Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).
Affichage des articles dont le libellé est Maths et société. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Maths et société. Afficher tous les articles

samedi 7 janvier 2017

BHL à Nanarland, avec des maths dedans...

Mon mari a attiré mon attention sur cette affiche de film :


Ce film, datant de 2009, est ainsi décrit sur Allociné : professeur de mathématiques, Régis Deloux a un jour le pouvoir de voyager dans les films où il rencontrera enfin la femme de ses rêves.


Quelqu'un l'a vu ? Parce qu'après avoir lu la critique sur Nanarland, ça ne va pas être possible. Même sous un angle sociologique. 

Alors ça, ce sont des élèves. 
Cinéma a été un échec, semble-t-il très médiatisé. Le flop a été tel que Cinéman a plongé son réalisateur dans la dépression, après qu'il a essayé de "sauver" son film en enchaînant erreur sur erreur. Par exemple (et on s'en aperçoit même dans la bande annonce), il a modifié après coup les dialogues, en post-synchronisation.


Il y eut tout de même quelques critiques positives : l'hebdomadaire Marianne (« un formidable sacrilège que ce film, qui malaxe les grands titres de cinéma et rend hommage à l'illusion ») et le Figaro (« rien ne ressemble à cette comédie d'amour déjantée, divertissante et réjouissante »), deux journaux dans lesquels a écrit Yann Moix, le réalisateur. Le film bénéficiera également d'une pleine page d'éloges dans Le Point, sous la plume de Bernard-Henri Lévy (« le spectacle le plus impressionnant qui nous soit donné de voir ces jours-ci » et même « un film qui fera date », convoquant Auguste Comte et Hegel pour appuyer son analyse) ; Yann Moix avait en fait demandé à BHL de lui écrire une bonne critique, après lui-même avoir écrit un bon article sur son film Le Jour et la Nuit, massacré par la presse.

Le film a été primé deux fois sur trois nominations lors des Gérard du cinéma 2010 : Franck Dubosc pour le Gérard du désespoir masculin et le film lui-même pour le Gérard du plus mauvais film.

dimanche 4 décembre 2016

Les oreilles qui sifflent

Vous êtes forcément au courant, car cela n'a pu échapper à personne avec le battage médiatique de ces derniers jours : en maths, ça ne va pas pour les Français. Pas du tout, même; Et encore, attendez que PISA sorte ses conclusions dans deux jours, ça va tanguer ! En ce qui me concerne, je me surprends à éviter les journaux... Trop c'est trop. Pourtant, il y a du bon, y compris dans ce que j'ai collé là, juste en-dessous. Mais là, je frôle la surcharge cognitive aggravée.









Ce qui est rassurant, c'est que tout le monde a sa solution, tout le monde sait quoi faire. Ce qui est moins rassurant, c'est que personne ne propose la même chose. Et puis surtout, si une solution simple existait, on peut supposer qu'elle aurait déjà émergé. Mais tant de facteurs sont impliqués, imbriqués, et les représentations mentales liées au problème sont tellement ancrées, que tout cela ne peut évoluer ni rapidement, ni sans une réflexion à tous les niveaux, sans concession, sans misérabilisme. Forcément, c'est pas gagné.

Sur Slate, Louise Tourret a écrit un article qui m'a semblé sortir du lot. En plus, elle cite Michel Fayol (ici, ) dont je suis fan... ; morceaux choisis (mais son article vaut la peine d'être intégralement lu) :
  • Ce n'est pas le nombre d'heures consacrées à la discipline qui est en cause, d'autres pays font beaucoup mieux avec des horaires équivalents ou moindre. 
  • Les partisans de la droite accusent Najat Vallaud-Belkacem, ceux de gauche… François Fillon. (...) c’est surtout la faute à la suppression de la formation des enseignants (2007), aux suppressions de postes et aux programmes scolaires mis en place par la droite en 2008. Au pays de Descartes, on m’a aussi parlé des histoires de frites à la cantine, des règles sur les signes religieux, certains de mes interlocuteurs ont contesté le classement, l'accusant d'avoir un parti pris idéologique et bien sûr d’aucun ont fustigé les pédagogues quand d’autres s’attaquaient aux manques de moyens dans l’Education nationale.
  • Les maths en France sont trop souvent synonymes à la fois d’opacité et d'élitisme. Être nul en maths, c’est vu comme quelque chose qui peut arriver, et contre lequel on ne peut pas vraiment lutter. Je suis toujours choquée par la facilité des individus à avouer, sans aucune honte, qu’ils sont ou ont été nuls en mathématiques et en sciences pendant leur scolarité. (...) Rares sont ceux en revanche qui s’enorgueillissent de ne jamais lire ou d’avoir une orthographe du niveau d'un élève de CE2.
  • Être nul en maths, c’est quelque chose qu’on ne devrait pas accepter pour soi-même et/ou pour ses enfants, et ne pas revendiquer comme une partie de son identité. (...) C’est primordial, car si nous acceptons pour nous-même l’idée que nous –ou pire, nos enfants– sommes étanches à certaines disciplines, nous ne faisons que véhiculer un postulat délétère. 
  • Michel Fayol écrit : «Des recherches récentes ont montré que les premières acquisitions arithmétiques ont une influence significative sur les apprentissages ultérieurs.»
  • Cela étant, les maths seraient un peu moins effrayantes si elles n’étaient pas devenues un instrument de sélection. 
  • Alors que faire? Prendre conscience de la gravité du problème. Pousser les enfants et tous les professeurs des écoles à s’emparer des mathématiques et des disciplines scientifiques sans peur (et sans reproche), et nous inspirer de ce qui fonctionne chez nos voisins. Mieux former les enseignants évidemment, les soutenir et sortir les maths de leur bulle! Les maths, les sciences font partie de la culture, ils font partie de nos vies. 

samedi 19 novembre 2016

Les sondages expliqués dans le Monde

Un article du Monde.fr explique pourquoi il ne faut pas se fier aux sondages pour la primaire de droite. Alors là, messieurs-dames, c'est officiel : on progresse.
Cet article s'intitule " Pourquoi il faut se méfier des sondages sur la primaire de la droite", et est teinté de l'incrédulité du résultat électoral américain. Les journalistes (qui méritent leur titre, pour le coup), articulent leur article en plusieurs points :

1. L’inconnue de la participation
" Les sondeurs sont aujourd’hui bien en peine d’estimer précisément combien d’électeurs feront réellement le déplacement. (...) Rien ne dit que tous ceux qui affirment aujourd’hui fermement qu’ils vont aller voter tiendront parole. " Et hop, un petit diagramme qui va bien :


2. La « marge d’erreur »
" La méthode utilisée par les sondeurs français, celle des quotas (on recrée en « miniature » la structure de la société), comporte une « marge d’erreur » (terme impropre, les statisticiens parlant d’intervalle d’incertitude). Lorsqu’on dit que M. Juppé est à 29 % et M. Sarkozy à 25 %, la réalité est plus complexe : le score de chacun d’eux est en fait estimé à ce chiffre, plus ou moins 2,5 points environ. M. Juppé peut donc être à 27 % et M. Sarkozy… aussi à 27 %. Un point très rarement rappelé dans les titres des articles consacrés aux sondages. "
Chapeau, les gars. 

" Il faut également préciser que l’idée même d’intervalle de confiance n’est pas infaillible. On considère en théorie que le résultat du sondage est compris dans la marge d’erreur dans 95 % des cas. L’écart entre la mesure et la réalité peut donc être supérieur dans 5 % des cas. Sans oublier que la marge d’erreur elle-même n’est qu’un seul des biais possibles d’une étude d’opinion. "

Je pourrais utiliser leur article comme devoir maison, ou activité de classe. Avec une consigne comme " développez les arguments de ces journalistes en faisant le lien avec le langage et les notions mathématiques vues en classe".

3. Des électeurs indécis
" Plusieurs sondages mettent également en avant l’indécision même des électeurs, de plusieurs manières. "
C'est rigolo : des sondages auxquels on se fie pour expliquer qu’il ne faut pas se fier à d'autres sondages. Mais en même temps je comprends l'idée...


Beau boulot. 

samedi 5 novembre 2016

By the power of math !

Sur le site des Echos, un article publié le 31 octobre 2016 est sobrement intitulé : "Le nerf de la guerre, c'est les maths !". Allons bon, nous v'la bien.

" Les mathématiques sont au coeur de l'économie numérique", et c'est bien là le thème développé par article. D'ailleurs, Cédric Vilain le confirme : « Le numérique a décuplé, centuplé le pouvoir d'impact des mathématiques ». Il est donc surtout question de statistiques et d'algorithmique, mais au travers de l'article on entend aussi que les autres branches des mathématiques sont forcément concernées : trouver des lois, modéliser, c'est en effet l'affaire des mathématiciens dans leur ensemble.

Les « cinq grands champs de compétences mathématiques » appelés à jouer un rôle dans l'économie future seraient le "data mining", le traitement du signal et de l'analyse d'images (qui fait appel à la géométrie différentielle), la modélisation-simulation-optimisation (MSO, qui repose surtout sur les équations aux dérivées partielles), le calcul haute performance (HPC) et la cryptographie. 
C'est vrai que c'est une belle mise en évidence de l'utilité et la nécessité des maths, y compris dans ses développements les plus complexes.

"Mais l'économie n'est pas le seul domaine que les mathématiques et les mathématiciens sont en train de coloniser." (apparté : les mathématiciens ne colonisent rien : ils sont partout depuis bien longtemps. C'est juste que là, on les regarde.) "Un autre, tout aussi important, est celui de la santé. (...) Le Français Emmanuel Candès a expliqué à ses pairs que la méthode dite « de parcimonie », à la base de dizaines d'algorithmes servant aux Netflix et consorts à personnaliser leurs recommandations, permettait également de réduire le temps passé par les patients dans un scanner, ce qui leur évite d'absorber trop de radiations. Un exemple parmi beaucoup d'autres de ce que les mathématiciens, trop longtemps enfermés dans leur tour d'ivoire universitaire, peuvent apporter à la société."

Les mathématiciens n'étaient pas enfermés dans leur "tour d'ivoire universitaire". Ils bossent comme ils l'ont toujours fait. Mais peut-être le regard extérieur change-t-il ?

jeudi 12 mai 2016

Les cahiers péda se consacrent aux maths

Le dernier numéro des Cahiers Pédagogiques consacre son dossier aux maths. Coordonné par Guillaume Caron et Rémi Duvert, le dossier aborde sous différents angles l'enseignement des maths, ses liens avec la culture, les autres disciplines, l'histoire de son enseignement, etc. Facile à lire, intéressant, très actuel et concret, je vous le conseille. Et je remercie Guillaume de m'avoir contactée pour en écrire un petit morceau, et contribué à ce dossier qui me semble très cohérent et tourné vers la réalité du métier et des élèves.



vendredi 23 octobre 2015

x + y, des maths et des gens

Nous avons regardé récemment le film "x+y, le monde de Nathan". Sorti en France en juin 2015, ce film britannique n'a réalisé que 42 289 entrées. C'est dommage, surtout au vu du nombre de daubes qui en attirent beaucoup plus. Le DVD est sorti il y a quelques jours.

x+y n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est un film intéressant et qui vaut le coup d'être vu. Il raconte l'histoire de Nathan, à partir du moment où, enfant, il est diagnostiqué comme souffrant de troubles autistiques. Nathan est très doué en mathématiques, peu communicant, incapable d'empathie, ce qui est une des caractéristiques de l'autisme : on évoque souvent la triade, en lien avec l'autisme, qui se décline en :
- une altération qualitative des interactions sociales
- une altération qualitative de la communication
- des comportements et des intérêts répétitifs et stéréotypés.
Dans le film, Nathan n'est à aucun moment qualifié d'autiste. Il souffre de troubles autistiques. Il ne s'en tire pas mal du tout : il parvient à être autonome, voyage, ce qui serait impossible à bien des autistes. Evidemment, j'ai pensé à Daniel Tammet, qui est autiste et vit une vie autonome et riche. Malheureusement, la plupart des personnes souffrant d'autisme ne sont pas des autistes de haut niveau (ce qui n'a rien à voir avec le concept de surdoué ; un autiste de haut niveau n'a pas de retard mental). On ne les voit en général pas, car ils ne sont pas en mesure de mener une vie "normale".

Nathan est sélectionné pour les Olympiades internationales de mathématiques. De là découlent bien des aventures pour lui, qui vont lui permettre d'évoluer.

Morgan Matthews, le réalisateur, a réalisé des documentaires auparavant, ce qui se sent dans son film. En particulier, il a réalisé Beautiful Young Minds, qui déjà traite des Olympiades Internationales de Mathématiques. Des rencontres à cette occasion l'ont marqué, et lui ont donné envie de développer le sujet au travers d'un film. Déjà il avait rencontré des Aspergers. L'acteur qui incarne Nathan a lui aussi, pour le film, passé du temps avec souffrant de ce syndrome.

Selon Morgan Matthews, les mathématiques sont un univers rationnel qui peut servir de refuge pour des personnes comme Nathan. Se plonger dans les mathématiques serait une sorte de fuite du réel et de ses traumatismes, une échappée vers l'abstrait, le non émotionnel. Je comprend ce qu'il veut dire par là, mais l'exercice des mathématiques peut aussi être extraordinairement chargé d'émotions, en fait.
L'autisme est peu traité au cinéma, les maths aussi. Mais ce n'est pas le seul atout de x+y. J'ai trouvé ce film magnifique dans la description qui est faite des parents de Nathan. Chacun à leur façon ils sont extraordinaires, et crédibles. Son professeur particulier est aussi un personnage très touchant de par sa complexité. On n'entre pas dans la "passion mathématique", on ne sent pas vraiment en quoi faire des maths plaît à tous ces jeunes gens qu'on suit. Mais tout de même, c'est à voir.

dimanche 18 octobre 2015

Comment Anne Siéty a détesté les profs de maths

Je reviens d'une conférence d'Anne Siéty. J'hésite entre stupeur et déception, mais en réalité l'un n'exclut pas l'autre.

Anne Siéty, c'est la psychopédagogue de Comment j'ai détesté les maths. J'ai cru la découvrir à cette occasion, et comme son discours m'avait beaucoup plu, j'avais cherché à en savoir plus sur elle. Je m'étais alors aperçue qu'elle est l'auteur de Mathématiques, ma chère terreur, ouvrage qui m'a suffisamment frappée au moment où je l'ai lu, à sa sortie, pour devenir une de mes références (ici, une analyse intéressante).

Bref, en m'inscrivant aux Journées nationales de l'APMEP, j'ai découvert qu'elle venait présenter une conférence intitulée "les nouveaux blocages en mathématiques". Evidemment, je me suis inscrite avec enthousiasme. Encore ce midi, au déjeuner, j'expliquais avec ardeur comme j'étais ravie de pouvoir l'entendre "en vrai" : j'espérais mieux comprendre qui elle est, et j'espérais apprendre.

Pour ce qui est de comprendre qui elle est, j'espère avoir mal compris. Pour ce qui est d'apprendre, c'est raté.
Dès le départ, l'ambiance a été étrange. Anne Siéty nous a rappelé que "Regarder un élève faire des maths raconte sur lui bien plus que juste des maths", que "les maths sont un instrument d'autonomie incroyable", que "si {elle} a aimé les maths, c'est parce que les profs étaient des adultes qui apprenaient à se passer d'eux". Et puis il y a eu un glissement : "Savoir faire et comprendre, ce n'est pas la même chose". Ca, nous sommes tous d'accord. "Aujourd'hui, les élèves pensent-ils, quand ils font des maths ? Je ne reconnais plus du tout les maths dans celles que je vois les élèves faire. Je suis désespérée de ça".
Comme exemple, Anne Siéty nous a exhibé les combinaisons (en combinatoire, à appliquer aux probas en terminale). "On utilise un truc, on n'explique même pas ce que c'est. Ca n'a même plus de nom, on ne dit pas comment ça s'appelle. C'est un machin. Et on ne parle nulle part d'arrangements et de combinaisons. Comment voulez-vous que les élèves comprennent ?"  A la quatrième fois qu'elle a utilisé ce même exemple, je l'ai trouvé répétitif et signe d'un étayage pas si solide que cela.


Puis Anne Siéty s'est lancée dans une diatribe totalement dépourvue de nuance sur l'usage du numérique :" Les élèves sont dispersés à cause des écrans. Il n'y a plus de corps, plus de rapport au corps, et cela perd les élèves. Comment peuvent-ils compter en base dix puisqu'ils n'ont plus que deux pouces ?" (c'est en référence au fait qu'ils textotent). "Si on illustre tout sur écran, avec géogebra, le tableur, tous ces machins, c'en est fini de nos médailles Fields. Sans compter les névroses qu'on génère".

Finalement, Anne Siéty n'a pas beaucoup parlé de son métier, alors que c'était ce que j'attendais. Elle a évoqué deux cas :
Tout d'abord, celui d'une jeune fille qui ne comprenait pas le rôle des parenthèses dans les calculs. Comme madame Siéty lui expliquait que les parenthèses, c'était comme une protection, un cocon pour les nombres dedans, et que c'était comme sa chambre, dans laquelle est était tranquille, la jeune fille lui avait répondu qu'elle n'était pas tranquille dans sa chambre car son frère déboulait sans frapper sans cesse. Elle laissa tomber cette remédiation, puiqu'elle ne parvenait pas à faire progresser son élève. Puis un jour, elle se rendit compte que la demoiselle savait calculer avec des parenthèses, sans qu'elle l'y ait aidée. "Et ton frère, au fait, il rentre toujours dans ta chambre ?" "Ah non, répondit la jeune fille, cela fait bien longtemps qu'il frappe pour entrer !"
Deuxième cas exposé : un élève qui ne parvenait pas à comprendre comment on calcule avec des nombres négatifs.  "C'est quoi, pour toi, -2?" lui demanda la psychologue ; "C'est comme quand il y a deux personnes en moins, comme quand on meurt". "Cela peut être autre chose, non ?" "Ah oui, c'est comme les étages d'un parking ou une référence à une altitude, par exemple -2 on est dessous, comme au cimetière".
Anne Siéty n'a pas donné d'interprétation explicite de ces deux exemples. Elle n'a pas directement lié lla difficulté de ces élèves à une représentation psychologique douloureuse. Mais tout de même, elle les a présentés ainsi. Je reste assez perplexe. Mais au moins, elle présentait là ce que l'on pouvait attendre.

Le souci, c'est qu'elle a expliqué que les élèves "la voient comme le père Noel lorsqu'elle leur explique, avec des mots simples et des manipulations, et qu'ils comprennent bien vite ce qu'ils n'ont pas compris avec leur professeur". Alors que les profs ne savent pas le faire, d'après ses propos. Peut-être n'a-t-elle pas voulu exprimer cela, mais c'est bien ce que nous avons tous compris : les profs ne font plus de cours "consistants", les profs se servent des écrans à tort et à travers, les profs ne font pas manipuler, etc. Elle avait même amené la photocopie d'un cahier de cours, pour nous montrer comme c'était naze. Et puis c'est la faute des programmes : selon Anne Siéty, on ne peut pas faire de "vraies" mathématiques à partit de ces programmes, et les nouveaux sont pires encore. Sauf que de son propre aveu, elle ne les connait pas.  D'une part, cela me semble plus que limite, pour quelqu'un qui aide des élèves aussi sur le plan disciplinaire, de ne pas maitriser les programmes. D'autre part, tout ce qu'elle dit là est faux : nous enseignons toujours la démonstration, nous proposons des cours consistants et construits, nous avons recours à la manipulation lorsque c'est nécessaire (c'est-à-dire souvent). Nous ne nous basons pas seulement sur une approche kinesthésique, comme elle le fait, très empreinte de Montessori : nous faisons appel à tous les outils pour favoriser la compréhension de tous les élèves, avec leurs perceptions et leurs modes cognitifs différents. Cela inclut un usage raisonné des nouvelles technologies, et aussi d'apprendre aux élèves à s'en servir intelligemment.

Une demie-heure seulement était passée, que déjà une partie non négligeable des spectateurs avait quitté la salle. Las de se sentir insultés, méprisés, ils ont choisi de partir. Un échange s'est engagé, houleux, parfois épidermique. Une spectatrice a demandé, incrédule, à Anne Siéty : "Mais vous êtes psychologue ???" et Anne Siéty n'a pas compris : elle a répondu, très agacée, "Ah oui d'accord, un psy ça doit parler doucement et ne pas avoir d'avis, c'est ça ??". Mais non, ce n'était pas ça. Ce que se demandait, à juste titre, cette dame, c'était : comment pouvez-vous avoir une telle méconnaissance du public auquel vous vous adressez, et des profs en général, de leurs pratiques pédagogiques ? A plusieurs reprises, elle a perdu son sang-froid, et n'a fait preuve d'absolument aucune empathie. En fin de conférence, elle avait l'air embêtée, et nous a dit s'être mal fait comprendre, en synthétisant par un "Je ne voulais pas dire que c'était de votre faute ; je voulais dire que vous n'avez pas le choix, que c'est la faute des programmes". Michèle Artigue lui a gentiment expliqué que non. Nos programmes permettent un véritable exercice des mathématiques, si l'enseignant le veut.

Il n'empêche qu'en réécoutant la conférence, que j'ai enregistrée, les propos de madame Siéty sont franchement insultants et qu'elle nous a décrits comme des incapables. Elle presque crié, à un moment donné :"Depuis quand les profs sont-ils soumis ? C'est incroyable !" à une collègue qui lui parlait des programmes.
Les profs ne sont pas soumis, madame Siéty, car ils réfléchissent. En revanche, ils sont fonctionnaires d'état, et ne peuvent désobéir qu'à des injonctions injustes ou immorales. Appliquer le programme officiel n'entre pas dans ce cadre.

Finalement, je suis déçue d'avoir rencontré quelqu'un qui, aujourd'hui, n'a pas été professionnelle.

mardi 28 juillet 2015

Mathématiques, pour papa aussi

J'ai reçu il y a quelques jours Mathématiques pour papa, dans la même série que Mathématiques pour maman. Alors, qu'en dire ?

Tout d'abord, je me posais la question de savoir si Mathématiques pour papa serait aussi condescendant que Mathématiques pour maman. La réponse est oui. On se prend en pleine face le sexisme, c'est vrai, mais correspondant à l'époque, en gros. Je reste agacée par la différence de niveaux couverts par l'un et l'autre des ouvrages, et par le choix des exemples, hyper sexués, mais papa en prend aussi pour son grade dans le genre cliché ambulant.

La vision des maths dites modernes est amusantes : "Pour faciliter aux esprits préalablement "déformés" par les mathématiques classiques l'approche des notions modernes, ...". Je pense que pour beaucoup d'ex-élèves, la "déformation" n'est pas due aux maths classiques, mais aux maths modernes.

Le début du livre s'intitule "à bas Euclide!" et cherche à relativiser la modernité des maths modernes. Ce passage explique que les enseignants, en exposant les maths d'Euclide, sont comparables à des gardiens de musée. C'est exactement ce que je ressens aujourd'hui lorsque je transmets la géométrie de Pythagore et de Thalès, à l'heure de la géométrie sphérique. J'aurais bien aimé que ce préambule soit développé, et cela me fait réfléchir à mon voeu de voir le programme de géométrie à enseigner changer. Je n'ai pas tellement réfléchi à la violence d'une telle mutation.

Toujours des petits dessins rigolos...
Ensuite, le bouquin ressemble à son homologue féminin, si ce n'est qu'il va plus vite et plus loin. Les exemples portent sur Bardot, Lollobrigida, Louis XIV, XIII, XV, etc., les états des Etats-Unis, le bridge, la chasse et la pêche. Il n'y a pas de couleurs, alors que dans l'autre tome si. Il y est moins question de comprendre pour le plaisir de comprendre, et davantage pour "ne pas perdre la face" devant sa progéniture. Là où la femme s'instruit par altruisme, l'homme s'instruit par vanité. Le dénombrement y est abordé, ainsi que les nombres complexes, la notion de corps, d'anneaux, de calcul matriciel et de produit vectoriel. Dernière différence : il n'y a pas de mot de la fin, pas d'au revoir comme dans Mathématiques pour maman.

mardi 14 juillet 2015

Mathématiques pour maman

Hier, nous sommes allés à Quevreville la Poterie. J'avais achevé de mettre en pot des litres et des litres de confiture, lavé une grande partie des draps, couettes et oreillers de la maison, nous avions tout bien nettoyé et rangé. Alors nous sommes partis fouiner dans cette IMMENSE bouquinerie.

J'en ai trouvé, des choses. Pour la fille d'amis, pour mon papa, pour mes élèves de l'année prochaine, pour mon mari, pour moi. J'ai même trouvé les trois bouquins de Piaget que je cherchais depuis si longtemps, et deux de Baruk. Et à vingt centimes, en plus. Mais ma pépite, la voilà :


Au départ, quand je suis tombée sur ce bouquin, j'ai été intriguée. Je suis maman, j'aime les maths, il s'adressait donc sans doute à quelqu'un comme moi, il y a quelques dizaines d'années. Impression corroborée par le feuilletage rapide du livre : il y est question de théorie des ensembles, de "maths modernes". Allez hop, me suis-je dit, 1€ pour un bouquin qui m'appelle, c'est une aubaine.

Rentrée à la maison, je feuillette l'introduction. Là, je me suis dit une bonne dizaine de fois que l'époque n'est pas la même, mais tout de même. 1969, c'est tout récent. Et n'aurait été le regard amusé de mon mari attendant que je pique une crise de féminisme aigü, je me serais bien laissée aller...

Je cite (et je commente. Faut que ça sorte) :
"Nous aurons pu réaliser à votre intention, madame, un abrégé de "Mathématiques pour Papa" à grand renfort de ciseaux et de colle."
En effet, les auteurs ont tout d'abord écrit un Mathématiques pour Papa, que j'ai commandé et que j'attends avec hâte. Le ton en sera-t-il aussi condescendant ? Ca part mal : mathématiques pour Papa couvre des petits classes à la terminale, quand Mathématiques pour Maman s'arrête en troisième. Faut quand même pas en demander trop à Maman, après elle va oublier de surveiller le rôti sinon.          "Nous avons préféré vous écrire quelque chose d'entièrement différent, mieux adapté au climat intellectuel de ces heures bénies où, tout à la fois, votre fils de onze ans vous demande la différence entre une injection et une bijection, votre fille de neuf ans souffre sur une addition en système binaire et confond dangereusement ses études avec l'ensemble vide, votre petit dernier hurle dans le berceau pour vous obliger à le prendre dans vos bras, le téléphone sonne et, dans votre four, un gâteau d'anniversaire hésite doucement entre le Tanezrouft et le carbonifère..."
 Le "climat intellectuel de ces heures bénies" ??? Ils décrivent l'enfer, ces gars-là, et ils parlent de climat intellectuel et d'heures bénies ??? Cela mis à part, on reste songeur sur l'étude des injections, surjections de bijections à en sixième et sur le calcul en base deux en CM1. Et puis enfin, le parallèle entre le gâteau qui brûle avec le Tanzrouft (un désert situé à cheval sur l'Algérie et le Mali) et le carbonifère me semble relever d'un humour assez peu scientifique de par l'hétérogénéité des parallèles.

"Autant vous avouer tout de suite notre hypothèse de départ : nous vous avons supposée furieusement littéraire, déclarant à tous échos n'avoir jamais rien compris aux mathématiques, donc vous avez, d'ailleurs, scrupuleusement presque tout oublié."

Serge, René, si vous m'autorisez cette familiarité, autant vous le dire tout net : vous auriez mieux fait de ne rien avouer du tout. Vous multipliez les erreurs et les maladresses, quand bien même vous êtes pétris de bonnes intentions.
D'abord, pouquoi madame Godiche est-elle forcément "furieusement littéraire" ? Pourquoi "furieusement", pourquoi "littéraire" ? Pourquoi aussi est-ce en opposition, d'être scientifique et littéraire ?
Ensuite, pourquoi madame Godiche au gâteau carbonisé doit-elle être activement contre les maths ? Elle pourrait simplement ne pas s'y intéresser, ou ne pas avoir compris, sans fureur déclarative. Elle peut aussi n'avoir pas retenu toutes ces notions abstraites, parce qu'elles ne lui servent à rien dans son quotidien aussi rempli que solitaire. Elle a peut-être non pas scrupuleusement, mais simplement oublié.
C'est vrai cependant, pas mal de gens revendiquent leur désamour des maths, affirment leur incompétence avec force. C'est bizarre. Je suis, pour ma part, une quiche en gymnastique, mais cela ne me rend pas fière.

Ca m'a rappelé ce qui disait Villani dans Comment j'ai détesté les maths, à partir de la trentième seconde de la bande annonce :


Bon. Une fois cette délicieuse introduction passée, force est de constater que l'ouvrage est plutôt bien fait. Assez pédagogique, s'appuyant sur des cas concrets (le plus souvent relatifs aux enfants, car madame est surtout Maman, et épouse, mais il reste fort peu de place à autre chose). C'est dommage que tout soit sous-tendu par cette incroyable condescendance.

L'icône signifie "fondamental"

Celle-ci signifie "A vous de jouer !"



Là, j'ai du mal. Avec Papa et Maman.

Ils s'énervent, là, Serge et René, non ? 
La fin du livre m'a surprise : on y emmène madame (oh pardon, Maman) vers l'ensemble des nombres complexes, les matrices et les graphes. De façon sommaires, le tout résumé en trois pages, mais cela révèle une certaine ambition.

La conclusion, fort galante :




mercredi 11 mars 2015

La semaine des mathématiques approche !

La Semaine des mathématiques aura lieu du 14 au 22 mars 2015. Le thème retenu pour cette quatrième édition est "Les mathématiques nous transportent".


Parmi les objectifs de cette manifestation, à lire sur edsucol :
  • "Proposer une image actuelle, vivante et attractive des mathématiques ;
  • Insister sur l'importance des mathématiques dans la formation des citoyens et dans leur vie quotidienne  ;
  • Présenter la diversité des métiers dans lesquels les mathématiques jouent un rôle important ou essentiel ainsi que la richesse des liens existant entre les mathématiques et les autres disciplines ;
  • Mettre en lumière l'importance des mathématiques dans les moyens de transport modernes (terrestres, maritimes, aériens, spatiaux) ;"
Et surtout, le meilleur pour la fin :
  • "Montrer que la pratique des mathématiques peut être source d'émotions de nature esthétique (élégance d'une théorie, d'une formule, d'un raisonnement) afin de dévoiler le lien entre mathématiques, plaisir et créativité."
Je suis contente. Que cet objectif figure dans la description officielle de la semaine des maths, sur eduscol, cela montre à quel point les choses progressent sur ce point : non, les maths ne sont pas froides et inhumaines. Elles sont bien à nous, pour nous, avec nous, pas seulement au travers d'une "froide intelligence". Elle peut être chaude, colorée et en plein de dimensions, l'intelligence.

De nombreuses activités seront organisées un peu partout en France pour fêter les maths : des conférences, des ateliers, des expositions, des pratiques de jeux mathématiques, des présentations classes qui ont travaillé sur des projets de recherche mathématiques.

Ici, vous trouverez le guide de l'événement.

Au collège, nous participerons à la semaine des mathématiques : le rallye mathématique, les olympiades, une semaine d'énigmes (comme l'année dernière, initiative qui a beaucoup plu aux élèves, qui en redemandent), bref, nous aussi nous en sommes !
Les élèves de troisième de madame Oursel ont gagné, il y a deux ans !
Canopé organise, mercredi 18 mars, une projection du film Comment j'ai détesté les maths.


A titre personnel, j'ai la chance de pouvoir aller au forum "Les mathématiques vivantes" à Paris (décrit ), samedi 21 et dimanche 22 mars. là aussi, le programme est alléchant et j'en attend beaucoup !

samedi 14 février 2015

Séismes, probabilités et injustices

La semaine dernière nous avons travaillé avec mes élèves de troisième sur les probabilités. C'est un chapitre très agréable à travailler pour moi : cette classe est constituée de beaucoup d'élèves en difficulté en mathématiques et qu'il est difficile de convaincre que si si, ils peuvent encore y arriver. Or ce chapitre ne nécessite pratiquement aucun pré-requis et s'appuie sur le bon sens, l'observation quotidienne. Chacun y part avec les mêmes chances. A condition d'être présent en cours régulièrement et de chercher les exercices proposés, bien sûr, ce qui est loin d'être le cas de tous, mais passons.

Une difficulté cette année est de faire comprendre aux élèves la différence entre statistique et probabilité, entre fréquence observée et proportion idéale, mais aussi entre étude d'une situation et généralité. Au lycée, la construction mentale des intervalles de confiance puis des intervalles de fluctuation en dépendra, alors j'insiste.

Par exemple, dans un tableau comme celui-ci :
à la question "si je choisis au hasard une personne, quelle est la probabilité que ce soit un garçon ?", plusieurs élèves, après une semaine sur les probas, me répondent "une sur deux, car on est soit un garçon, soit une fille".

Autre exemple : si je joue au loto les nombres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, ai-je plus ou moins de chances de gagner que si je joue 32, 11, 6, 19, etc. Même avec des interrogations du type "Si je lance une pièce équilibrée et que j'obtiens "Face", ai-je au lancer suivant plus ou moins de chances d'obtenir "Pile" ?", je sens bien les hésitations. Lorsque je fais le clown en jouant la pièce qui dit "Allez allez, attention, faut pas que je tombe sur "Face" ce coup-ci, oh hisse !", les hésitations s'envolent, mais je ne serai pas toujours là pour faire le clown lorsque ce genre de problématique apparaîtra.


De fil en aiguille j'en suis arrivée parler à mes élèves des sismologues italiens qui avaient été condamnés à six ans de prison ferme pour avoir fourni des probabilités indiquant que le risque de séisme était faible, juste avant qu'un tremblement de terre dévastateur survienne. Là, mes élèves ont réagi tout de suite : "C'est pas parce qu'ils disent ça qu'il ne peut pas y avoir de tremblement de terre", "C'est les autres qui en ont déduit des trucs qu'ils auraient pas dû", et ainsi de suite. On touche à l'humain et au juste ou à l'injuste, alors l'adolescent réagit et s'insurge. C'est normal à ce stade de son développement, et en l'occurrence c'est une réaction fondée.

Ce que j'avais oublié, c'est qu'en appel les sismologues ont été acquittés. Il faut que je le dise à mes troisièmes lundi. 
Qu'ils puissent dormir tranquilles : la justice est rétablie, ouf. (Ne voyez pas d'ironie dans cette remarque, il n'y en a aucune)

mercredi 4 février 2015

Chez Kellogs on sait pas compter

Nos enfants s'installent pour goûter. Ils sortent le paquet de céréales, se servent. Et d'un coup, un cri "Claire, regarde, regarde !"


Ah oui, rigolo. Mais surtout, ce que j'adore, c'est que cela leur saute aux yeux et qu'ils sachent que je vais en faire quelque chose. 
Et d'ailleurs, je vais en faire quelque chose. Nous avons vu récemment le calcul littéral et les équations, avec les quatrièmes. On ne peut pas réduire une expression en additionnant des éléments de même nature, par exemple. Voilà un beau contre-exemple !

dimanche 23 novembre 2014

Une mise en abîme mathématico-publicitaire ?

Un élève m'a signalé cette publicité qui passe en ce moment à la télévision. Je l'en remercie d'ailleurs, car comme je n'ai pas la télé, je passais à côté.


Elle a l'avantage d'être un peu originale, cette pub. Elle ne correspond à rien dans l'école d'aujourd'hui, mais c'est rigolo quand même. Elle ne reflète rien de notre système actuel, parce que donner une "composition" de ce type en maths est une idée très très bizarre et déconnectée de la réalité des classes, et aussi parce que les élèves s'ennuient, alors que chacun sait qu'en cours de mathématiques, tous les élèves sont passionnés du début à la fin de la séance.
Alors à la question : "c'est quoi la réponse", la réponse est qu'il n'y en n'a pas car la consigne est absurde :
- Pierre va payer ça :
Là où c'est embêtant, c'est que le résultat est négatif. Ca fait dans les -540 euros, ce qui est vraiment très avantageux pour Pierre. A vrai dire, cette offre là met la pile à Citroën.

- Paul va payer ceci :
où k est le coefficient (inconnu dans la consigne) de proportionnalité de la prime en fonction de l'âge du monsieur. Cette fois, cela donne environ 53 579 euros, moins la prime inconnue. De toute façon, ça part pour faire cher la voiture.

La réponse que je donnerait au prof est donc qu'il y a un schmilblik dans son énoncé. Et il n'y a pas besoin de quatre heures pour traiter son problème.

Evidemment, ce qui est assez remarquable dans cette publicité c'est la vision renvoyée des maths : cela ne veut rien dire, ce n'est pas accessible, et d'ailleurs le phrasé de l'"enseignant" accentue cette impression, ne laissant aucune chance de sélectionner l'information utile, comme on dit dans le livret de compétences. Le tableau est couvert de courbes, de signes et de formules qui n'ont rien à voir avec l'énoncé. Et la conclusion, c'est qu'avec la marque de voiture concernée, c'est plus simple.
Pourquoi est-ce plus simple ? Parce qu'il n'y a rien à comprendre. Mais cela n'a rien à voir avec la première partie du spot.

En fait, rien n'a de sens dans cette publicité. C'est une mise en abîme, une structure absurde illustrée par un énoncé de problème absurde.
Et pourtant, je l'aime bien, même si je n'ai pas plus envie de m'acheter cette voiture qu'avant. Il va falloir que je creuse dans mon inconscient, mais je ferai ça quand je bosserai moins. Là, je n'ai vraiment pas le temps.

mardi 18 novembre 2014

La fabrique des cancres ?!

Dans cet article du site Images des Mathématiques, A. El Kacimi, F. Recher et V. Vassallo analysent la page 51 du Nouvel Observateur du 21 août 2014, intitulé « La France triomphe à former des cracks des équations. Elle a plus de mal avec les élèves ordinaires. ». Et les auteurs de poser la question : faut-il tout laisser passer ? Autrement dit, devons-nous, nous enseignants de mathématiques, accepter de porter sans broncher l'entière responsabilité des résultats décevants des élèves français en mathématiques ?

Je cite leur article, que je vous invite à aller lire dans son intégralité :

(...) Puis, dans l’autre moitié de l’article, M. Gonzague présente une « démonstration » de la proposition : « ce qui vaut pour l’élite ne vaut pas pour la masse » notant au passage que les Français ont de nombreux problèmes avec la « numératie » (...) et le mauvais classement dans l’enquête PISA (OCDE). Les faits sont là, certes. Et l’explication ? Simple ! Pour M. Gonzague « Contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas parce que le niveau général décline, mais parce que le nombre d’élèves faibles a bondi ». Pour conclure ensuite : « Autrement dit, nos profs de maths fabriquent des cancres. » Fin de la « démonstration » ! (...) Ce qui est largement regrettable dans cet article, et dans la presse en général, c’est cette tendance à pointer constamment ce malaise dans l’enseignement des mathématiques sans jamais mener une véritable enquête sur les causes !

Ouch. Effectivement, c'est un peu rapide... Et trop peu nuancé. Pas franchement scientifique, comme argumentaire. D'ailleurs, je trouve la phrase « Autrement dit, nos profs de maths fabriquent des cancres. » carrément vexante. Les auteurs reprennent :

Alors, chers collègues, faut-il laisser passer de telles affirmations dans la presse, écrite ou non (quoique : Verba volant, scripta manent ! disaient les latins), laisser passer tout ce que nous assènent les médias sans nuances, sans recul ou bien demander systématiquement un droit de réponse ?


Non, je crois qu'il ne faut pas laisser passer. En même temps, je me suis déjà pas mal battue, et ai-je encore l'envie/l'énergie de me battre encore pour cette cause-là ? C'est sans doute peine perdue,de toute façon. Et je préfère consacrer mon énergie à mes élèves. A leur permettre de ne pas être des "cancres" (quel mot laid et peu signifiant).

lundi 29 septembre 2014

Liberté Dimanche et nerfs en pelote

Dans l'édition de dimanche 28 septembre de Liberté Dimanche, une double page est consacrée à la question de la suppression des notes à l'école. Qualifiée (à juste titre) de serpent de mer, elle est "à la mode", cette question. Je ne pense pas que l'abandon de la note soit pour demain, ni même pour après-demain. Et d'ailleurs, je ne pense pas que ce soit la question la plus urgente à se poser concernant l'enseignement en France. Avant de se focaliser sur les notes, il faut engager une réflexions les méthodes d'enseignement et leur adéquation avec le public scolaire d'aujourd'hui. Mais ce n'est pas là l'objet de mon post.


L'objet de mon article, c'est ce que dit, toujours dans Liberté Dimanche, monsieur Pascal Thiell, professeur de lettres et président du SNALC Rouen, un syndicat d'enseignants. Monsieur Thiell donne son avis sur un certain nombre de choses, comme le redoublement, le refrain de la bienveillance, l'accompagnement personnalisé. Je ne suis pas d'accord avec tous ses dires, mais bon, nous partageons sans doute quelques avis communs.
Et puis monsieur Thiell dit :" Les notes, on n'a pas trouvé mieux ! ". Heu, ça reste à prouver. En comparaison de que système ? Pourquoi ?
Et encore : "J'ai moi-même été dans une sixième sans notes. Résultat : les deux tiers de la classe avaient redoublé !". Pardon ??? En supposant qu'il soit possible qu'un jour une classe ait redoublé aux deux tiers, où est le lien de cause à effet ?
Puis : "Les établissements ne sont pas des lieux de jeux. (...) La vie n'est pas une partie de plaisir, et celui-ci vient avant tout du goût de l'effort. La récompense, c'est justement la note !". Aïe aïe aïe ça y est, la moutarde me monte au nez et mon sang ne fait qu'un tour.
Qui a dit que ne pas noter transformait l'apprentissage en jeu ? Une classe peut être avec ou sans note de multiples façons. Cela n'indique pas grand chose sur le type de pédagogie suivie, mais n'a rien à voir avec l'idée de transformer la classe en "lieu de jeux". On peut faire des classes avec notes formidables, des classes sans notes calamiteuses, et inversement !

Evaluer n'est pas noter, et la note n'est qu'un indicateur partiel, résumé de multiples nuances assimilées en un nombre sans signification universelle ni précise. Une moyenne, c'est comme un résumé de texte : du Hugo résumé en 25 pages, ça perd de sa saveur. Des mois de travail résumés en un nombre aussi. La question n'est même pas en terme de récompense, mais en terme de progrès, d'acquis : on ne va pas à l'école pour être récompensé, mais pour devenir un individu capable, grâce à ses connaissances, ses méthodes d'analyse et de raisonnement, l'utilisation de liens logiques et de la langue française, de réfléchir par lui-même, de faire preuve d'une humanité éclairée.

Pourquoi ne pourrait-on pas apprendre aussi bien, voire mieux, sans souffrir ? Faut souffrir pour être belle ma fille, et c'est pareil pour apprendre ? Le goût de l'effort, ok, nous sommes d'accord, monsieur Thiell et moi. Mais alors sur le reste, pas du tout du tout du tout. D'ailleurs les enfants élevés dans un milieu calme, sans violence, ont davantage confiance en eux et réussissent davantage, car ils sont en situation de sécurité affective. Cette idée qu'il faut se faire mal pour s'endurcir m'agace prodigieusement. Ca m'évoque le principe du bizutage et je n'aime pas ça.


Je n'aime pas les excès, ni les caricatures. Assimiler aux classes sans notes l'idée d'enseignement ludique et improductif, prétendre qu'on veuille "mettre la qualité relationnelle de l'enfant ou son implication dans la vie scolaire au même plan que les enseignements" (là encore, joli cliché), tout ceci me met hors de moi. Comme je trouve idiot de prétendre que ne plus noter va résoudre les problèmes. C'est bien plus compliqué que ça.
Heureusement, l'interview est contrebalancée par l'avis de Sébastien Léger, de la FCPE, qui répond avec mesure aux mêmes questions.

N'empêche, je suis toute énervée maintenant.