Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

vendredi 9 septembre 2016

44

44, c'est le nombre de travaux facultatifs que mes élèves (j'ai deux classes...) m'ont rendus juste cette semaine.

44... Quand je suis partie du collège au moment de la récréé du midi, j'avais des grappes d'élèves, sur les marches du hall, sur des bancs, qui faisaient ensemble mes fiches. J'en ai été émue... C'est juste pile ça que je voulais : des gamins qui cherchent pour le plaisir, qui échangent, qui comparent et débattent.

Voilà une année qui démarre décidément bien. Et puis c'est bien : je ne vais pas m'ennuyer.

Bon, ben au boulot !

jeudi 8 septembre 2016

La mixité sociale dans les collèges parisiens (et ailleurs)

Sur son blog, Thomas Piketty pose la question suivante : le gouvernement souhaite-t-il vraiment promouvoir la mixité sociale, ou bien va-t-on en rester aux effets d’annonce ? 

En 2015, le ministère de l’éducation avait annoncé la mise en place de nouveaux dispositifs visant à réduire la ségrégation en vigueur dans les collèges. Aujourd'hui, où en sommes-nous ? On observe toujours un niveau scandaleux de ségrégation sociale. Thomas Piketty illustre son propos par l'exemple "absolument extrême" de Paris : "des travaux récents, comme ceux réalisés par Julien Grenet dans le cadre de la consultation en cours, ont souligné en particulier le rôle clé joué par les collèges privés, et le fait que de meilleures procédures d’affectations des élèves, plus justes et plus transparentes, pourraient permettre d’améliorer nettement la situation. (...) Les collèges privés pratiquent une exclusion quasi complète des classes sociales défavorisées, et contribuent ainsi fortement à la ségrégation scolaire d’ensemble. Cela s’explique en partie par le fait que ces collèges sont payants (ce qui fait fuir les parents les plus pauvres), et plus encore par le fait que les collèges privés peuvent choisir eux-mêmes les élèves qu’ils acceptent et ceux qu’ils refusent."
Thomas Piketty préconise donc de faire rentrer les collèges privés dans une procédure commune d’affectation des élèves aux collèges, mesure qui va faire hurler certains. Mais il rappelle que ces établissements bénéficient d’un financement public massif, et qu'il est alors normal qu'ils soient soumis à des règles communes, aussi en ce qui concerne les règles d’affectations des élèves : "La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des façons d’améliorer la situation. En faisant rentrer les collèges publics et privés dans un même système d’affectation des élèves, il est possible de faire fortement progresser la mixité sociale au collège", ce qui est encore plus simple à Paris qu'ailleurs, vu les densités de populations scolaires.

Je vous recommande vivement la lecture de son article. C'est un constat révoltant, mais nous devons en avoir conscience si nous voulons contribuer à faire changer les choses. Chaque enfant a le droit d'apprendre dans les mêmes conditions, sans distinction de classe socio-culturelle. C'est une question de justice, de solidarité, et un enjeu fondamental pour notre société. Développer les dispositifs de soutien à l'éducation prioritaire c'est très bien (vraiment, ne voyez aucune ironie dans cette affirmation), mais chercher à améliorer la situation en amont, c'est encore mieux. Et nous avons tous à y gagner.

Le club maths reprend la semaine prochaine !

Attention, cette année c'est trèèèèèès compliqué : le club maths n'aura pas lieu de même jour selon que nous serons en semaine A ou B... Première séance lundi 12 septembre !


Dans l’intimité du brouillon

Lorsque j’étais enfant, le cahier de brouillon était un outil naturel pour nous, en classe. Je me souviens très bien de ces cahiers aux feuilles rugueuses et beigeasses, à la couverture rouge ou verte, qui ont accompagné ma scolarité de primaire. Par la suite, au collège, avions-nous un cahier de brouillon ? Je ne m’en souviens pas. Pour ma part, j’ai toujours utilisé du brouillon en travaillant : papa gardait tout le papier qu’il n’avait pas distribué à ses élèves et nous en avions une pile. J’aimais beaucoup ces feuilles : la longue écriture décidée, tellement élégante et sans concession de papa, au dos de mes essais plus ou moins réussis de dissertation ou de démonstration, me rassurait ; parfois je prenais une pause pour lire des formules incompréhensibles pour moi, avec cette odeur d’alcool caractéristique des machines pré-photocopieuses.
Devenue enseignante, j’ai bataillé ferme pour que mes élèves « cherchent au brouillon ». J’ai imposé l’achat d’un cahier qu’ils n’amenaient jamais ou n’utilisaient pas, j’ai demandé qu’ils se servent de leur cahier d’exercices aussi comme brouillon, mais je n’ai pas réussi comme je le voulais, jusqu’à ce que j’aie ma salle. En même temps que je suis passée du lycée au collège, j’ai pu avoir ma salle à moi. Avec mes étagères, et, dessus, mes feuilles de brouillon. Une grande pile, un haut tas de feuilles, dont les élèves peuvent aller se servir à volonté. Et au final, ils en utilisent, plutôt abondamment. Il suffit de quelques élèves qui vont en chercher pour que les autres en aient l’envie ou le besoin, brusquement. Et là, c’est parti.
Si je parle du brouillon aujourd’hui, c’est que dans le train qui me ramenait d’une réunion fort intéressante sur lire-écrire-parler dans toutes les disciplines, j’ai lu un article universitaire, « Le brouillon scolaire, ce « saliscrit » », de Latifa Kadi. Et cet article m’a intéressée, et interrogée de diverses façons. J'avais déjà parlé brouillon ici,  et aussi . Visiblement, la question me taraude.

L’auteur commence par étudier les diverses interprétations de l’étymologie du mot « brouillon ». Dans tous les cas, ce qui en ressort, c’est l’aspect crado et ratatouille du brouillon. Les synonymes du mot sont eux aussi à connotations négatives, dans le champ de la confusion, du trouble et du tumulte.
Ensuite, madame Kadi expose les réponses d’étudiants (mais on ignore dans quel domaine ils étudient) interrogés sur leur rapport au brouillon. C’est intéressant : les étudiants expriment une grande ambivalence, voire des contradictions. Ils reconnaissent l’utilité, voire la nécessité du brouillon, comme défouloir, comme étape intermédiaire, comme lieu d’élaboration de la pensée et d’opérations mentales, mais il est aussi un objet honteux, qu’on ne montre pas ni ne se transmet.
Je comprends, bien sûr, cette réaction : le brouillon est souvent défini comme très personnel, voire intime. Il contient tout : les germes de ce qui va devenir la production finale, propre et le plus juste possible, mais aussi tous les errements, toutes les erreurs. C’est justement en cela que le brouillon est un outil formidable pour l’enseignant : il ouvre une fenêtre sur une partie des mécanismes de compréhension des élèves, sur leur imaginaire, sur des blocages, sur des fonctionnements mentaux. Sans être un mode d’emploi pour remédier, c'est une porte ouverte sur la compréhension de l’autre, qui parfois nous est tellement étrangère. Cela vaut bien de ne pas se formaliser sur une caricature de prof de maths ébouriffée… Et puis c'est un appui pour l'élève lui-même, pour réfléchir, remettre en cause, se laisser le temps, se donner la possibilité de réécrire.


Madame Kadi explique dans son article que demander à lire les brouillons est souvent perçu par les étudiants comme « une véritable intrusion dans leur sphère privée, comme une violation de leur liberté et de leur espace ».  Je ne m’adresse pas à des étudiants, mais à des élèves. Je n’exigerai jamais qu’on me donne un brouillon. En revanche, je demande souvent si je peux le ramasser, et jamais les élèves n’ont semblé gênés. Au bout d’un moment d’ailleurs, beaucoup insèrent leurs brouillons dans leur copie : « On ne sait jamais, il y a peut-être des choses bien dedans », me disent-ils, ou encore « Comme ça vous allez comprendre comment j’ai réfléchi », voire « Vous pourrez peut-être m’expliquer ce que j’ai voulu faire, parce que moi au final je n’en sais rien ». Sans doute leur plus jeune âge explique-t-il cette confiance, ainsi que la différence d’âge entre nous, qui doit me ranger dans une catégorie d’adultes protecteurs et éducateurs, à connotation maternelle. Peut-être aussi le fait que je ne note pas facilite-t-il les choses : évaluer est dissocié de noter. Moi-même j’utilise souvent une partie de mon tableau en brouillon, en le notant en haut et en m’en donnant à cœur-joie dans les gribouillages et les ratures. En tout cas, j’aurais bien du mal à m’en passer : je comprends mieux mes élèves, à leur lecture, et c’est encore plus important chez les élèves discrets à l’oral, qui n’osent pas poser leurs questions devant leurs camarades, ou chez les précoces, dont le raisonnement en arborescence est bien complexe et opaque si on ne dispose que de la conclusion. Il m’arrive aussi de projeter un brouillon, avec l’autorisation de son auteur, pour en montrer l’intérêt, que la démarche aboutisse ou non, à une conclusion juste ou pas. Simplement, je préviens toujours l’élève concerné de ce que je vais en faire. Je n’entends pas de moqueries, et de plus en plus d’élèves me proposent le leur, « au cas où »… Travailler sur les brouillons, les montrer, les valoriser comme outils d’apprentissage, permet alors de décomplexer les élèves quant aux erreurs. On insiste sur la démarche, on valorise une réflexion, un engagement, et non un résultat.


Un autre point qui m’a intéressée dans l’article de madame Kadi renvoie à la nature particulière du brouillon : le locuteur joue un double rôle, celui de scripteur et celui de lecteur-relecteur, en passant sans cesse de l’autre. C’est bien que le brouillon favorise une réelle réflexivité et revêt une importance considérable dans les apprentissages, tant du point de vue de l’appropriation des contenus que méthodologiquement. Jacques Anis rapproche le brouillon du « soliloque ». C’est tout à fait ce dont on nous parle, toutes disciplines confondues, au travers du « penser un stylo à la main ». Le brouillon présente des états de la réflexion, qui n’apparaitront pas forcément dans la (plus ou moins) jolie mise en forme finale.

Mais il n’empêche que, même dans le vocabulaire institutionnel, l’idée de brouillon véhicule encore l’idée de travail à cacher, honteux : après avoir parlé de cahier de brouillon on est passé au cahier d’essais, puis maintenant on parle d’écrits intermédiaires ou d'écrits réflexifs, chaque dénomination ayant ses propres nuances. On pourrait assumer le mot brouillon, aussi, non ?

mardi 6 septembre 2016

Un cahier, un crayon, édition 2016 : le Liban

Organisée par Solidarité Laïque, la rentrée solidaire concerne cette année le Liban. Nous allons mettre en oeuvre la collecte au collège dans les deux semaines à venir. Cette collecte de fournitures apporte une aide matérielle aux élèves et aux enseignants libanais pour qu’ils puissent étudier dans de meilleures conditions. En visant en priorité les plus démunis, elle contribue à lutter contre les inégalités croissantes au Liban. En particulier, le Liban fait face à un afflux très importants de réfugiés syriens, et scolariser tous les enfants pose problème : l'année dernière, 400 000 enfants syriens n'ont pas eu de place à l'école, malgré les efforts importants de toute la communauté éducative libanaise.

Nous sommes maintenant inscrits. En classe, nous allons parler des inégalités et des enjeux du droit à l’éducation, de solidarité.

dimanche 4 septembre 2016

Pokedudu !

Les Dudu reviennent avec le trailer de la saison 5 (et un premier problème, de biberon), "des idées plein la tête!". Comme d'habitude, leur trailer est extra, et surprenant. Ils sont trop forts, ces Dudu... J'ai hâte de découvrir la suite.


Je cite (c'est ici) : "On remercie Claire L. qui sans se rendre compte, nous a donné l’idée de base de ce trailer." :-D   Ah ça non, je ne me suis pas rendu compte... Mon addiction était si visible, ou tu as vu mes feuilles de perso ?

Pfff d'abord chuis pas accro. Je me suis très bien remise de rater un leviator alors que mon mari l'a attrapé, lui... Ouiiiiiiiiiiiiiin !!!

jeudi 1 septembre 2016

La visite du collège avec Minecraft

Premier "madame, je vous ai fait un dessin !" de l'année
Aujourd'hui, j'ai passé six heures avec les élèves de sixième dont je suis professeur principal. C'est long, six heures. Et même si à la fin de la journée j'ai l'impression d'être passée dans une lessiveuse, c'était une très très chouette journée. J'ai rencontré des élèves curieux, ouverts, actifs, et mon ancienneté (privilège de l'âge et d'un poste encore épargné par les cartes scolaires) me vaut des élèves dont j'ai eu les frères ou soeurs, tout contents de m'avoir à leur tour, et qui me le disent avec un enthousiasme désarmant. Il va falloir être à la hauteur et ne pas les décevoir ! J'ai même dû distribuer une quinzaine de fiches de travail facultatif, tellement ils sont à fond les loulous !

Mais le point fort de a journée, je le dois à un ancien élève du collège, O. O n'est plus au collège car il a fait sa rentrée de lycéen. Mais l'année dernière, il nous avait présenté, au principal, à la CPE et à moi, sa réalisation : le collège en Minecraft. J'en ai parlé ici, déjà. Mais depuis, il a encore perfectionné sa première version. C'est encore plus joli et tout à fait complet. Et aujourd'hui, je l'ai utilisé pour faire faire une visite virtuelle du collège à mes élèves, avant de faire la vraie visite. Bilan :

  • cette génération est hyper à l'aise avec l'ordinateur, les déplacements au clavier, la manipulation de la souris pour regarder autour du personnage incarné ;
  • l'effet de surprise a été aussi grand que le plaisir de voir Minecraft projeté en classe. En plus, j'avais bien ménagé mes effets. Ca leur en a coupé l'effet de digestion post-frites ;
  • j'ai fait passer plusieurs élèves pour une première visite (ils manipulaient pour déplacer le personnage), que je commentais, projetée sur la tableau, puis plusieurs autres élèves sont allés à mon ordi pour aller d'un point à un autre, que je leur fixais, en commentant les endroits rencontrés. Je posais en même temps des questions à leurs camarades spectateurs. L'effet a été spectaculaire chez une majorité d'élèves, tout de suite à l'aise pendant la "vraie" visite. J'ai vraiment constaté une différence importante de capacité à s'orienter.
Tout cela ne m'a pas pris bien longtemps : peut-être un quart d'heure, maximum vingt minutes. Sur six heures, c'était bien raisonnable. Et ensuite la visite a été rapide et différente, beaucoup plus participative. 
Ensuite c'était la récréation. Plusieurs élèves d'autres classes sont venus me voir : était-ce vrai ce que leur disaient leurs copains, ils avaient utilisé Minecraft en classe ? Hééé oui ! :-)

La salle info

Le CDI

Le hall de bio, ou hall des troisièmes, aussi autorisé aux non troisièmes...