Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

samedi 4 juin 2016

Nos nouvelles carrières enseignantes

Hier, notre ministre nous a à nouveau adressé un message vidéo. Cette fois pour présenter ce dont les médias parlaient déjà depuis quelques jours : un nouveau dispositif d'avancement et de rémunération de nos métiers.


Que nos carrières soient revalorisées, c'est bien. Je ne suis pas sûre que cela suffira à concentrer les votes enseignants sur le parti socialiste dans moins d'un an. Mais le Café pédagogique explique, en allant au-delà de la seule amélioration du niveau de vie des enseignants :
"Pour l'OCDE, augmenter le salaire des professeurs est un levier d'amélioration des systèmes éducatifs dans les pays riches. Elle a montré qu'il y a bien, chez les pays riches (plus de 20 000 $ de PIB) une tendance entre l'importance du salaire enseignant et le niveau de performance des élèves. La France où le salaire, relativement au PIB du pays, est plus faible que celui des enseignants coréens ou canadiens, performe moins bien qu'eux. La tendance est nette. Avoir des salaires élevés permet d'attirer vers les métiers de l'enseignement les meilleurs étudiants. Quand les salaires sont faibles, on se retrouve en manque d'enseignants ou avec des candidats médiocres qu'il faut bien accepter pour remplir les places. Et finalement la société paye la note...."


Les durées d’échelon deviennent fixes pour tous, comme c'est déjà le cas en hors- classe. Les nouvelles durées d’échelon seront à mi-chemin entre celles actuelles du choix et du grand choix.
On est loin de l'idée de mérite, et il y a du pour et du contre. Cela atténue profitablement les effets du carriérisme, mais ne motive pas forcément à un supplément d'âme pour qui n'est pas complètement convaincu. Toutefois, deux fois dans la carrière, l'enseignant pourra zapper un an : au bout de 7 ans et de 13 ans, 30% des profs auront un cadeau d'un an. Ils passeront d'une carrière évolutive sur 26 ans à une carrière évolutive sur 24 ans. Ce qui veut tout de même dire qu'ils finiront, dans tous les cas, leur carrière en terme d'évolution bien plus tôt que leur vie professionnelle (en même temps, au vu des graphiques de la fin du document du ministère, il est possible que j'ai mal compris car ça ne colle pas). Tout le monde pourra accéder à la hors classe, ce qui est une bonne chose.

Après le 3e échelon de la hors-classe, la classe exceptionnelle pointera le bout de son nez. Il faudra attendre le dernier rendez-vous de carrière, et cette nouvelle classe sera prioritairement accessible aux profs d'éducation prioritaire ou ayant occupé des missions ou responsabilités particulières, pendant au moins huit ans. Ce que j'ignore, c'est si c'est rétroactif : est-ce que cela comptera d'avoir exercé longtemps en REP mais de ne plus y être ? D'avoir été formateur et de ne plus l'être ? 

  

"Chaque enseignant bénéficiera de quatre rendez-vous de carrière pour faire le point de manière approfondie et objectivée sur son parcours." Hé bin c'est pas beaucoup, ça !


Quatre rendez-vous de carrière, à la place des inspections ? Quatre en quarante ans ? J'aurais préféré des entretiens d'évolution annuels, comme c'est le cas dans beaucoup d'entreprises. Si les pratiques pédagogiques d'un enseignant ne sont pas adaptées (ce qui m'implique pas forcément que ce soit un glandu : on fait aussi des erreurs de bonne fois !) sur tel ou tel point, comment peut-il les modifier avec un rendez-vous tous les quatre ans ? Et si il a des questions, qu'il a besoin d'un observateur et d'une conversation approfondie pour faire évoluer sa réflexion, pourra-t-il demander des "rendez-vous" supplémentaires ? Le rôle des chefs d'établissements n'est pas très clair non plus dans le document :

"L’évaluation doit permettre de plus et mieux faire participer les personnels d’inspection et, dans le second degré, les personnels de direction au pilotage pédagogique, à la formation continue, au suivi et au conseil individuels et/ou collectifs ainsi qu’à l’accompagnement des personnels enseignants dans le cadre de leur exercice et de leur parcours professionnels."
Les personnels de direction voient ici leur rôle renforcé du point de vue pédagogique. Et donc, ça se passe comment ?
"Les modalités d’évaluation feront l’objet d’un groupe de travail avec les organisations syndicales représentatives."
Ah. Bon, j'attendrai donc.

Point positif : un effort pour aligner le premier degré sur le second. La disparité actuelle est en effet un scandale, et il semble que la volonté du gouvernement soit d'y remédier.

Pour les personnels formateurs, on nous annonce plus de temps pour la formation, avec 4 à 6 heures de décharge. C'est sans doute très bien d'un point de vue global, car beaucoup de collègues forment en plus de leurs heures de cours, ce qui ne leur permet pas d'assurer cette mission dans de bonnes conditions. C'est une reconnaissance et un confort (et surtout, cela permet de ne pas être absent devant nos élèves) que de bénéficier d'une décharge. En revanche, que deviendront les formateurs qui assuraient plus de 6 heures de formation hebdomadaires ?

Au final (je fais attention, il paraît que je râle tout le temps sur le blog ; je ne veux pas devenir acariâtre...) tout ça est plutôt positif : nous allons être mieux rémunérés, et il est possible que le système présenté permette davantage de transparence, peut-être plus d'objectivité et d'impartialité dans les choix effectués. Ces mesures rendront-elles le métier plus attractif, nous amèneront-elles de étudiants plus motivés, plus convaincus (il y en a, bien sûr. Mais pas assez.) ? Cela reste à voir. Un collègue me faisait récemment part de ses doutes et son "amusement" devant tout ça, mais a conclu par "... mais Najat Vallaud Belkacem aura un bilan de réformes inédit !", et c'est vrai.

Attendons et observons. Sans être acariâtre, on peut au moins être méfiant attentif.

jeudi 2 juin 2016

L'école vue par les parents ?

Un article de La Croix relaie les résultats d'un sondage : 52 % de l’ensemble des parents et 77 % des parents de lycéens estiment que "le système scolaire ne convient plus à la nouvelle génération d’élèves". 544 parents d’élèves scolarisés de la maternelle au lycée ont été consultés au mois d'avril. Ce n'est pas beaucoup, mais arrêtons-nous un moment tout de même sur leurs réponses.

Les parents constituant l'échantillon pensent qu'il n'est pas envisageable de se passer de l'école (Ouf, je garde mon job...). Ils reconnaissent la valeur ajoutée des profs, même avec les nouvelles technologies appliquées à l'enseignement. C'est un plus, pas un "à la place de".

Selon eux, les enseignants doivent avant tout transmettre des connaissances, mais aussi apprendre à apprendre (ce qui est en effet absolument fondamental) et préparer à la vie professionnelle (pour les établissements généraux, c'est raté, et les parents en sont bien conscients).

Dans la catégorie "valeurs", les parents attendent de nous que nous transmettions le respect (56 %), la discipline et la rigueur (55 %), le sens de l’effort, la persévérance. C'est rigolo, parce que nous on essaie, mais on aimerait bien aussi qu'ils le fassent, de leur côté. C'est avant tout un boulot de parents, non ? Beaucoup le font, d'ailleurs. Mais le mois dernier dans un établissement REP+, une maman crachait à la CPE :"Ouais mon fils il a traité la prof d'enculée, mais faut le comprendre, elle lui parle mal !". Alors pour apprendre le respect à certains enfants, ce n'est pas simple.

Autre point de taille, "le collectif n’est plus pour eux une priorité". Certes. Mais pourtant "la prise en compte de la personnalité de chaque enfant, son épanouissement personnel, le développement de la confiance en soi et des compétences de chacun" n'est pas forcément incompatible avec le collectif.

Enfin, les papas et les mamans souhaitent à une écrasante majorité (91 %) que nous améliorions la pédagogie. On y travaille, m'sieurs-dames. Mais c'est une demande légitime : le public scolaire change et nous impose de changer en permanence. D'un autre côté, quand on change sa pédagogie et qu'on sort des clous, même avec l'appui de l'inspection et des chefs d'établissement, bien souvent ça crisse et ça coince de partout... De nombreux collègues m'ont rapporté des expériences difficiles, même si là encore il ne faut pas généraliser.

Le directeur de l'institut du sondage conclut : « Les parents semblent ouverts à des changements. Ce qui est plutôt positif. À condition qu’ils n’en restent pas à une demande pragmatique d’enseignement à la carte, qui ne viserait que le seul intérêt de leur enfant. Il faudrait que ces évolutions puissent s’articuler autour d’un projet collectif, de valeurs communes, qui ne remettent pas en cause celles portées par la République. »

Ma maman vs André Stern

Aujourd'hui, je vais vous parler de ma maman, et ma maman va vous parler.

Ma maman fut une petite fille qui adorait l'école. Apprendre, découvrir, construire, c'était tout à fait son truc. Je l'imagine une enfant appliquée et consciencieuse. Elle m'a transmis, toute petite, ce goût : un véritable amour de l'école. Pour ce qu'elle représente de transmission, de socialisation, parce que, bien utilisée et bien vécue, elle est un tremplin, un véritable chance.

Au final, je n'ai jamais quitté l'école, pour ma part. Et je serais bien malheureuse de devoir m'en éloigner. J'aime jusqu'à l'odeur des établissements scolaires, c'est vous dire comme mon cas est grave.  Et un de mes grands plaisirs est de me planter dans un coin du hall pour entendre les enfants dans la cour, leurs cris, des bribes de phrases, leurs rires. A ce moment là, j'ai l'impression d'être parfaitement à ma place, dans mon élément, et de plain-pied dans la vie.

André Stern, lui, c'est tout le contraire. Il n'y est jamais allé, à l'école. Il en est très content aussi, et le raconte dans son livre, "... Et je ne suis jamais allé à l'école". J'en avais parlé ici, déjà. J'avais annoncé que j'allais le lire. depuis, j'en ai lu, des choses, mais toutes en lien avec mes obligations de boulot : pour la réforme, pour les nouveaux programmes, pour les formations REP+ et les autres, pour l'ESPE, pour mes étudiants. Mais son bouquin, je n'en ai pas (encore) eu le temps.
Alors que ma maman, si. C'est là que tout se rejoint : voici le pitch, puis son avis sur ce bouquin, puis un résumé détaillé.

…ET JE NE SUIS JAMAIS ALLÉ À L’ÉCOLE
HISTOIRE D’UNE ENFANCE HEUREUSE
Le résumé en bref : L’ouvrage est le témoignage d’André Stern, musicien, compositeur, luthier, écrivain,  journaliste,  conférencier et directeur de théâtre qui, suite au choix de ses parents,  n’a pas fréquenté l’école et s’en trouve épanoui, heureux, et parfaitement inséré dans la société. Il nous montre, par son exemple, une autre voie possible pour l’épanouissement,  le développement et les apprentissages de l’enfant sans pour autant se faire l’apôtre de la non-scolarisation.

Mon  avis :
André Stern veut nous amener à réfléchir sur la place de l’enfant dans notre société, sur la manière dont on l’accueille et dont on répond à sa capacité innée à apprendre, puis à sa soif de savoir. Il pose de vraies questions : Sommes-nous réellement bienveillants envers les enfants ? Est-il nécessaire de leur «  mettre la pression », de les mettre en situation de compétition ? De découper en tranches leurs temps d’apprentissage ? D’imposer des rythmes ?
Ses recommandations sont simples : accorder beaucoup d’attention à l’enfant, l’observer, le respecter, le mettre en confiance et le laisser développer ses enthousiasmes dans la durée. C’est ainsi qu’il développera ses compétences. De ce fait on s’interroge : l’école serait-elle  castratrice puisqu’elle détourne l’enfant de ses intérêts spontanés ?
Concernant le constat sur l’accueil de l’enfant et sur l’école, c’est sûr, nous pourrions  faire tellement mieux, dans la famille et dans l’école !
Pourquoi l’école ne développe-t-elle pas l’émerveillement chez les enfants ? Pourquoi chaque enfant n’est-il pas amené à constater : je suis au monde et tout cela s’offre à moi !
Le témoignage d’André Stern nous offre un merveilleux tremplin pour une réflexion fondamentale sur l’éducation des enfants et pourquoi pas des adultes… La pulsion vitale, génératrice d’enthousiasme, doit pouvoir nous permettre de conserver la capacité d’apprentissages nouveaux quel que soit notre âge. Certes on ne peut nier la nécessité de l’effort pour parvenir à la maîtrise et d’ailleurs André Stern ne la nie pas, mais l’effort va de soi lorsqu’il est généré par l’enthousiasme.
La lecture du livre ne m’a pas été agréable : André Stern explique de manière très détaillée et appuyée tout ce qui a fait la richesse de son parcours et j’ai souvent eu l’impression de lire un hymne à lui-même et à sa famille. Mais les dernières pages de l’ouvrage légitiment, à mes yeux, toutes celles qui précèdent. A mon sens le livre est mal construit pour qui ne connait rien de l’histoire de l’auteur et de ses idées. Il  m’a agacée avant que je comprenne à quel point il est sincère dans sa démarche pour amener l’individu « à faire, en toute conscience, des choix personnels, honorer son originalité, être l’artisan de son propre devenir ».
Ceci étant posé, je pense que son parcours singulier est celui d’un individu singulier, intelligent, bon, qui a grandi dans les conditions particulières d’un environnement aimant, intellectuel, intelligent et stimulant, qui a su ne jamais donner dans le jugement assassin, l’enfant  n’a jamais eu à faire face à « l’ironie des adultes… tellement délétère pour les enfants ».
On peut aussi réfléchir sur sa liberté de parole, de penser et d’être : une telle éducation ne génère-t-elle pas, même au plus profond de soi, une forme de soumission à la famille ? Oserait-il affirmer une totale originalité qui contredirait la manière dont il a été élevé ? L’école n’est-elle pas la voie royale pour l’émancipation de l’enfant ? Jusqu’à quel point cette émancipation est-elle nécessaire…
Hou la la ! J’ai mal à la tête.


Le résumé détaillé :
André Stern est né en 1971, dans une famille aimante d’intellectuels totalement concernés par le développement harmonieux des enfants, soucieux de préserver leur spontanéité, leur rapport à eux même, l’ «écologie » de leur enfance, afin de leur permettre de s’accomplir en tant que personne et de trouver leur place.
Son père c’est Arno Stern, pédagogue, créateur de l’Académie du jeudi puis du Closlieu, atelier où les enfants et les adultes pratiquent le « Jeu de peindre » sans consigne, sans jugement, sans compétition. Sa mère, Michèle, enseignante en maternelle, rencontre son mari alors qu’elle est en recherche de ce qui pourra nourrir son enseignement lors des exercices graphiques qu’elle doit réaliser en classe.
André Stern commence son ouvrage en situant sa famille paternelle puis maternelle à partir de ses grands-parents. On sent dès les premières pages à quel point la famille est importante pour lui.
Il nous décrit une enfance riche, heureuse, sans contrainte, où « tout allait de soi ».
Il nous expose ensuite de façon précise les activités/passions de ses « semaines types ». A partir de douze-treize ans en effet, son temps se structure, naturellement, s’organise de façon rigoureuse autour de ses centres d’intérêt : la dinanderie*, la danse, la photographie…Six heures sont consacrées à la dinanderie chaque semaine. Les parents sont amateurs de dinanderie et de céramique et voyant le jeune André s’y intéresser, ils cherchent et trouvent un atelier  susceptible de l’accueillir et de l’initier à cet art. Par le biais de la dinanderie, il découvre des notions de géométrie et de chimie appliquée. En parallèle il reçoit des cours d’algèbre, d’anglais ; il aborde l’informatique, prend des cours de tissage, de céramique. Le mercredi, il peint avec son père. Il participe également à des cours de danse et de kalaripayat* avec sa cousine. La photographie l’ayant toujours passionné, il intègre un cours de photo.
Les activités sont nombreuses mais choisies par l’enfant. Les parents n’imposent rien et même ne proposent rien. Ils observent les diverses curiosités de l’enfant, ses enthousiasmes et les accompagnent discrètement. Ils mettent à disposition de « grands et beaux livres », choisis avec soin ; l’enfant pioche ceux qui l’intéressent ; ils cherchent, avec discrétion toujours, un atelier, un cours, la  personne intéressante et compétente susceptible d’accompagner au mieux l’enfant dans son apprentissage. Ainsi c’est  tout naturellement que se réalise  sa socialisation.
* la dinanderie : art de façonner le métal en le battant.
* le kalaripayat : art martial et médical
Le second chapitre descriptif des découvertes et apprentissages de l’enfance est consacré aux « heures improvisées ». Ce sont les activités et apprentissages hors structure hebdomadaire, même si elles peuvent en découler.
La littérature, les expositions et salons, les découvertes au fil des livres qui arrivent en abondance dans la famille, une séance au planétarium du Palais de la découverte, un spectacle qui lui permet de découvrir le chant diphonique*, une visite au salon de l’agriculture suivie d’un séjour dans la ferme de son oncle, la découverte des locomotives lors d’une exposition au centre Pompidou, l’observation passionnée des automobiles, les cadeaux reçus : Lego Technic, guitare, les tours de magie observés au Bon Marché, une grande exposition sur l’Egypte ancienne…(la liste n’est pas exhaustive)…tous ces supports éclectiques ont constitué l’environnement de l’enfant, des outils dont il s’est saisi avec enthousiasme, qui l’ont amené à approfondir, à étudier, sans contrainte, tel ou tel centre d’intérêt, naturellement animé par une curiosité spontanée, la soif de comprendre, de maîtriser.
*diphonique : Le chant diphonique est une technique vocale permettant à une personne de produire un timbre vocal caractérisé par deux notes de fréquences différentes. (source Wikipédia)

Dans le chapitre suivant : « ce qui deviendra mes métiers », André Stern expose comment, à partir de l’adolescence, certains centres d’intérêt sont devenus majeurs. Il s’engage totalement, avec enthousiasme et plaisir dans ces domaines, en toute liberté, sans être dans le carcan d’un emploi du temps rigide et il atteint l’excellence, une compétence reconnue.
o    La musique, présente dans sa vie dès la petite enfance, vient au premier plan : « J’étais pétri de musique, elle était mon unique occupation, mon unique préoccupation, elle bouillait en moi… « Têtu et enflammé, j’étudie dans tous les sens… »
o     La guitare, abordée dès quatre ans, objet de leçons, puis délaissée redevient source d’intérêt : «  ma croissance de musicien se déroule comme mon enfance : dans un écrin de confiance, sans mise en porte-à-faux, sans mise à l’épreuve, sans pression et sans crainte ».
o    La lutherie, découverte par un film de Claude Sautet : « un cœur en hiver », le conduit à chercher avec opiniâtreté qui l’accompagnera vers la maîtrise de cet art. Il finit par rencontrer Werner Schär qui devient son « maître » et bientôt son ami. Là encore, l’apprentissage se fait harmonieusement : « Au cours de nos heures de travail en commun, voyant que les choses qu’il me dit me « parlent », voyant que je les assimile et les applique avec tendresse, il m’explique de plus en plus de nuances, il me montre de plus en plus de « secrets ». « Les jours passent avec une grande douceur, une grande régularité. Entre septembre et décembre ma première guitare vient au monde».
o    Le théâtre, observé dans tous ses rituels durant l’enfance, pratiqué « comme tous les enfants » lors de réunions de famille ne sort jamais de son champ d’intérêt. Par l’intermédiaire d’une amie, il rencontre Giancarlo Ciarapica, metteur en scène, qui cherche un musicien pour accompagner son spectacle. Il observe : « le métier de metteur en scène, que je découvre, se met à me fasciner ». Avec sa cousine, il intègre une compagnie et s’ « initie à tous les métiers du théâtre ». Avec Giancarlo, toujours : «  Nous avons fondé une nouvelle compagnie… »
o    Le journalisme, l’écriture : «  Dès mon plus jeune âge, j’ai joué à écrire ». Durant l’enfance André Stern conçoit des petits journaux à destination de la famille. A l’adolescence il participe au journal d’un ami puis continue à écrire : journal intime puis manuscrits romancés suite à un chagrin d’amour, articles sur Werner puis création d’un site Internet pour Werner, forums Internet… jusqu’à être nommé rédacteur en chef d’un magazine consacré à la guitare, associé à l’un des forums.

« Les techniques fondatrices » :
  • La lecture : de la même façon que chaque enfant apprend naturellement à marcher et à parler, André Stern a appris à « décrypter les mots ». Vers huit ans et «  sans stade intermédiaire », il lut couramment.
  • Les mathématiques : pour André Stern, «  la sensation mathématique s’installe toute seule ». Ce sont les situations du quotidien qui introduisent les notions élémentaires. Sa maman lui a expliqué, à sa demande, comment faire additions, soustractions, multiplications. La dinanderie lui a fait découvrir les calculs géométriques nécessaires à sa pratique ; la photographie l’a amené à comprendre certaines lois en optique. Lorsqu’il reçoit des cours d’algèbre, il aime rapporter la matière à son quotidien.
  • L’écriture : Enfant, André Stern s’en saisit par le dessin et le jeu.
  • L’orthographe et la grammaire seront acquises avec l’aide de ses parents, à sa demande là encore, puis par la lecture et enfin par l’apprentissage des langues étrangères.
  • Les langues : la famille paternelle d’André Stern est d’origine allemande, son frère aîné Bertrand vit en Allemagne. C’est donc tout d’abord par immersion qu’il a appris la langue. Un jeune étudiant anglais lui a donné des cours deux fois par semaine mais c’est essentiellement par la méthode Assimil qu’il a maîtrisé l’anglais. Cette même méthode Assimil lui a permis d’assoir ses connaissances en allemand puis, plus tard, d’apprendre le latin et l’espagnol.
  • La culture générale : son intérêt pour l’art lui a fait rencontrer l’histoire ; les voyages lui font découvrir la géographie ; les livres qui entrent dans la famille ont là encore joué un rôle essentiel : la maman, dès la plus tendre enfance lui lit des livres « sur la Rome Antique ou sur Jeanne d’Arc par exemple ». Histoire, géographie, anatomie, mécanique quantique, chimie, physique etc…ont été développés grâce aux livres : « que de jubilations au fil des pages de livres passionnants »… L’informatique fut défrichée dès ses débuts avec l’oncle Jean. La curiosité a fait le reste : « partant d’un simple article découpé dans un magazine spécialisé, je me frayais un chemin dans une jungle inconnue, menant une exploration aussi solitaire qu’enrichissante… ». André Stern a été émerveillé par les émissions du vulcanologue Haroun Tazieff à la radio et à la télévision et c’est aussi par la radio qu’il découvre Hubert Reeves et l’astronomie. Par l’intermédiaire de livres, films, visites au palais de la Découverte, il s’approprie les notions.
André Stern consacre les dernières pages de son livre à « nous livrer quelques réflexions » puis à répondre à quelques-unes  des nombreuses questions que l’on ne manque pas de se poser à sa lecture.
En préambule il affirme n’être que dans le témoignage, son propos n’est pas de critiquer l’école sur laquelle il dit poser « un regard neutre ». Il s’interroge : par manque d’informations les jeunes parents ne sont-ils pas inévitablement orientés vers l’école pour l’éducation de leurs enfants ?
Concernant les questions qu’on lui pose le plus souvent : non, le contact avec les enfants de son âge ne lui a pas manqué : « n’est-ce pas le contact avec d’autres personnes qui est capital ? »
A propos des motivations ses parents quant à leur choix de ne pas scolariser leurs enfants, il leur donne la parole : Papa s’exprime d’abord et il en ressort qu’il considère que l’école sacrifie l’élan vital de l’enfant « à des apprentissages appauvrissants », que les parents cèdent à la facilité en se déchargeant des enfants sur l’école et que « le résultat est terrifiant : bruit, violence, instabilité, dégoût, inculture… ».
Maman ensuite souligne l’importance de « permettre à l’enfant de se maintenir dans la dynamique naturelle qui l’habite, sans l’entraver stupidement… ». Selon elle : « l’école, dans sa rigidité structurelle, est gaspilleuse de la précieuse énergie des commencements. « Le moment d’enfance » est le capital naturel, mais irremplaçable, sur lequel se fonde la vie de chacun... ».

André Stern a le sentiment d’avoir toujours eu son indépendance, il n’a donc jamais eu de « crise d’adolescence » et n’a jamais non plus ressenti la nécessité de « couper le cordon ». Il n’a pas eu de difficultés à passer dans la « vie active » puisqu’il y a toujours été, il n’a pas connu  « le statut d’écolier » mais « un apprentissage vivant » : « ne sont-ce pas les étudiants, cultivés hors sol, que l’on greffe à la société un beau matin ? ». Il affirme que « la compétence prévaut indéfectiblement sur la qualification » et fait apparaître le rêve formaté des parents de voir leur enfant devenir médecin, avocat, ingénieur ou architecte comme aberrant, implicitement dévalorisant pour les autres métiers et pour les personnes exerçant d’autres professions. Il rappelle que les jeunes prodiges de l’informatique actuellement recrutés par les entreprises n’ont ni diplôme ni formation.
Il se défend d’attaquer l’école, puisqu’il n’a « rien à vendre » mais il dénonce « l’unification passive » « sous couvert d’égalité des chances ».
Il pense que chaque enfant est en capacité d’apprendre naturellement sans qu’on lui impose « une méthodologie et un rythme aussi étrangers qu’arbitraires ». Selon lui : « chaque enfant libre ira cueillir les éléments de ses apprentissages là où ses pas, son instinct et ses recherches le conduiront, rendant parfaitement superflue toute organisation préalable ».
Pour lui, peu importe le niveau culturel des parents, tout vient de l’enfant ; pas de nécessité d’être riche et il décrit la façon dont la famille a vécu : « nous nous contentions de peu mais nous ne renoncions pas au vrai » « nous ne renoncions jamais à acheter des livres, des disques ». Il réaffirme le climat d’amour et de confiance qui a présidé à son enfance générant une totale sérénité pour les enfants. Les parents n’ont pas à interrompre leur carrière mais de toute évidence ils ne peuvent plus, à l’arrivée de l’enfant, « mener la même vie qu’avant ».
André Stern précise que ses parents auraient admis que leurs enfants choisissent d’être scolarisés ; mais il se trouve qu’il n’a « jamais souhaité aller à l’école, même pas « pour voir ». ». Concernant les lacunes que son éducation a pu générer, il réplique : « la scolarisation est-elle une garantie anti lacune ? ! » et à propos de la notion de moyenne : « être dans la moyenne signifie, également, être dans la norme ; à force de ne connaître qu’elle, on prend l’habitude d’y rester, de s’y sentir en sécurité ». Et il est vrai que pour sa part, il a toujours atteint l’excellence dans les domaines qu’il a choisis.
Il n’oppose pas la non-scolarisation à la scolarisation. Il « ne milite en aucun cas pour l’abolition de l’école », évidemment conscient que tous les parents ne sont pas en situation d’assumer la non-scolarisation de leurs enfants. Il nous invite à réfléchir, à ne pas systématiser nos comportements en fonction de ce que la société propose ou impose, à ne pas vivre « à l’heure du fast-food idéologique, des formules de vie clefs en main »…
Il nous montre une autre voie.
En conclusion, il élargit la réflexion à la vie politique, à la planète, à l’humanitaire. Il nous rappelle notre liberté et d’une certaine manière notre responsabilité.

Bon, j'ai à nouveau envie de le lire... Et de pouvoir en discuter, car il y a là matière à débat... Cela semble aussi toucher ma vision fondamentale de l'école

mercredi 1 juin 2016

Un deuxième sujet du bac S 2016

Le sujet du Liban est sorti, et il est ici.

  • Le premier exercice est un exercice de géométrie dans l'espace. Il y est question de distances, de repérage, reproduit scalaire. En fin d'exercice, il s'agit de déterminer l'intersection de deux plans et de construire une section. 
  • Le deuxième exercice traite des probas, en trois parties : la partie A nous place dans un schéma de Bernoulli, la partie B enchaîne sur un intervalle de fluctuation, et la partie C réactive les probabilités conditionnelles. Pas de probas continues donc dans cet exercice.
  • L'exercice 3 propose une étude de fonction (avec de l'exponentielle), et enchaîne sur une étude de suite définie par une intégrale. Cet exercice-là me semble un peu particulier, dans le sens où il traite vraiment d'intégration.
  • L'exercice 4 des non spécialistes est un QCM dans lequel se succèdent la loi normale, les complexes (avec un ensemble de points à déterminer, ce qui ne va pas plaire à mes élèves), du théorème des valeurs intermédiaires ou de la résolution d'équation et un algo, pour lequel il faut donner l'affichage final.
  • L'exercice 4 des spécialistes est aussi un QCM avec de l'arithmétique (congruence, théorème de Gauss), un graphe probabiliste et un algo également.
  • L'exercice 5 amène à étudier une suite de nombres complexes et à en faire une interprétation graphique.

Je vais commencer à traiter ce sujet aujourd'hui, ce qui précisera mon avis, mais il me semble assez classique. Il a de commun avec le sujet de Pondichéry d'aborder la notion d'intervalle de fluctuation asymptotique, de remettre plus à la mode les probas conditionnelles, et de demander une section de solide.

dimanche 29 mai 2016

Ecole, handicap et belles déclarations

Notre ministre, madame Vallaud-Blekacem, nous a adressé le 20 mai, à nous enseignants, un message.


"L'école veille à l'inclusion scolaire de tous les enfants, sans distinction." ; 
"Laisser les enfants en situation de handicap hors de l'école serait un renoncement indigne de la République." ; 

La première question qui m'est venue porte sur l'inclusion et l'intégration : on ne nous parle plus d' "intégration", mot remplacé par "inclusion". Pourquoi ? Dans mon esprit, "inclusion" revêtait un caractère passif, alors qu'"intégration" me semblait réclamer des efforts de l'institution. J'ai un peu farfouillé et j'ai lu ceci, de Jean-Yves Le Capitaine, chef de service à l'Institut Public de la Persagotière à Nantes, qui s'intéresse particulièrement à la situation scolaire des jeunes sourds :

"Avec l’intégration, le problème c’est l’enfant, qui pour être intégré doit avoir des dispositions, doit bénéficier des compensations et de toutes les réadaptations nécessaires pour le rendre comme les valides, et doit s’adapter au milieu dit ordinaire, au regard des normes de celui-ci – normes excluant par définition les « a-normaux ». Le poids de l’accès à l’école se fondait sur les capacités de l’enfant à accéder aux normes d’une école faite pour une population sans incapacités. Avec l’inclusion, chaque enfant, chaque adolescent a sa place à l’école, quelles que soient ses caractéristiques. Et pour avoir sa place, on n’exige plus de lui qu’il soit comme les autres, mais il y a lieu que l’école s’adapte à ses caractéristiques (par des moyens de compensation et d’accessibilité) pour qu’il puisse avoir la même vie sociale que les autres."

Déjà, je comprends des choses que je n'avais pas comprises. Et je ne veux plus du tout d'intégration, si c'est ça, l'intégration. Avec l'inclusion, on ne cherche pas à "réparer" l'enfant, on lui donne une place à l'école, en s'adaptant à lui. L'enfant n'est pas un "problème". Ca, je suis d'accord. Je ne voyais pas l'intégration de cette façon, mais j'ai dû louper un truc. Un gros.


Jean-Yves Le Capitaine explique aussi que "avec l’inclusion, les risques de souffrance n’ont pas disparu, mais il s’agit maintenant de faire en sorte que l’école puisse accueillir tout le monde. C’est là que peuvent intervenir les services, dans un accompagnement qui ne se contente pas d’agir sur l’enfant, mais qui agisse aussi et avant tout avec et sur l’environnement pour le transformer. Si l’on reste dans le modèle de l’intégration, on tolère de l’école qu’elle ne change que superficiellement, et l’on se satisfait d’une école excluante. Parallèlement, vouloir garder l’école telle qu’elle est, y compris avec quelques aménagements, c’est aussi tolérer l’intégration de quelques-uns et l’exclusion de beaucoup. S’approprier le concept de l’inclusion, c’est vouloir changer l’école pour qu’elle soit accueillante. C’est évidemment un travail de long terme."

Je reconnais dans les propos de madame Vallaud-Blekacem des éléments de ce que je lis là, les explications en moins. Mais je suis sans doute de mauvaise foi ou de mauvais poil... J'entends de beaux discours (sur un ton monocorde à mourir d'ennui, d'ailleurs) recyclés, avec "les familles et les enfants méritent mieux que de beaux slogans", ou "trop souvent les personnes en situation de handicap n'ont eu droit qu'à des mots.". Mais on leur en ressert quand même, des mots. Plein, tout jolis. Et pas que des mots : des nombres, des stats, plein plein, comme ça ça fait preuve scientifique. Mais en attendant, on fait quoi, concrètement ?

On embauche des AVSH. C'est un progrès, c'est vrai. Dans mon établissement, j'en côtoie trois, de façon régulière. Des personnes formidables, motivées, à l'écoute. Mais ils sont trois ! Pour pouvoir bénéficier d'un AVS/AESH, un enfant doit avoir un handicap sévère, et/ou une famille tenace qui connaît ses droits et le système scolaire, qui sait ce qu'est la MDPH et le CMPP, qui va répondre trente-six fois à des tas d'interlocuteurs différents qui changent tout le temps, ne se parleront pas entre eux, et le tout sans se décourager. Un véritable parcours du combattant, au fil duquel on n'oubliera surtout pas de rappeler aux parents tout ce qu'ils n'auront pas fait (et qu'ils auraient dû deviner).

Nos élèves assistés d'AVSH, du coup, ne sont pas dérangeants : l'AVSH gère (et gère bien), et les enseignants essaient de s'adapter du mieux possible, même si les adaptations sont compliquées, d'un point de vue pédagogique : nous nous retrouvons parfois face à des enfants dont le niveau réel n'a rien à avoir avec le niveau de la classe qu'ils fréquentent. Rien de rien. Sans préconisation aucune de ce qui serait bien pour cet enfant. Alors au moins, nous leur proposons des activités de nos disciplines, nous leur donnons de l'attention, du respect, nous leur montrons qu'ils sont importants pour nous. C'est déjà ça, mais cela ne me suffit pas.

Et puis il y a les enfants qui souffrent d'un handicap pour lequel on n'a pas jugé nécessaire ou possible de leur octroyer le même accompagnement. Tout ne peut donc pas se résumer à l'apport des AESH... Là encore, côté enseignant, on s'adapte : préparer la trace écrite pour tel élève dyspraxique, un support pédagogique en couleur pour un dyslexique, penser à reformuler pour tel autre, ramasser les affaires envoyées balader partout par un enfant qui n'en peut plus, etc. Parfois, cela donne des situations difficiles à gérer au quotidien : il y a deux ans, j'avais dans une de mes classes neuf enfants pour lesquels il fallait, en évaluation, proposer une adaptation forte (proposer des consignes toujours illustrées, reformuler à l'oral toutes les consignes, faire reformuler pour vérifier la compréhension, permettre de ne pas rédiger les réponses, éviter les questions portant sur le champ du nombre...). Et là, l'enseignante que je suis se retrouvait devant un dilemme : quel que soit l'enfant que j'ai en face de moi, il est important, tout autant que son voisin. Mais comment puis-je, dans le contexte hyper normatif de l'école, aider chacun de la meilleure façon possible ? Quand je reformule à voix haute et que le voisin me demande gentiment si je peux arrêter, parce qu'il ne peut pas se concentrer, je fais quoi ?

Abandonner les notes, passer au tout-compétences m'a permis de me libérer d'une partie des contraintes. Les nouveaux programmes vont sans doute permettre, par leur organisation par cycle, d'avancer encore. Mais je n'ai pas de réponse à ma question principale : quand je propose un travail complètement différent à un enfant, parce qu'il a le niveau CE2 en 5e, quand du coup il le fait avec son AESH de façon déconnectée du reste de la classe, est-ce que je lui apporte quelque chose ? Est-ce que je l'aide à grandir ? Est-ce que je l'inclus ?

Quand madame Vallaud-Belkacem parle de "changements importants", d'"efforts considérables", de "changements nécessaires", est-elle prête à aller au bout de son raisonnement ? J'en doute : quand un ensemble de spécialistes, réunis par le ministère, avait justement préconisé d'abandonner le système de notes traditionnelles, la ministre n'a pas voulu suivre. Or si il y a bien quelque chose qui norme de façon incroyable, c'est la note !

Tout cela manque de cohérence. Que l'école inclue tous les enfants, c'est une belle idée et j'y souscris, d'autant que progresser dans la gestion des handicaps améliorerait l'enseignement vers tous les enfants. Mais pour le réaliser, il faudrait nous former, nous permettre de nous concerter, entre AESH, accompagnants extérieurs et enseignants, pour que nous puissions travailler ensemble, et puis il faudrait prendre de vraies décisions, aussi : des préconisations en terme pédagogiques, par exemple, ou en terme d'évaluation certificative (les examens nous limitent et sont vidés de leur sens et de leur utilité).

Jean-Yves Le Capitaine l'explique : "l’école, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, n’est pas en mesure d’accueillir dans de bonnes conditions ces élèves handicapés. Pas seulement à cause des moyens, ou de la formation. Mais parce qu’elle n’a pas uniquement une fonction d’instruction, mais aussi une fonction de « distribution sociale  » qui s’appuie sur des pratiques de sélection et de compétition. La révolution de l’inclusion bouscule fondamentalement le fonctionnement de l’école actuelle. Mais le principe d’égalité et de droits des élèves en situation de handicap exige pourtant que cette révolution ait lieu, et que, pour reprendre les propos de H.-J Stiker, le milieu ordinaire se spécialise ."

Autrement dit, il faudrait vraiment changer le fonctionnement de l'école et en finir en particulier avec ce système qui classe, et qui, en classant, exclut. Mais évidemment, c'est plus facile de dire qu'un changement de fond est en route, et de tout faire reposer sur les épaules des AESH. Sauf que c'est malhonnête.

Maths et Lego

Sur Images des mathématiques, vous trouverez ces jours-ci un très chouette article sur les mathématiques des Lego, d'un point de vue combinatoire : combien d’empilements différents peut-on créer avec N briques similaires ? L'article nous apprend que "cette question de combinatoire doit être rapprochée d’une famille célèbre de problèmes ouverts, systématiquement étudiés depuis Golomb, et portant sur le dénombrement de structures baptisées polyominos (une généralisation des dominos)."
La démarche est très clairement expliquée et m'a donné envie d'aller plus loin. Ca tombe bien, il y a de la biblio...
etc.

Et l'auteur présente un joli théorème :

samedi 28 mai 2016

Boulipo

Une de mes élèves de troisième m'a demandé quelle était l'origine étymologique des mots "sphère" et "boule". Alors voilà : "boule" vient du latin bulla, qui signifie « objet sphérique, bulle d’eau ». Quant à "sphère", le mot viendrait du latin sphaera (« sphère ») et du grec ancien σφαῖρα, sphaîra (« balle, ballon, globe »).

Du coup, on ne retrouve pas du tout étymologiquement la distinction mathématique entre les deux objets : si r est un nombre positif et O un point de l'espace,
  • la sphère de centre O et de rayon r est l’ensemble des points de l’espace situés à une distance de O égale à r ;
  • la boule de centre O et de rayon r est l’ensemble des points de l’espace situés à une distance de O inférieure ou égale à r. 
Pour les élèves, cela devient rapidement "la boule est pleine, la sphère est creuse", même si cette année mes élèves se sont plutôt interrogés sur l'existence réelle de tels objets (en particulier la sphère) ou sur leur nature purement mentale.

D'ailleurs, on parle aussi de boule ouverte (la boule sans la sphère) ou de boule fermée (avec), dans une branche magnifique des maths qu'est la topologie.

Blague (de prof de maths)
Pour terminer sur le sujet, un peu d'Oulipo, de Michèle Audin :