Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).
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jeudi 5 janvier 2017

Et un boulot de crotte, aussi

J'enseigne en collège, j'enseigne à l'ESPE, mais je suis aussi formatrice REP+, et formatrice académique.
Dans ce cadre, aujourd'hui, j'ai animé une formation sur le climat scolaire, au Havre. J'ai été mauvaise, mais bien, bien mauvaise. Je n'ai pas géré l'espace et son organisation, je n'ai pas maitrisé le temps, j'ai été en-dehors, pas assez réactive, pas assez rentre-dedans, pas assez adaptable. Probablement ne m'étais-je pas non plus assez emparée du dispositif, de ses modalités. 
J'ai loupé, et ce n'est la faute de personne d'autre.


Alors que faire de cela maintenant?
Hé bien assumer, déjà. Ensuite, relativiser. Et puis agir. J'y retourne dès que je peux, et je leur dis : j'ai loupé la fois dernière, alors là, je vais vous montrer que je peux faire mieux que ça. Je ne vais pas non plus annoncer un feu d'artifice, hein. Mais je vais faire en sorte que les enseignants auxquels je m'adresse sentent que je ne m'en fiche pas, que ma mission m'intéresse, me motive, et qu'eux aussi, ils m'intéressent et me motivent.

Vous voyez, les jeunes (élèves et étudiants) : on se plante à tout âge, avec toute ancienneté. Et on peut rebondir, la plupart du temps. C'est une question d'humilité (ben oui, je me plante, et je ne suis pas toujours compétente), de fierté (Je ne vais pas en rester là, non mais sans blague !) et d'énergie (On y retourne, taïaut !).

samedi 19 novembre 2016

Le shopping quand on est prof de maths

Je profite de mon déplacement en ville pour mon mémoire pour faire un peu de shopping... Je me ballade dans un magasin de vêtements, et je me retrouve dans les cabines, à essayer une robe qui ne me va pas du tout, quand j'entends une jeune femme demander à son amoureux et au vendeur : " 79€, à -30%, ça fait quoi ? "
Son amoureux réfléchit : " Ben ça fait heu attends heuuu 49€ ? Hein, c'est ça, 49€ ? "
Le vendeur rétorque : " Ah je sais pas, moi je m'occupe des cabines, pas de l'encaissement. Ca fait moins, ça c'est sûr, ahahah. "
La jeune femme reprend : " Mais t'es sûr, chouchou ? C'est aussi simple que ça, tu enlève 30 ? Ah je suis pas sûre, moi. Je crois pas. "
Bon je craque, je ne peux pas résister, il faut que j'explique. Et puis elle va être déçue à la caisse, cette petite nénétte. Alors je passe la tête hors de la cabine, et je lui confirme que ses doutes sont fondés. Mais le pire, c'est que je n'arrive pas à lui donner directement la réponse : je la questionne, je reformule, pour qu'elle vienne d'elle... Non mais c'est pas possible, d'être aussi déformée professionnellement !!! Et vas-y que je te parle d'ordre de grandeur, et allez qu'on cause un coup de coefficient multiplicateur... N'empêche, elle a conclu : "Ah mais c'est super simple en fait ! Je fais 8x7 et donc 56 et donc en fait, 56€ parce que je mets un zéro à cause du 80 mais je l'enlève à cause du 0,70." Bravo mademoiselle, c'est très bien, vraiment.
En partant, j'ai entendu dans mon dos son compagnon : "Non, elle est forcément prof, ou comptable. Je dirais prof, vu sa tête."

Aïeuuuuuuu.

Compte à rebours partie 2

15h, le texte commence à sortir. Je commence à avoir chaud, car j'ai fait la queue un certain temps. Cela m'a laissé le temps de corriger une dernière coquille ; merci maman et papa de me l'avoir signalée, et ouf, j'avais mon ordi avec moi. J'enlève l'écharpe.


15h30, le première épreuve est sortie. Je compte, je recompte, je vérifie. Je tombe le manteau.


15h45, je trie. Les petites grands-mères qui passent papotent avec moi, ce qui fait agréablement passer le temps. J'a toujours aussi chaud, mais il ne serait pas correct de me dévêtir davantage.


16h15, on commence à bien se connaître, avec mes deux voisins (formateurs aussi, mais dans une société privée). Mes exemplaires cuisent dans la machine à thermocoller.


17h, je passe à la caisse. 167€. Pardon ? Mais si mais si, 167€ !!! Ahaahaaaaaaaa j'ai les nerfs qui lâchent. Je me réemmitoufle. Je veux m'en aller...

Retour à la maison. Bon, cette fois c'est bien terminé pour la partie écrite. La chemise "CAFA", les articles, les bouquins, tout ça direction la cave.


Et jeudi, je les dépose au rectorat.

Ca vaut bien un petit apéro, quand même !!!

vendredi 11 novembre 2016

Ah, j'ai un rhume

Il y a peu, en route pour une formation après une matinée particulièrement difficile professionnellement (c'était prévu mais ce n'est pas pour autant que c'est agréable), je roule sous une pluie battante. J'aperçois ce que je pense être des gendarmes à une entrée d'autoroute.

Ah tiens, sur les quatre, trois sont cagoulés... Et ont une espèce de mitraillette qui leur barre le torse. Ben dis donc, qu'est-ce qu'ils cherchent, ceux-là...

Ah, tiens, ils me font signe. Crotte, je vais être en retard, encore plus que je ne le suis déjà. Je me gare. Oui, j'ai mes papiers. L'homme qui s'adresse à moi est à visage découvert et son blouson indique "Douanes".

Ah d'accord, je descends. Mais heu il pleut à verse et je n'ai sur les épaules qu'un chemisier ; je tente un "Je vais travailler, là, j'anime une formation pour des profs de maths... Je vais être en retard..." et je me fait rembarrer. Ok. J'essaie autre chose : "Je ne peux pas rester dans la voiture ? Il pleut fort." Non, bon ben super, c'est bien aussi, la pluie.

Ah, ils entament de fouiller mon véhicule. Oui, c'est le bazar : j'ai mon sac de documents de formation réforme, mon carton de formation ESPE, mon cabas de formation REP+, une multitude de sacs vides de chez Leclerc, et un bronx pas possible. J'ai des enfants, quoi... Et je ne range pas ma voiture. En attendant j'ai froid et ça goutte de partout.

Aaaaaaah non, s'il vous plaît monsieur, ne renversez pas mon carton comme ça, je les ai triés longuement ces documents, et puis il pleut, pourriez-vous procéder différemment s'il vous plaît ? C'est mon travail, vous comprenez ? Merciiiiii...

Ah, ça ? C'est du café moisi. Le thermos est là depuis disons un mois et demi et comme ça me dégoûte je n'y touche pas... C'est curieux, hein, même non sucré du café ça peut moisir. {sourire embarrassé}

Ah, non, je n'ai rien à dire monsieur, juste ça me stresse que vous soyez à cinquante centimètres de moi avec une arme, pendant que vos collègues fouillent dans mes affaires comme si c'était les leurs. {Le monsieur cagoulé me regarde, ne dit rien mais met de la distance entre nous, ce que j'apprécie}.

Ah ben non, le chien non plus il ne trouve rien, en même temps c'est logique, il n'y a rien à trouver. J'ai super froid. Mon chemiser est complètement collé sur mon buste, top chic pour animer ma formation. Après les soirées en boîte tee-shirt mouillé, j'invente un genre : les formations pour la réforme du collège chemisier trempé.

Ah chouette, je peux repartir. Je suis la seule à avoir dit au revoir.

Aaaah, j'aime les bonnes journées.


PS : je sais que ces messieurs faisaient leur travail, qu'il est nécessaire. Mais la bienveillance est-elle uniquement à la mode dans l'EN ?

mardi 25 octobre 2016

Comment on ment aux enfants

Total, ils tournent mal et deviennent profs d'histoire-géo (hihihiiihiii)

Mais en même temps, il a tout à fait raison, monsieur Erre. Moi aussi, j'ai trouvé ça gonflé, en mon temps : finalement on peut soustraire 6 à 4, finalement un carré peut être négatif, et quoi  encore ? Du coup, je ne dis jamais ce genre de choses aux élèves, et j'essaie de leur expliquer dans quel ensemble on se place pour affirmer ces bêtises.

mardi 24 mai 2016

Tourbillon de fin d'année

"Oh vous les profs, déjà vous bossez pas pendant l'année, mais là pour vous c'est fini, hein ??? "
Aha, trop marrrant. Ouioui, j'ai bien compris, c'est pour rigoler... Nonnon, voyons, pourquoi me vexerais-je, cher monsieur O. ? Mais avez-vous une idée, monsieur O., de l'impact de ce genre de remarque ? A mon sens, il est de deux ordres :

  • au niveau personnel :

Hier, c'était une journée assez compliquée. Je pars aujourd'hui en colloque pour quelques jours, alors il a fallu régler tout ce qui devait l'être dans la semaine. J'ai passé pas mal de temps à travailler ce weekend, sur des choses compliquées, lorsque j'étais mal fichue. Se concentrer avec de la fièvre, c'est difficile. Lundi, j'arrive au boulot sans avoir tout bouclé, mais pas loin. A condition de manger vite fait et de carburer sur la pause du midi et le soir, c'était pas mal parti. Sauf qu'entre temps je réalise (brutalement) que les bulletins, les bilans de compétences et les notes bilan pour le DNB, c'est pour maintenant. Je panique, je respire, je mange un bout de chocolat, et puis je m'organise.
Et là, monsieur O. me balance sa remarque. Habituellement (oui, c'est habituel. Faut dire, on est tout le temps en vacances et non ne fiche rien, alors forcément !) peu m'importe. Mais là, boum. J'ai planté monsieur O. aussi net et je suis partie.
Du coup monsieur O. m'a écrit un mail, pour m'exprimer son incompréhension et s'étonner de mon manque de sens de l'humour. Je ne répondrai pas à votre mail, monsieur O. Je ne suis pas fâchée, mais j'en ai assez que l'on attende de moi des justifications qui n'a aucune raison d'être, aucun sens, qui ne me concernent même pas.
D'ailleurs, si je parlais, moi, à mes interlocuteurs (parents, collègues, partenaires professionnels) sur le même ton, avec le même type d'"humour", ça ne passerait pas du tout. Comme quoi en matière d'humour, tout dépend du contexte.

  • au niveau collectif :
Casser du prof, du fonctionnaire en général, c'est facile et ça fédère (les autres). Mais du point de vue du citoyen, est-ce bien responsable ? C'est participer à la construction d'une opinion publique qui se laisse emporter par la facilité, qui exclut, qui catégorise. C'est ça, la société que nous voulons ? Chaque vanne facile cautionne des idées courtes dans l'esprit collectif. Nous valons sans doute mieux que cela, tous, non ? J'espère que si...

En attendant, j'ai tout bouclé, et j'ai une demi-heure d'avance sur mon programme. Je vais pouvoir déjeuner.

Allez, monsieur O., sans rancune ! Quand je pourrai me poser deux minutes, je suis sûre que mon sens de l'humour reviendra (un peu)...

mercredi 11 mai 2016

Il y a les droites pas rallèles, et les autres

Les prénoms ont été modifiés, bien sûr :

Moi : Pourquoi tu as balancé Luis contre le mur ?
L'élève : C'est Antonio, il m'a énervé.
Moi : Mais tu as balancé Luis, pas Antonio ???
L'élève : bah oui, Antonio il m'aurait défoncé !

Moi : Non mais là il faut que tu arrêtes de parler, parce que tu atteins les limites de ma résistance nerveuse.
L'élève : Mais je parlais pas !
Moi : Pardon ?
L'élève : Mais on madame, je parlais pas, je bavardais juste !
Moi : C'est quoi la différence, pour toi ?
L'élève : Parler c'est pas bien, mais bavarder c'est normal !


Moi : Elles sont comment, ces droites ?
L'élève : Parallèles.
Moi : Ah bon? C'est quoi, ça ?
L'élève : C'est le point où elle se coupent.
Moi : Elles se coupent et elles sont parallèles ?
L'élève : Ben oui, elles sont pas rallèles !
(J'ai mis un temps fou à comprendre)

Moi : le robot avance sur le pont, et la consigne dit que le pont n'a pas de garde-corps. Vous avez compris ce qu'on cherche à savoir ?
Les élèves : oui, on veut savoir si le robot tombe à l'eau ou si il arrive au bout du pont.
Moi : D'accord. Comment allons-nous faire ?
Jordan : C'est idiot, madame, comme exercice.
Moi : Ah, pourquoi ?
Jordan : si le robot il a un garde du corps, il ne va pas tomber, le garde du corps il va le rattraper !

dimanche 31 janvier 2016

DHGBMPHSAEPIAPHSEPPRECA

Il y a des époques, comme ça, pendant lesquelles tout semble propice aux tensions, aux quiproquos, aux incompréhensions montées en chantilly indigeste, aux engueulades plus ou moins franches, aux propos qui se déforment gentiment (façon de parler, bien sûr).

Est-ce que c'est comme ça dans tous les boulots ?


Question subsidiare : en tant qu'enseignants, ne devrions-nous pas montrer l'exemple, encore plus ?

mardi 19 janvier 2016

maintenant, j'ai plus le son...

J'ai fini la réunion parents profs avec peu de voix ; ce matin, je n'en ai pas du tout. Rien de rien. Je devais animer une formation... Ce sera sans moi (je ne peux même pas animer en langue des signes : je n'ai plus qu'un bras valide !).

Alors bon, je vais appeler le médecin :
http://misspadsouci.blogspot.fr/2011/02/blog-post.html

lundi 11 janvier 2016

C'est les soldes !

Une maman d'élève m'a suggéré au cours d'une discussion de travailler sur le sens des réductions en pourcentage pendant les soldes. Sa fille ne comprend pas bien comment elles fonctionnent, comment on détermine les nouveaux prix, après soldes. L'idée m'a plu, alors j'ai préparé cette fiche:

et en route pour notre activité.

Consigne imaginée : débrouillez-vous, en binôme. Vous avez un quart d'heure.

Consigne réelle : non mais ne paniquez pas, attendez, je vais vous expliquer et on le fera après!

En effet, mes pauvres petits sixièmes étaient 80% à avoir des yeux agrandis de 230%... J'ai entendu en flot :
- mais madaaaame, c'est pareil -70% et -70€ ? Mais c'est pas possible !
- comment on fait ?
- ça veut dire quoi en fait ?
- je sais pas!!!
- faut taper quoi comme calcul sur la calculatrice ? Et comment on fait égal dessus déjà?

Oh là là, la cata !
Nous avons donc repris. Je suis revenue aux fondamentaux : l'idée de référence 100, pour pouvoir comparer, le concept de relativité et d'absolu (pas dans ces termes, évidemment, ils avaient déjà eu un moment de panique). Mais j'ai eu l'impression de patauger. A ma question "Deux paires de bottes coûtent initialement 49,99€. Si vous voulez vous arrondissez à 50€ si ça vous facilite les choses. L'une des deux bénéficie d'une réduction de 70%, l'autre de 40%. laquelle aura un prix soldé plus avantageux pour moi ?", j'ai eu pour réponses :
- Heuuuuuuuuuuu
- Celle à 40% ? Heu non, l'autre. Ah, chais pas !
- Ca dépend, non ? Ca dépend pas ? Si, non ?
- Mais c'est des "pourcent-euros", ou des "pourcent-autre chose"?
- On peut répondre en étant sûr, à cette question-là?

J'ai alors décidé de revenir à des applications plus simples, et nous reprendrons la prochaine fois. Nous les corrigerons, et ensuite je proposerai aux élèves une activité du même style.

Quel flop !!! Re-ten-tiss-ant !
Mais cela me conforte dans mon objectif, et je remercie la maman d'élève qui m'a mise dans une telle galère : il y a beaucoup à travailler sur ce thème, qui est important au quotidien pour comprendre tout ce qui se passe.

Je ne lâche pas l'affaire. Surtout à -70%.

mardi 24 novembre 2015

Claire à la campagne, c'te honte

Entendons-nous bien, j'ai honte. Je ne suis pas fière d'être parfois aussi gourde. Mais bon, en fait c'est drôle, alors je vous raconte mes dernières aventures.

Comme j'ai plusieurs missions, je suis amenée à beaucoup me déplacer dans l'académie. Je roule, je sillonne, et je me perds pas mal.
Il y a peu, je devais passer d'un collège à un autre. Dans l'Eure. Notez que je ne dirai RIEN de désobligeant sur l'Eure. C'est convenu et injuste. Mais je connais mal l'Eure, à part les alentours d'Evreux.
J'avais deux heures pour parcourir un trajet raisonnable. Une demie-heure, m'annonçait le GPS. Prudente, je décide de partir dès ma tâche terminée dans le premier collège ; je trouverai un endroit pour déjeuner dans le village d'arrivée et je pourrai bosser un peu en attendant l'heure de me rendre au collège.
Je pars, et j'arrive dans un délai raisonnable à destination. Je me gare sur une jolie place mignonne tout plein. Je descends, et je trouve l'endroit si charmant que je décide de me promener alentours. Vraiment très très joli. Pas un seul être humain en vue, un silence auquel je n'ai pas l'habitude, mais un lieu remarquable. Un moment de respiration dans un quotidien trop rempli, toute seule, et il fait beau. Cependant, pas l'ombre d'un établissement scolaire.
Je repars en voiture, me disant que la taille de la commune me permettrait de trouver le collège facilement. Ahaaaahaaaaaaa, quelle naïve ! Un piège, c'était. Le village dont jamais on ne ressort !!!
Je m'engage dans sur une petite route, je tournicote, et puis je reviens comme une fleur à mon point de départ. Avec mon sens inné de l'orientation, je ne m'y attendais pas du tout. Bon, pas grave, je pars dans l'autre sens. Rebelotte. Ca m'agace.
Je rentre dans mon GPS l'adresse précise du collège. Ah, tiens, je n'avais pas vu cette route-là. Youpi, en route. Je croise un panneau "Collège XXX". Hé bien voilà, on progresse ! Je roule, je roule, je roule... Et je me retrouve devant l'entrée d'une propriété privée. Plein de gadoue devant moi, une grande barrière en métal, ouverte, et un monsieur, bottes enfoncées dans la gadoue, casquette vissée au crâne, qui me regarde. Oups.
Je recule, marche arrière, je repars en sens inverse. J'ai loupé un truc.
Je reviens à cette fichue place, qui me semble maintenant un peu flippante de perfection et de vide. Non mais c'est pas vrai ! Demi-tour, je réessaie. Je finis à nouveau plantée devant le monsieur, qui entre-temps n'avait pas bougé d'un poil. Je jauge ma motivation pour aller lui demander mon chemin, mais d'une part je n'ai pas super envie de lui parler, même s'il est sans doute fort sympathique, et d'autre part je ne suis pas du tout équipée, ni aux pieds ni en termes psychomoteur, pour traverser la distance qui nous sépare.
Je repars et j'essaie d'entrer par une autre issue dans le village. Là, quand même, je trouve une boulangerie. Comme je ne suis plus sûre de rien, je décide de m'acheter un sandwich, tout de suite. "Bonjour madame ! Vous faites des sandwiches ?" La dame me répond franco : "Des sandwiches ? Non, pourquoi on vendrait des sandwiches ?" Moment de solitude. "Pour les manger ?" ; "Ah non, ça c'est pas nos habitudes, de manger des sandwiches." ; "En fait je viens ici pour mon travail, et j'espérais déjeuner avant..." ; "Ah ben ça aussi c'est pas dans nos habitudes", me répond la dame en rigolant. Bon, bon, bon. Tant pis. "Pendant que j'y suis, vous pourriez m'indiquer le collège ?" ; "Le collège ?! Il n'y a pas de collège, ici!". Heuuuuuuuuuuu ça y est, je ne suis plus sûre de rien. Suis-je au bon endroit ? Existe-t-il plusieurs communes du même nom ? Vais-je être à l'heure ? Aaaaaaarg. Je me sens un chouillat découragée.
La dame prend sans doute pitié : "Ce qu'on peut faire, c'est que je vous vends le pain, et puis vous allez à la boucherie et vous leur demander de vous vendre un truc à mettre dedans.". Bon ben ok, on va faire ça. Il y a aussi une boucherie, ma survie est assurée.
Je repars avec mon bout de pain et un flan. Je trouve symbolique le choix du flan. Je me sens comme lui.
Je suis les indications de la boulangère et je trouve la boucherie. Petit succès, qui me revigore un peu. Le couple qui tient la boutique est très sympa et mon histoire les amuse beaucoup. Leur étal est très très attractif, d'ailleurs. J'achète ma tranche de jambon et je demande si ils savent où se trouve le collège. "Ben oui, c'est facile, vous repartez là, par là, et puis vous continuez tout droit un bout de temps. C'est marqué impasse, mais c'est pas du tout une impasse. C'est drôle d'ailleurs, pourquoi c'est marqué impasse, on ne sait pas. Et puis vous arrivez sur un parking et vous le traversez en diagonale, et puis là c'est le collège." Oooooooké. L'espoir renaît. Je n'avais pas pensé à rouler dix minutes dans une impasse, chuis nouille, aussi.
Je fais tout comme a dit le monsieur. Je dépasse des gamins, sac à dos et baskets : youhouuuu, merci monsieur et madame de la boucherie !!! Je me gare, et je souffle. J'ai mis une heure et quart à arriver là...

mercredi 8 avril 2015

Crac le cric

Ce qui suit est une anecdote. Une illustration distrayante du hasard et de la propension à la superstition de la plupart des gens.

Je rédige un article sur le cric, il y a deux jours, en tant qu'objet mathématique, ici. Je précise que je n'ai pas crevé depuis des années.

Hier, en sortant de la maison médicale à 22 heures, avant d'atteindre la pharmacie de garde fort lointaine, paf, je crève.

Certes, ma journée avait déjà été particulièrement désastreuse, vraiment particulièrement, du matin au soir. Mais cela ne suffisait pas.

J'avais insulté mon cric, dans mon post :
Ma collègue CPE, toujours au top de la réactivité, m'a prêté son cric (le mien est un cric à angle droit, pas un cric en losange... L'arnaque !)

Ben le mien a cassé, juste quand j'avais ôté la roue défaillante et raplapla. Paf, le cric, boum, le voiture. Zen, les nerfs.

Qu'en conclure qui puisse servir ma discipline ?
Que le hasard existe, que des événements qui ont une faible probabilité de réalisation peuvent tout de même se réaliser, puisque cette probabilité est non nulle. Pourtant, quand j'ai relaté mes mésaventures aujourd'hui, pas une seule fois on ne m'a répondu "Quel hasard, dis-donc !". On ne m'a dit que "Ca, ça ne peut pas être du hasard", "C'est un signe, tu n'aurais pas dû manipuler de cric", ou "c'est ta faute, tu as été méchante avec ton cric", voire "Oh, reste loin de moi, tu dois avoir la poisse".
Alors je m'interroge : pourquoi être rationnel n'est-il pas tentant ou naturel ?