé un atelier d'origami. Une collègue de l'APMEP nous avait enseigné les bases de la construction du dodécaèdre sans colle.
J'étais revenue avec mon assemblage des trois modules :


La collègue nous avait expliqué qu'ensuite, il ne s'agissait que de compléter l'assemblage en suivant des principes identiques, et paf, on obtenait un dodécaèdre. Elle présentait d'ailleurs de très belles constructions, et passablement des dodécaèdres.

Alors comme c'est le premier jour de vacances, ma fille et moi en avons profité pour nous y mettre. C'était un bon moment, parsemé d'élans d'enthousiasme, de doutes et de silences perplexes, mais au final nous avons réussi. Nous y avons passé un temps fou. Je réessaierai pour voir si je peux aller plus vite, car pour faire faire cette construction au club maths, il va me falloir être plus sûre de moi.

L'après-midi en photos :

Du papier craft de couleur et de quoi tracer des carrés de 9cm de côté.

Je découpe des bandes de 7 carrés, ma fille les sépare.

Nous avons 42 carrés. En fait il nous en faudra 30 pour aujourd'hui.

Nous plions les modules. Ca va vite et c'est facile.
Je publierai bientôt un article qui en explique les étapes.

Nous assemblons les premiers modules et nous obtenons notre premier pentagone. 
Ma fille est toute contente, et le chien se demande si ça se mange, un pentagone en papier craft.

La première face de Jimmy

Après une intense réflexion, nous obtenons deux faces reliées. Ouf. C'était une étape importante.

Trois pentagones. Ca se passe à peu près bien, nous ne nous trompons presque pas.

Il ne nous manque plus que deux faces. Cela devient plus difficile car dès que nous raccordons d'un côté, ça se déoinque de l'autre. Zen, zen, zen.

Ben voilà. Ma fille a décidé de nommer ce dodécaèdre Jimmy.

Jimmy est vraiment magnifique.

Tout est une question d'équilibre

Au mois de décembre, nous avons parlé équations, en quatrième. Les élèves avaient bien digéré les règles de calcul littéral et étaient curieux d'appliquer leurs connaissances à des résolutions de problèmes. Autrement dit : mais madame tout ça est bien joli, mais à quoi ça sert ?

Voici l'extrait de programme relatif aux équations :


La méthode experte n'est pas exigible. Parfait : je peux développer mes explications comme j'en ai envie, en imageant mon propos, mais je me fixe pour objectif de faire comprendre le principe de l'équilibre dans une équation, équilibre indiqué par le signe "=".  Ensuite, chacun ira aussi loin qu'il en est pour le moment capable, et arrivera en troisième avec des acquis dans ce domaine de toute façon. Autrement dit, j'essaie de donner du sens à la notion d'équation, de mettre en évidence comme c'est simple, mais je n'exige aucune formalisation.

Nous avons donc creusé, sans que cela ne nous prenne un temps considérable. Au final, je crois que les principes de base de la résolution d'équations du premier degré sont passés mieux que d'habitude.

Nous avons commencé par cette activité, de l'excellent manuel Mathenpoche :


C'est une activité qui marche toujours bien : elle est simple, mais ensuite on peut s'appuyer sur les règles mises en évidence pour construire toute la suite.

Ensuite, j'ai sorti ma balance.
Comme des collègues m'avaient dit vouloir avoir ce que ça donne "en vrai", la suite de la séance est en vidéo. Les parents des élèves visibles ou qui interviennent de façon identifiable ont donné leur accord sans hésiter, et je les en remercie.

On démarre l'activité, et on se cale. La classe étant relativement sportive à tenir, je m'étais préparée à les laisser se lever, mais avec un peu d'appréhension. En fait tout va bien se passer car l'activité les a intéressés.

Dans cette première partie, je leur explique le principe de l'activité, et je fais le lien avec l'activité de Mathenpoche sur les billes.


Ensuite, nous commençons à manipuler pour résoudre. J'essaie de toujours faire le lien avec l'activité des billes et certains élèves percutent tout de suite. Sacha, à mes côtés, en sautille sur place tellement il a envie de répondre aux questions. J'insiste sur l'équilibre, sur le sempiternel"des deux côtés".


Nous en arrivons à résoudre l'équation.
Ensuite, deuxième exemple, avec une inconnue qui n'est pas en forme de X et dans laquelle l'inconnue figure deux fois. La proposition de Maxime est intéressante : x+x+x+1+1+1+1+..., et Sacha continue de percuter assez remarquablement. Vous aurez aussi droit aux remarques liées à l'usage de la caméra. Ils sont habitués, mais il faut bien faire un peu les andouilles...
A la fin de cette étape, nous avons modélisé. Nous avons écrit mathématiquement l'équation que nous observons dans la balance.


Ici, bonne nouvelle, le caméraman a trouvé comment zoomer. Mauvaise nouvelle, ça donne envie de vomir.
Comme la plupart des élèves ont compris, le bruit monte, jusqu'à ce que nous nous reposions des questions qui leur occupe l'esprit. Cette fois, mon objectif était de leur montrer que comme dans l'activité des billes, on pouvait additionner ou soustraire une même quantité dans les deux plateaux, mais aussi diviser ou multiplier par une même quantité (non nulle, si on divise).


Le bilan : que faut-il retenir ? Là, vous noterez que dans l'enthousiasme, j'écris la "bonne réponse" avant que les élèves ne me l'aient donnée. C'est mal. Ce qui est rigolo, c'est qu'ils réfléchissent quand même avant de répondre.
Ma synthèse est peu rigoureuse mais je me reconnais bien (et ça m'agace, d'ailleurs) : "Quand vous faites un truc d'un côté, faut faire le même truc de l'autre."


Add-on 1 : avant de ranger la balance, je me suis dit que je pourrais en profiter pour revenir sur les priorités de calcul. Transmettre l'idée que les opérations doivent être menées dans un certain ordre. En troisième ou au lycée, je vois beaucoup d'élèves essayer de se "débarrasser" des nombres parasites autour de l'inconnue d'une façon assez irrationnelle. J'essaie donc de raccrocher encore quelques wagons à mon activité.


Add-on 2 : réponse aux questions. Ca commence à flotter : c'est difficile, pour des élèves, de s'écouter les uns les autres. Il est temps que tout le monde retourne à sa place et s'attelle aux exercices d'application. Pour autant, j'ai réussi à accrocher deux élèves en grande difficulté, qui répondent et posent des questions.
On voit dans un des plateaux de la balance mes petits bouts d'épluchure de mes clémentines du midi, qui m'ont sauvée : mes objets avaient les bonnes masses avant cuisson, mais pas après... Du coup ma balance était plus ou moins bien équilibrée et j'ai dû tricher. 

D'où la jolie morale d'Alex, qui clôt bien cette partie de la séance.


vendredi 24 avril 2015

Copies à corriger au rang n=0


Même pas peur !

100% d'erreurs

En quatrième, activité d'introduction au thème des taux :

En 1935, on a introduit en Australie le crapaud buffle. Ce crapaud, venimeux, était censé lutter contre les insectes qui rongeaient la canne à sucre. Mais il ravage maintenant la faune locale.

1) La taille des 100 spécimens introduits à l'origine était au maximum de 14cm, mais en 2007 un spécimen de 38cm a été capturé. De quel pourcentage sa taille a-t-elle augmenté ?

2) Une estimation de la population actuelle des crapauds buffles est de l'ordre de 200 millions d'individus. Quel pourcentage de ce nombre représentent les 100 crapauds du départ ?


Je m'attendais à ce que cet exercice pose des problèmes aux élèves. Ils devaient chercher à résoudre ces deux questions chez eux, et je m'appuierai sur le débat qui naîtrait entre les élèves pour donner du sens à la notion de pourcentage et évoquer les représentations erronées et leurs causes. Nous pourrions ensuite rappeler les fondamentaux sur les taux et passer aux exercices d'application puis d'approfondissement.

Mais avant tout, je voulais travailler sur les ordres de grandeur. J'ai commencé par recenser les réponses obtenues par les élèves à la première question.
Le sujet du problème...
J'ai obtenu :
  • 163%
  • 36,8%
  • 5,32%
  • 271%
  • 24%
  • 7,14%
  • 63%
  • 0,24%
  • 4,98%
Au moins, j'avais de la matière...

Le débat s'est lancé tout seul, car les élèves ont été frappés par les disparités des propositions. Nous allions tout de même de 0,24% à 271% d'augmentation... Ce qui signifie qu'ils sont prêts à appliquer un calcul, écrire une conclusion, sans du tout faire la démarche de vérifier la cohérence ou sans s'apercevoir que le résultat n'est pas crédible.

Je suis partie de 24% : c'est une erreur intéressante, car le % remplace l'unité "cm". Ces élèves-là ont un souci de sens sur le symbole %. D'ailleurs, à la question "Ca veut dire quoi, ce symbole, %" ? J'ai entendu "C'est une unité". "Comme des mètres, les litres ou des kilos ?", ai-je demandé. "Ah non, pas pareil, parce que ça dépend de la valeur de départ". En effet, nous sommes sur une notion relative et non absolue. Mais ce n'est pas du tout une unité.

Une élève a eu une idée pour ne pas partir dans tous les sens : si le crapaud avait doublé de taille, il mesurerait 28cm. S'il avait triplé, il mesurerait 42cm. Comme il mesure 38cm, il est entre le double et le triple de sa taille initiale. Voilà un bon point de départ.

Que signifie, alors, en termes de pourcentage, doubler de taille ? La réponse qui fuse :  c'est une augmentation de 200% ! Puis, très vite : ah non, le crapaud mesure 200% de sa taille de départ, donc l'augmentation est de 100%. Pas mal : nous arrivons tranquillement à une difficulté de la consigne : c'est un taux d'augmentation que l'on cherche, et non quel pourcentage de sa taille initiale représente sa taille actuelle.


La classe s'est mise d'accord sur un résultat "à la louche" : on doit obtenir une augmentation comprise entre 100% et 200%, puisque la taille de notre crapaud a plus que doublé mais moins que triplé.
Cela nous laissait une seule proposition intitiale : 163%. Pas de chance, c'est faux.

Les élèves ont vraiment cherché à comprendre, du coup. Ils s'étaient trompés, tous, et pour beaucoup d'entre eux ils avaient obtenu des résultats vraiment peu crédibles. Maintenant ils s'en rendaient compte. C'était vexant ou surprenant, selon les élèves, et cela a favorisé un questionnement individuel. D'où des "Ah oui mais en fait madame, mon résultat il est idiot et j'ai pas vu !", "N'importe quoi, ce que j'ai écrit, j'ai pas réfléchi du tout !" voire "Mais pourquoi ça ne vous énerve pas, madame ?". Ca ne m'énerve pas parce que je savais que j'obtiendrai cette variété, et aussi parce que m'énerver ne m'a jamais aidé à faire comprendre quoi que ce soit à mes élèves. (Ce qui ne m'empêche pas de m'énerver parfois de façon tout à fait improductive, évidemment)

Nous sommes passés par la signification de taux "intuitifs", comme 50%, 25%, 75%. Cela nous a amnenés à la proportionnalité, puis à construire un tableau de proportionnalité de façon raisonnée, et alors c'est allé comme sur des roulettes. Les élèves qui avaient obtenu 271% ont compris pourquoi leur raisonnement était tout près d'être juste, les autres ont compris pourquoi il était faux. Cela allait de calculs automatiques mettant en jeu les bonnes données mais sans aucune signification, à des calculs qui impliquaient l'année 2007... Bref, de la ratatouille de calculs. C'est pas bon, la ratatouille de calculs, beurk. Mais nous avons expliqué chacune des erreurs. Parfois, c'était compliqué d'en trouver la cause, surtout que certains n'avaient pas écrit leurs calculs (malgré mes consignes trèèèès répétitives en ce sens).

Les derniers ecueuils étaient d'ordre méthodologiques : quelques élèves têtus voulaient absolument utiliser la touche %  de leur calculatrice pour obtenir magiquement la solution "car on leur avait dit qu'on pouvait tout faire sur les pourcentages en appuyant sur cette touche-là". D'autres mon demandé si "il n'y a pas une solution où on n'a pas besoin de réfléchir ?". Ben non. mon propos était justement de montrer que les pourcentages, c'est simple... A condition de réfléchir.

Vous l'aurez deviné, ce titre me hérisse

mercredi 22 avril 2015

J-2 !

Bon là, c'est plutôt ça:

J'ai joyeusement explosé mon record d'heures de boulot par semaine. On me dirait que j'ai bossé tout ce temps là, je ne le croirais pas... Heureusement avec

 les bouleaux qui pollenisent


et la pollution printanière
je me goinfre de cortisone, alors j'ai la pêche !


Mais la semaine prochaine ...

D'abord ça :

et aussi ça:

Voilà. J'écrirai sur mon blog. J'ai des tas d'idées d'articles, mais tellement pas de temps... 

Plus que deux jours. Deux petits jours...


samedi 11 avril 2015

Le miel, les fonds marins et le fil d'araignée

Un article du Monde.fr du 10 avril 2015 aborde une application des mathématiques dont j'ai parlé à mes cinquièmes il y a une semaine : le miel et les tartines. Une élève, qui a un caractère bien affirmé, réfléchit avec efficacité et qui veut comprendre, m'avait demandé si j'avais un exemple précis de sujet de recherche mathématique lancé "pour la plaisir", par curiosité scientifique, et qui aurait eu une application concrète. Ce qui m'est venu, c'est le miel sur les tartines. C'est dans le film "Comment j'ai détesté les maths" que j'ai découvert cela. Le jeune chercheur qui exposait ses travaux avait été contacté pour les appliquer à la pose de câbles sous-marins.


Lorsqu'on laisse couler du miel liquide sur une tartine, en déplaçant la tartine ou le flacon de miel, le filet dessine des points, des ronds ou des huit. Pourquoi ? La question est légitime et je m'étais étonnée de ne pas m'en être étonnée plus tôt.

" « Ce qui manquait était une compréhension “simple” du phénomène. Ce qui est différent de faire des mesures ou de réussir à résoudre des équations. Nous y sommes parvenus », estime Pierre-Thomas Brun, actuellement au Massachusetts Institute of Technology (MIT).
La clé ? La vitesse du fluide au contact de la tartine

Le modèle balaie des paramètres comme la viscosité du fluide, le diamètre de l’écoulement, la hauteur de chute… pour ne retenir que la vitesse du fluide au contact du tapis (qui dépend en fait de tous ces paramètres) et celle de la « tartine ».



Fixons la vitesse d’écoulement. Lorsque le tapis est arrêté, un rond se forme. Puis lorsqu’il démarre, le rond se « déplie » et forme des ressorts. En augmentant la vitesse, des boucles apparaissent, alternant de part et d’autre d’une ligne droite. Toujours plus vite, des vaguelettes se forment. Et enfin, plus précisément lorsque les deux vitesses deviennent égales, un trait droit strie le tapis. Parfois, entre les boucles alternées et les vagues, apparaît le W. Mais ce n’est jamais le cas si on fait l’expérience en partant d’une grande vitesse du tapis, puis qu’on la diminue. « Le fluide se retrouve un peu comme un coureur imaginaire sur un tapis de course. S’il court à la même vitesse que le tapis, ça va. Mais si le tapis devient très lent et que lui garde sa vitesse, il va devoir zigzaguer pour éviter la chute », justifie Pierre-Thomas Brun. Le motif en ressort correspond ainsi au maximum de circonvolution possible.
"

Cette fois, les applications concernent les propriétés (comme la rigidité) de filaments très fins, et permettent peut-être d'expliquer la solidité du fil d'araignée.

vendredi 10 avril 2015

Brèves de classe



- On veut compléter cet oiseau, ce roitelet, par symétrie axiale. Attention, ce n'est pas tout à fait simple car ...
- M'dame c'est quoi comme oiseau ?
- Heu, je ne sais pas car dans mes fichiers, une fois je l'ai nommé pinson et une fois roitelet. On va dire que c'est un pinson.
- Ou alors c'est un merle.
- Si tu veux. Franchement, ça m'est égal.
- Ben oui mais bon c'est pas une mouette !
- Où ça une mouette ? 
- Il n'y a pas de mouette, il y a mon pinson, là, et il attend que vous dessiniez son symétrique par rapport à la droite D.
{Deux élèves papotent au fond, sans rien écouter de la consigne}
- Hého, Augustin et Héléna, c'est par là que ça se passe, coucou !
- Ah bon, c'est un coucou ?

***

- Oooh, mais qu'est-ce que je peux remarquer, là, maintenant que j'ai tracé ces trois droites ?
- Elles sont toutes les trois droites !
- C'est vrai, mais c'est souvent le cas pour des droites, en géométrie euclidienne. 
- Je sais, je sais ! Elles se coupent !
- En effet. Elles se coupent n'importe comment ? Trois droites non parallèles se coupent toujours de cette façon ?
- Ah non, elles passent toutes sur le même endroit.
- Oui, elles ont la même intersection !
- Et comment appelle-t-on des droites qui se coupent en un même point ?
- Des droites consentantes !

***

- Quels solides avons-nous étudiés, depuis le début de l'année ?
- Le parallélogramme !
- Le triangle !
- Le rectangle !
- Ok, je recommence. Quels SOLIDES avons-nous étudiés depuis le début de l'année ?
- ...
- Les solides, c'est les trucs où on calcule le volume, des fois ?
- Par exemple, oui.
- Ah ben facile, les ronds !
- Non mais les gars, n'importe quoi, allez, un peu de sériosité ! Un rond ça peut être mou !