Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).
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samedi 7 janvier 2017

BHL à Nanarland, avec des maths dedans...

Mon mari a attiré mon attention sur cette affiche de film :


Ce film, datant de 2009, est ainsi décrit sur Allociné : professeur de mathématiques, Régis Deloux a un jour le pouvoir de voyager dans les films où il rencontrera enfin la femme de ses rêves.


Quelqu'un l'a vu ? Parce qu'après avoir lu la critique sur Nanarland, ça ne va pas être possible. Même sous un angle sociologique. 

Alors ça, ce sont des élèves. 
Cinéma a été un échec, semble-t-il très médiatisé. Le flop a été tel que Cinéman a plongé son réalisateur dans la dépression, après qu'il a essayé de "sauver" son film en enchaînant erreur sur erreur. Par exemple (et on s'en aperçoit même dans la bande annonce), il a modifié après coup les dialogues, en post-synchronisation.


Il y eut tout de même quelques critiques positives : l'hebdomadaire Marianne (« un formidable sacrilège que ce film, qui malaxe les grands titres de cinéma et rend hommage à l'illusion ») et le Figaro (« rien ne ressemble à cette comédie d'amour déjantée, divertissante et réjouissante »), deux journaux dans lesquels a écrit Yann Moix, le réalisateur. Le film bénéficiera également d'une pleine page d'éloges dans Le Point, sous la plume de Bernard-Henri Lévy (« le spectacle le plus impressionnant qui nous soit donné de voir ces jours-ci » et même « un film qui fera date », convoquant Auguste Comte et Hegel pour appuyer son analyse) ; Yann Moix avait en fait demandé à BHL de lui écrire une bonne critique, après lui-même avoir écrit un bon article sur son film Le Jour et la Nuit, massacré par la presse.

Le film a été primé deux fois sur trois nominations lors des Gérard du cinéma 2010 : Franck Dubosc pour le Gérard du désespoir masculin et le film lui-même pour le Gérard du plus mauvais film.

jeudi 4 février 2016

Cinémathématique

J'ai trouvé un appel à contribution pour "Géométrie des formes filmiques. Mathématiques et matières du cinéma", par l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, sur Fabula. C'est assez extraordinaire, et je vous en livre des extraits (en fait il y a presque tout. C'est difficile de couper une phrase : le dernier paragraphe n'en forme qu'en seule) :

Les mathématiques peuvent imprégner les procédures de création et d’administrations filmiques – prise de vue réelle ou animation – à plus d’un titre, depuis le script (contexte narratif : l’intrigue met en scène des mathématiciens, par exemple) jusqu’à la plus récente algorithmicité des images numériques générées par ordinateur. (...) Le spectre est donc très large, et d’intérêt variable, depuis les mathématiques comme prétexte scénaristique jusqu’à leur actionmodélisante (que d’autres arts connaissent bien depuis plus longtemps : la composition musicale).

La présente journée d’études, pour sa part, veut examiner plus spécifiquement une autre question : celle, représentative, appliquée aux formes filmiques à partir des objets et des motifs mathématiques : figures (cercles, spirales, rectangles, mais aussi échiquiers…), courbures, plis, fibrés, topologies. La géométrie dont il est question est, on comprend aisément pourquoi, la géométrie euclidienne, celle de notre espace environnant (analogique), mais aussi, et non seulement grâce aux derniers développements technologiques, peut relever de géométries contre-intuitives encore représentationnelles (il faut pouvoir les faire voir avec les moyens d’appareils euclidiens et à un œil d’éducation euclidienne), c’est-à-dire évoluant dans un monde borné par les trois dimensions classiques – les géométries non euclidiennes différentielles, entre-dimensionnelles, où les formes difféomorphiques évoluent entre deux variétés euclidiennes par recollement ou trame métrique : surface de Riemann, objets fractals de Mandelbrot, tore de Klein, triangle de Penrose, ruban de Möbius, surface de Boy ; déjà la cartographie. Les figures non euclidiennes, détachant le mode de production du film de la stricte obédience référentielle et photographique (reproductionnelle), et le rapprochant ceteris paribusde la représentation picturale, non analogique, in abstentia, permettraient ainsi au cinéma d’intégrer dans ses régimes de figuration des géométries dont la littérature (Lovecraft, Calvino, Borges, Ballard) ou les arts visuels (Duchamp, Metzinger, LeWitt) se sont également emparés.

Si l’on s’en tient à une simple logique d’auteur, on doit d’abord faire deux constats pessimistes quant à la présence des formes géométriques dans l’image : 1/ celui de l’affaiblissement – c’est sous des formes extrêmement vulgarisées que les figures géométriques les plus complexes et les théories qui les pensent sont instrumentalisées dans les arts visuels (les peintres ou les cinéastes ne sont pas des mathématiciens de formation, et ils doivent négocier avec des contraintes matérielles qu’ignorent les géomètres) ; 2/ celui de l’aliénation – si l’on suit une intention délibérée d’avoir recours à telle ou telle figure géométrique dans un film, c’est souvent uniquement pour illustrer une autre modulation théorique (rêves, science-fiction, etc.) (...)

Le but de cette journée d’études est autre : non seulement n’interroger que les formes filmiques géométriques, à l’intérieur de l’ensemble des champs d’intervention des mathématiques au cinéma – présupposé d’objet – mais également ne tenter de les interroger que de l’intérieur des formes elles-mêmes – présupposé de méthode –, de ne s’attacher qu’au développement de ces formes dans leur milieu fabulé (interactions, effets) et dans les instructions figuratives, de questionner les modalités à la fois formelles et matériologiques (la matière, par exemple, courbe l’espace) par lesquelles les formes géométriques ne sont pas seulement filmées mais aussi filmantes et font retour sur les images dans lesquelles elles s’inscrivent par des vectorisations d’invention figurative et des formules de métamorphoses, projectives ou non, des textures spatiales et des tissus spatialisés.

J'aimerais beaucoup lire les contributions, ou mieux, les entendre. En même temps, je ne suis pas sûre de pouvoir tenir très longtemps si c'est ce champ lexical qui est utilisé en permanence...

dimanche 13 décembre 2015

Demain, dès aujourd'hui

Nous sommes allés, mon mari  et moi, voir le film Demain. Mon mari y allait à reculons, lassé des discours moralistes et écologistes. Au final, nous avons tous les deux trouvé des intérêts à ce film. L'article de mon mari est là, je vous conseille d'aller le lire si vous vous interrogez sur ce film. Et je vous conseille d'aller le voir si vous êtes curieux de solutions pour changer le monde, pour que nous y retrouvions notre place, chacun, en tant que citoyen, en tant qu'habitant de la Terre.



France Inter a éreinté le film, dans un critique éclair : tartignolle, gnangnan, "ce n'est pas Claudine à la plage, c'est Mélanie en voyage". Le critique disait aussi que le film n'avait aucun sens puisque l'équipe a sillonné la planète en avion. Le côté gnangnan, ok. Certaines scène pouvaient être évitées, même si elles sont "sympa", mais n'apportent rien au propos. En revanche, pour le reste, je trouve la critique d'assez mauvaise foi. Et ses enjeux mal compris par le monsieur caustique de FI.
En ce qui me concerne, j'ai particulièrement été intéressée par le volet économique, avec les monnaies alternatives. Quant à la partie éducation, les enfants devenus grands, je deviendrais bien Finlandaise. Je crois que je m'y sentirais plus à ma place.

J'aimerais bien emmener des élèves le voir, en tout cas. Ici, vous trouverez le dossier pédagogique.

vendredi 23 octobre 2015

x + y, des maths et des gens

Nous avons regardé récemment le film "x+y, le monde de Nathan". Sorti en France en juin 2015, ce film britannique n'a réalisé que 42 289 entrées. C'est dommage, surtout au vu du nombre de daubes qui en attirent beaucoup plus. Le DVD est sorti il y a quelques jours.

x+y n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est un film intéressant et qui vaut le coup d'être vu. Il raconte l'histoire de Nathan, à partir du moment où, enfant, il est diagnostiqué comme souffrant de troubles autistiques. Nathan est très doué en mathématiques, peu communicant, incapable d'empathie, ce qui est une des caractéristiques de l'autisme : on évoque souvent la triade, en lien avec l'autisme, qui se décline en :
- une altération qualitative des interactions sociales
- une altération qualitative de la communication
- des comportements et des intérêts répétitifs et stéréotypés.
Dans le film, Nathan n'est à aucun moment qualifié d'autiste. Il souffre de troubles autistiques. Il ne s'en tire pas mal du tout : il parvient à être autonome, voyage, ce qui serait impossible à bien des autistes. Evidemment, j'ai pensé à Daniel Tammet, qui est autiste et vit une vie autonome et riche. Malheureusement, la plupart des personnes souffrant d'autisme ne sont pas des autistes de haut niveau (ce qui n'a rien à voir avec le concept de surdoué ; un autiste de haut niveau n'a pas de retard mental). On ne les voit en général pas, car ils ne sont pas en mesure de mener une vie "normale".

Nathan est sélectionné pour les Olympiades internationales de mathématiques. De là découlent bien des aventures pour lui, qui vont lui permettre d'évoluer.

Morgan Matthews, le réalisateur, a réalisé des documentaires auparavant, ce qui se sent dans son film. En particulier, il a réalisé Beautiful Young Minds, qui déjà traite des Olympiades Internationales de Mathématiques. Des rencontres à cette occasion l'ont marqué, et lui ont donné envie de développer le sujet au travers d'un film. Déjà il avait rencontré des Aspergers. L'acteur qui incarne Nathan a lui aussi, pour le film, passé du temps avec souffrant de ce syndrome.

Selon Morgan Matthews, les mathématiques sont un univers rationnel qui peut servir de refuge pour des personnes comme Nathan. Se plonger dans les mathématiques serait une sorte de fuite du réel et de ses traumatismes, une échappée vers l'abstrait, le non émotionnel. Je comprend ce qu'il veut dire par là, mais l'exercice des mathématiques peut aussi être extraordinairement chargé d'émotions, en fait.
L'autisme est peu traité au cinéma, les maths aussi. Mais ce n'est pas le seul atout de x+y. J'ai trouvé ce film magnifique dans la description qui est faite des parents de Nathan. Chacun à leur façon ils sont extraordinaires, et crédibles. Son professeur particulier est aussi un personnage très touchant de par sa complexité. On n'entre pas dans la "passion mathématique", on ne sent pas vraiment en quoi faire des maths plaît à tous ces jeunes gens qu'on suit. Mais tout de même, c'est à voir.

samedi 6 juin 2015

Tempête sous nos crânes

J'ai eu l'occasion de voir récemment le film Tempête sous un crâne. Lors d'une deuxième journée de formation consécutive, 101 enseignants, après un dîner rapide à la cantine du centre de formation, qui se retrouvent pour visionner puis discuter d'un film qui parle de leur boulot, de 20h à 22h, c'était une première pour moi. Et c'était chouette, malgré la fatigue (car se concentrer longuement et efficacement, c'est bigrement difficile...)


J'ai trouvé le film bien fait au sens où de nombreux aspect de notre métier y sont exposés sans fard, sans dramatisation, juste comme "en vrai". La réalisatrice a su capter des instants très signifiants, du lapsus à la petite pause où l'enseignante puise dans ses réserves d'énergie pour rebondir, mais avec finesse et respect. Les jeunes y sont eux aussi très naturels. Le film donne une bonne idée du métier, en particulier dans les zones d'éducation prioritaires, mais pas seulement. C'est sans aucun doute utile aux jeunes collègues de le visionner, et aux autres aussi. Ne serait-ce que pour percevoir de l'extérieur la beauté et la complexité de notre métier, une fois encore.



jeudi 14 mai 2015

En route pour les Césars ?

Les sixièmes 1 ont réalisé un film à destination des CM2 de notre secteur. Nous nous sommes bien amusés pour parvenir à cette production, mais avec sérieux !


Les élèves se sont chargés de tout :
- Réfléchir à ce qu'est un collégien, prendre du recul sur leur année de sixième,
- Se replacer dans la peau d'un élève de CM2, se souvenir des questions qu'ils se posaient, des appréhensions qu'ils avaient,
- Identifier ce qu'ils voulaient transmettre aux CM2,
- Réaliser le "scénario",
- S'informer sur le droit à l'image pour le respecter,
- Produire un story-board,
- Demander les autorisations auprès de tous les adultes concernés, y compris leurs parents,
- Rassembler le matériel nécessaire,
- Se répartir les scènes,
- Interpréter lesdites scènes,
- Filmer,
- Respecter le format du "bref, je suis..."
- Réfléchir à la façon de le présenter aux CM2 lorsqu'ils vont venir au collège.
Par manque de temps, j'ai réalisé le montage (aidée de mon mari, grâce à qui nous avons été efficaces, et grâce à qui je sais utiliser le logiciel de montage à présent...)

Cela nous a pris quelques semaines, tout de même. Mais c'était un travail bien adapté aux séances d'AP (aide personnalisée), et nous avons réussi à tenir les délais.

Mes objectifs pédagogiques initiaux visaient à travailler :
- La patience (réaliser un projet de bout en bout, ne pas brûler les étapes)
- La persévérance (ne pas se décourager, recommencer, adapter, modifier)
- La frustration (apprendre à faire des choix, être réaliste, ne pas être trop ambitieux, accepter de collaborer sur des idées qui ne plaisent pas)
- Le rapport à soi et aux autres (travailler en grand groupe, s'écouter les uns les autres, se décentrer, laisser de la place aux autres, se projeter vers les futurs collégiens)
- La structure de la pensée (produire un travail cohérent, intelligible)
- L'ambition (on ne va quand même pas se contenter d'un résultat médiocre ???)
- L'expression, l'affirmation de soi (savoir défendre son point de vue en argumentant, en respectant les autres, oser s'exprimer sur un travail créatif)
- La cohésion du groupe (c'est un travail de classe)

Là où les élèves m'ont agréablement surprise, c'est sur l'autonomie dont ils ont fait preuve, et sur la confiance qu'ils m'ont témoignée.

Voilà donc LE film :



dimanche 1 mars 2015

“I’m just one data point.”

La dernière revue de presse de Images des maths m'a renvoyée à un article Radio Canada qui présente Robert Bridson. Le titre de l'article est la façon dont il se définit. Si le monsieur a été récompensé à la dernière cérémonie des oscars le 22 février dernier, pour ses travaux cinématomathématiques, il reste très humble.

Robert Bridson est un enseignant-chercheur canadien en mathématiques et en informatique. Il a contribué à plusieurs films par le biais d'un programme qu'il a conçu, et qui permet de créer des effets spéciaux particulièrement réalistes. Il a ainsi participé à Gravity, Avatar, le Hobbit, la Planète des singes les origines, etc.C'est pour ce logiciel, Naiad, qui permet de stocker efficacement des données volumineuses liées à la 3D et qui a des applications en modélisation et en simulation, qu'il a reçu un certificat du Prix du mérite technique.

Il explique : « Il faut que ça semble vrai et la meilleure façon de faire ces choses est d'aller vers les vraies lois de la physique et des mathématiques qui sont dans la nature pour simuler »


Le site Ubyssey consacre aussi un article à Robert Bridson :
" Pour obtenir une explosion, on a besoin de définir numériquement, pour chaque point de l'espace, la quantité de fumée et la température. Et vous pouvez utiliser ces informations pour générer l'image du nuage de fumée ou déterminer de quelle façon le nuage de fumée devrait se déplacer, d'après les points de la nature. Mais derrière tout cela, on a besoin d'un moyen efficace de stocker les données. Cela a donc vraiment à voir avec une représentation efficace et compacte de données."



"En général, tout ce sur quoi je travaille a à voir avec la géométrie ou les mathématiques. (...) J'ai toujours été intéressé par les questions "Comment peut-on simuler le monde réel sur ordinateur? Comment pouvons-nous créer ce qui nous entoure de façon digitale et le comprendre de cette façon ?"

Robert Bridson espère faire rayonner notre belle discipline en donnant envie à de jeunes "cinéphiles" de faire des études de maths. En tout cas, il contribue à montrer à quoi servent les maths : elles servent aussi à faire des films.

dimanche 22 février 2015

Quand l'intolérance tue le génie

Que dire du film Imitation Game ?
 
Selon mon fils, "Le sujet du film est le décryptage d'Enigma et le génie, aussi. C'est intéressant sur la présentation qui est faite de Turing, mais parfois on se demande si des scènes n'ont pas été coupées. On a l'impression d'ellipses sur des moments où des choses importantes se seraient passées. Ils auraient aussi dû passer davantage de temps sur la fin de sa vie, la pomme, l'arsenic et Blanche-Neige. "
 
En ce qui me concerne, j'ai trouvé le film intéressant. Je compte d'ailleurs emmener mes élèves de quatrième et de troisième le voir.
Je ne sais pas trop quel est le sujet principal du film, et c'est d'ailleurs là ma première critique : ce pourrait être en effet la description de la vie d'Alan Turing, ou une histoire de l'utilité des mathématiques pour sauver des vies, ou un plaidoyer contre l'intolérance et en particulier le rejet de l'homosexualité. Mais ce qui concerne son homosexualité et le traitement barbare infligé aux homosexuels est relégué en fin de film. Il n'en reste pas moins poignant, et c'est une des raisons qui me donne envie d'y emmener mes élèves.

Mon fils est d'accord avec le sentiment d'éparpillement des thèmes, mais lui ne voit pas cela comme un problème. Pour lui c'est surtout l'histoire d'Alan Turing et cela entraîne d'autres thèmes dans son sillage.
Une autre remarque lui revient : il y a de grosses ficelles scénaristiques pour rajouter du dramatique, ficelles qui étaient inutiles et qui sont visibles.
 


Imitation Game
 
 Alan Turing a eu une existence aussi douloureuse qu'intense. Il était en grand décalage par rapport à son époque, aussi inadapté à la communication avec les autres et dénué d'empathie, que capable d'une pensée exceptionnelle.

Un épisode de la Preuve par Vieux lui est consacré, et doit son titre à la rumeur qui voudrait qu'Alan Turing se soit suicidé en croquant une pomme saupoudrée de cyanure, comme Blanche-Neige. D'aucuns affirment même que le logo d'Apple est un hommage à Turing. C'est encore un épisode très bien fait, qui explique des notions de cryptage.
 

 
Ici, vous trouverez une page sur le test de Turing.
Nous travaillerons sur le film en classe à partir de la rentrée, pour préparer le visionnage de la séance,  exploiter ce que les élèves en auront compris et expliciter le reste ensuite.


lundi 29 décembre 2014

Qu'Allah bénisse la France

Je suis allée voir le film du rappeur Abd Al Malik, Qu'Allah bénisse la France.


Au départ, le film m'a attirée parce qu'il me semblait aborder la question de la façon de vivre l'Islam en France aujourd'hui. Et puis Abd Al Malik, dans les interviews qu'il a récemment données, semblait attribuer à l'école un rôle positif. Par exemple, dans l'interview de Coralie Bach sur le site Vousnousils, il déclare :

« Mes années d'école années comptent parmi les meilleures. J’ai eu la chance de rencontrer des professeurs qui m’ont donné le goût d’apprendre. J’ai pu développer une curiosité et une ouverture d’esprit. 
C’est notamment grâce à mes enseignants que j’ai pris une direction positive. L’école a réellement été une chance pour moi, je suis le résultat positif de l’Education nationale. Ce serait bien que ce soit le cas pour tout le monde.
Nous devons arrêter de les dénigrer (les enseignants). J’entends trop de personnes dire que les enseignants sont des fainéants qui ne font pas leur travail… Je trouve cela très grave. »

Le film Qu'Allah bénisse la France est adapté du live éponyme d'Ab Al Malik. Le rappeur souhaitait montrer que vivre en harmonie est possible, que les frontières des cités sont symboliques et peuvent être traversées, dans les deux sens. Mu par sa foi, il revendique l'amour de la France, le respect de la République. Il considère qu'il a réussi "par chance", et que ce n'est pas normal.

C'est Abd Al Malik qui a réalisé son film. Un premier constat s'impose : esthétiquement, c'est vraiment une réussite. Les images, les visages, la cité, tout en noir et blanc et avec sobriété et humanité, c'est beau.

Ensuite, le propos est sincère. Abd Al Malik montre la vie dans la cité, à Strasbourg, de façon directe, crue, sans fard. Ses références à La Haine sont évidentes.Il filme avec froideur et humanité, et ça c'est fort. Mais il expose aussi sa propre histoire de la même façon : il n'a pas toujours fait les "bons" choix, l'assume mais ne le glorifie pas.


Tout est équilibré dans le film : l'Imam (remarquable), la police (avec des hauts et des bas...), l'intolérance (vers et dans la cité, et même entre musulmans), les rapports humains. Les personnages sont complexes (Sabrina Ouazani est lumineuse, Mickaël Ragenraft extraordinaire). L'accès d'Ab Al Malik à l'Islam est beau, son évolution intéressante, sa juxtaposition avec la chrétienté de sa maman naturelle, mais là j'aurais aimé que cet aspect soit plus développé. Sur l'Islam, Abd Al Malik déclare, sur La Nouvelle République.fr :
« Il y a une incompréhension. Si elle est d'ordre intellectuel, on peut toujours la régler : entre gens intelligents et rationnels, on peut toujours s'entendre. Et la France est un pays de tradition intellectuelle. Le problème, c'est l'angle que prennent les médias, en privilégiant les aspects négatifs. Le problème, c'est l'utilisation des mots, par exemple lorsqu'on parle d'islam " modéré ". Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Cela suppose donc que l'islam serait intrinsèquement violent ou négatif, et que certains pratiquants modéreraient ces tendances. Et ça pour moi, c'est grave : ça veut dire qu'on est dans le jugement. Or l'islam, le judaïsme et le christianisme sont des religions sœurs, qui relèvent de la même tradition monothéiste, et en ce sens-là elles doivent être traitées de la même manière. Malheureusement, cela n'est pas le cas, notamment de la part de certains médias ou de certains politiques. »
Je trouve ça très bien vu et très bien dit.


Mais ce qui m'a manqué avec ce film, c'est de comprendre où Abd Al Malik veut en venir. Tout dans son film m'a intéressé, le temps est passé vite, j'ai été émue, en colère, mais l'ensemble m'a paru décousu. Je n'ai pas vu beaucoup le rapport à l'école (mais ce n'est pas grave, c'est juste que je pensais le voir), mais je ne vois pas non plus la preuve comme quoi vivre en harmonie est possible. Nous sommes si loin les uns des autres, et la drogue semble régir l'économie des cités. Un passage du film, dans le vieux et joli Strasbourg, est angoissant de vérité : comment des lieux aussi différents peuvent-uils être si proches ? Pourquoi la vie des gens qui vivent ici ou là est-elle forcément aussi violemment différente ?

Alors je laisse le mot de la fin à Abd Al Malik :
« Quand je rends hommage à la France, à la République, à nos institutions, je rends hommage à quelque chose qui ne peut exister que s'il est incarné par des êtres. Ce que j'entends par là, c'est que la France est un merveilleux véhicule, mais le problème ce n'est pas le véhicule, c'est ceux qui le conduisent. La vraie problématique, elle est là. Le film est un hommage à mon pays, au génie français. Mais il exprime aussi le fait que nous avons des responsabilités. Que le monde politique a des responsabilités, que les médias ont des responsabilités dans ce qui se passe ».

samedi 20 décembre 2014

Pythagore dans ta télé

Voilà Pythagore en personnage de série télévisée ! Atlantis est une série télévisée britannique, inspirée par la mythologie grecque, et date de 2013.
Jason, le personnage principal, est un jeune océanographe à la recherche de son père qui a disparu lors d’une mission dans les mers. Il s’embarque à bord d’un sous-marin et se retrouve transporté dans l’Antiquité. Il se lie d’amitié avec le mathématicien Pythagore, avec lequel il vit plusieurs aventures.

samedi 13 décembre 2014

Le rap des systèmes d'équations

Un rap mathématique à aller voir ici. C'est sur le thème de la résolution des systèmes de deux équations à deux inconnues, avec l'interprétation graphique et tout. La forme est très chouette et le fond consistant et rigoureux. Les profs qui s'impliquent là ont un air délicieusement sérieux et conventionnel. C'est encore meilleur, du coup.
Je ferais bien un truc dans ce genre-là avec mes sixièmes en accompagnement perso (toutes proportions gardées bien sûr). Il faut que je leur en parle, mais ce ne sera pas avant le mois de février car nous avons d'autres tâches sur le feu.


mercredi 29 janvier 2014

Cinémaths ou mathémaniac?


Lu sur le blog de Jozef Siroka: peut-on réduire le cinéma à une formule mathématique ?
Le cinéma, domaine de la création, de l’intuition, du beau, du vrai, bref, de l’art, peut-il être déterminé, voire amélioré, par la science mathématique ? La tendance est de plus en plus lourde dans l’industrie américaine, et se décline sous diverses approches.

Dans la suite de son post, Jozeph Siroka explique que des études statistiques et des analyses algorithmiques "mesurent" la viabilité financière de scénarios. Evidemment, l'idée suscite des réactions de la part d'auteurs: 
" C’est mon plus grand cauchemar. C’est l’ennemi de la créativité, rien de plus qu’une tentative d’imiter ce qui a marché par le passé. Ça ne peut que donner lieu à une homogénéisation de plus en plus fade, à une ruée pêle-mêle vers la modération." (l'auteur du scénario de The Best Exotic Marigold Hotel).
Le montage, ensuite : les films à succès répondraient tous à un modèle mathématique similaire à celui qui définit les capacités d’attention des spectateurs.
Enfin, une autre étude aurait permis d'établir un modèle mesurant la capacité pour un film à obtenir des récompenses. Modèle qui, semble-t-il, ne fonctionne pas pour toutes les catégories de récompenses.
Tout ceci me semble artificiel et assez ridicule (pas l'article, hein, mais ce qu'il décrit). En fait, cela fait longtemps que dans l'industrie en général, on essaie de prévoir et que pour cela on évalue en s'appuyant sur des indices, avant de se lancer dans la production. Vu les sommes engagées dans l'industrie cinématographique, il semble logique de chercher à mesurer le succès d'un film avant de se lancer dans sa réalisation. La différence vient de "l'emballage" mathématique : vise-t-il à donner une soi-disant rigueur ? A se réfugier derrière des calculs pour dire non ? A faire parler sur les blogs? ;-)
Encore une fois, ce n'est pas la nature mathématique de l'outil utilisé qui le rend légitime. C'est la façon dont on l'a construit, son degré d'adaptation au problème, la façon dont il est utilisé, sa pérennité. Et aucune formule n'est magique. L'imagination et l'intelligence des hommes, parfois si.

vendredi 3 janvier 2014

Problèmes de distances

Dans l'épisode de Kaamelot La fureur du dragon (saison 1, épisode 68), Perceval et Arthur discutent équidistance et réciproque. Cela m'a rappelé une discussion récente, en sixième, à l'occasion d'une séance sur la médiatrice d'un segment, sur le fait que "deux points sont équidistants" ne signifie rien si l'on ne précise pas de quoi. Et les deux élèves que j'avais en face de moi me soutenaient que du coup, c'est forcément vrai. Je ne suis pas sûre de les avoir convaincus. Peut-être Artur y parviendra-t-il mieux que moi!



dimanche 29 décembre 2013

La mécanique du coeur

Aujourd'hui je suis allée voir le film de Mathias Malzieu (de Dionysos), Jack et la mécanique du coeur.


C'était une avant-première: la sortie du film est prévue le 5 février 2014. Mais initialement, il devait sortir en octobre 2011; la liquidation judiciaire d'une société qui s'occupait des effets spéciaux du film a considérablement retardé sa sortie.
Le film est inspiré du roman de Malzieu, qui a été prolongé par un album (dans cet album on entend Alain Bashung, et sa voix a été réutilisée dans le film).
J'ai beaucoup aimé ce film: on y plonge dans un univers comme j'aime, merveilleux, enfantin, un peu angoissant, avec un soupçon de Tim Burton et une petite pointe de Un monstre à Paris. Et, cerise sur le gâteau: ce n'est pas gai. Et c'est mieux ainsi.
Jack m'a donné envie de réécouter Dionysos et Olivia Ruiz, que j'écoutais beaucoup il y a des années et que j'ai laissés de côté, peut-être à force de trop bien les connaître justement. Mais je compte aussi aller prêter l'oreille à Grand Corps Malade, dont j'avais décidé que je n'aimais pas le style, mais qui décidément possède une voix extraordinaire.



samedi 28 décembre 2013

Comment j'ai enseigné les maths

Le 27 novembre est sorti le film Comment j'ai détesté les maths, d'Olivier Peyon. 
Bien sûr, j'ai couru le voir: ce n'est pas si souvent qu'un film parlant des mathématiques sort au cinéma! Cet article n'en est pas une critique, exercice délicat et déjà fait ici ou là. 
Un mois après l'avoir vu, que m'en reste-t-il?

J'ai passé un bon moment, même si la partie maths financières était trop longue à mon goût. J'ai aimé la dimension humaine du film et son approche de l'exercice des mathématiques: ces questionnements toujours renouvelés, parfois obsessionnels, la recherche d'une idée de chemin qui peut-être mènerait à la solution.

Mais surtout, les paroles de la psychopédagogue des maths me sont restées: se tromper, c'est le début d'une idée, il se passe quelque chose; et aussi que faire des maths, c'est se mettre en danger, s'exposer. C'est accepter de ne pas trouver tout de suite, peut-être ne pas trouver du tout. C'est chercher à comprendre le monde, non pas pour le contrôler forcément, mais juste pour savoir, pour sentir ce rayon de lumière intellectuel au moment où l'on comprend. C'est se sentir tout petit, devoir se tourner vers les plus grands, ceux qui savent peut-être, mais peut-être pas. C'est essayer de toucher l'essence du monde, s'enfoncer dans l'inconnu.



C'est pour toutes ces raisons qu'enseigner les mathématiques me plaît autant: contribuer à éveiller de jeunes cerveaux au questionnement, à la recherche, montrer qu'on peut trouver des outils pour penser par soi-même, qu'on ne sait que lorsqu'on a compris et pas simplement observé, associer maths et quotidien, progrès, arts, imagination et créativité, c'est un bien joli métier. Lorsqu'on peut l'exercer dans de bonnes conditions, ce qui, par chance, est mon cas.