Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).
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samedi 7 janvier 2017

Alors, on en fait quoi, de ce mammouth ?

Un livre est récemment sorti, qui fait un joli buzz : Et si on tuait le mammouth ? Le titre fleure bon la provoc, et l'objectif est atteint, puisqu'il est fort difficile de se le procurer : je ne l'ai pas encore trouvé disponible à la vente. Je vais donc me livrer à un exercice certes commun, mais qui ne l'est pas pour moi : parler d'un livre que je n'ai pas (encore) lu.

Un des auteurs est Bernard Toulemonde. Agrégé de droit en 1976, il a été surveillant d'externat, assistant à la faculté de droit, professeur de droit public, chargé de l'éducation au ministère par Pierre Mauroy, directeur des affaires générales au ministère de l'éducation nationale, recteur de Montpellier puis de Toulouse, membre du cabinet de Jack Lang à l'Education nationale, inspecteur général puis directeur de l'enseignement scolaire.
L'autre auteur, Soazig Le Nevé, est journaliste à la rédaction d'Acteurs publics.

Laissons donc les points de vue, divergents, s'exprimer :

Le Café Pédagogique écrit, sous la plume de François Jarraud :
"C'est bien à un assassinat en règle que nous invitent Bernard Toulemonde et Soazig Le Nevé dans un petit livre qui débite le mammouth avec délectation. (...) Dans le carnage promis par B Toulemonde, le mammouth ne meurt pas seul. Les professeurs et leurs syndicats sont poussés eux aussi dans la tombe, tout comme d'autres catégories, les bacheliers professionnels par exemple. (...)
Le programme que propose B Toulemonde, le voilà. C'est la fragmentation de l'Education nationale livrée à ses cadres locaux dans un objectif de performance y compris financière. Car pour B Toulemonde , il faut baisser les investissements éducatifs. "A quoi servent les moyens supplémentaire que l'on donne sans cesse au système éducatif ? A faire progresser toujours plus les élèves ? Tout démontre qu'ils permettent surtout d'améliorer la situation des personnels sans que les résultats des élèves s'en trouvent favorisés". (...)
Là on passe du coté le plus sombre du livre. La revanche de B Toulemonde c'est sans doute celle des cadres sur les enseignants et les syndicats, deux forces d'opposition insupportable à un encadrement toujours qualifié positivement. (...) Il s'insurge contre les heures supplémentaires non faites (comprenez les HSA), les heures des professeurs d'EPS, les maitres surnuméraires, les agrégés nommées en collège, la liberté pédagogique et les droits syndicaux comme l'heure d'information syndicale. Paradoxalement les enseignants sont perçus comme des ennemis de l'éducation nationale et non comme ses supports. L'ouvrage recommande de les faire travailler 35 heures par semaine, ce qui évidemment résout la question des effectifs et du budget. (...)
En fin d'ouvrage, 17 recommandations résument la pensée de l'auteur. On y trouve le profilage des postes des enseignants, la suppression des grilles d 'avancement remplacées par une évaluation du mérite, la fermeture de la Direction des ressources humaines du ministère, le transfert du professionnel et de l'enseignement agricole aux régions, etc."


Bon, il faut vraiment que je le lise. Je ne suis pas d'accord avec tout, loin de là, mais je ne suis pas non plus en opposition avec tout...

Dans l'obs, autre vision du livre. L'article est surtout une suite de citations :
"Tout ce qui fait débat est mis à plat : la fameuse baisse du niveau ? Elle est avérée. L’égalité entre les enseignants, entre les établissements, entre les filières de formation…? Une fiction. L’action ministérielle ? Une illusion. Le mammouth est difficile à bouger, du fait de syndicats, "ces machines à dire non" qui intimident le pouvoir. En réalité, régie par les règles non dites de l’égoïsme, de la prudence et des intérêts bien compris, l’école sert d’abord les nantis. Et tant pis pour la population scolaire qui aurait vraiment besoin d’être accompagnée. Pourtant, les solutions existent. Il leur faudrait juste rencontrer un peu de courage politique. Il y a peut-être du vrai dans toutes ces raisons, mais elles permettent aussi de se défausser facilement : ce n’est jamais la faute de ceux qui enseignent – et on sait que les enseignants eux-mêmes ne font pas réellement l’objet d’une évaluation de leur travail ! Or il existe bel et bien des profs incompétents, assumons le fait de le dire."

Okééé. J'ai eu plus envie de le lire par l'article négatif du Café Péda, en fait. D'une part parce qu'au moins l'ouvrage est décrit, mais aussi parce que dans l'Obs, la tentation baffe-au-prof est assez peu nuancée.

Il y a aussi Le Mammouthologue, dans un genre encore différent (et avec des échanges de commentaires dynamiques ) :
" Quel que soit son appartenance politique, le futur locataire de la Rue de Grenelle trouvera dans ce livre une peinture crue et sans tabou de l’Education nationale : les renoncements des différents ministres de Lionel Jospin à Najat Vallaud Belkacem et les coulisses peu reluisantes des politiques éducatives, les compromissions avec les syndicats, les assauts des lobbys en tous genre, la gabegie financière au détriment d’une amélioration du niveau des élèves, les incessants effets de yoyo d’une politique sans changement en profondeur des modes de gouvernance du système… pour le plus grand bien de l’enseignement privé. Ainsi déniaisé, le ou la prochaine ministre aura soit à cœur de s’attaquer une bonne fois pour toutes au « mammouth » pour l’intérêt des élèves, ... ou de prendre ses jambes à son cou tant la tâche s’avère difficile.
Le livre se propose en effet non pas de réformer mais de tuer le « mammouth ». A ce titre, il faut alors voir comme un excellent signe les attaques dont l’ouvrage fait l’objet depuis quelques jours sur les réseaux sociaux ou sur le site militant du Café pédagogique ! Car le mammouth tremble. Le livre a en effet de quoi déranger certains syndicalistes quand il relate quelques épisodes bien connus des observateurs de l’école. (...)
Le livre rappelle aussi la politique de privilèges accordée à bas bruit à certaines catégories de personnels. « A Paris, on bat des records de privilèges indus aux frais du contribuable. Les directeurs d’école bénéficient tous d’une décharge totale de service alors que leurs collègues de France et de Navarre n’y ont droit qu’à partir de 14 classes ! De même tous les instituteurs y sont assistés (remplacés ?) par des maîtres rémunérés par la Ville de Paris pendant six heures par semaine, soit le quart de leurs heures de classe ». (...)
L’ouvrage ne se contente pas de décrire les dysfonctionnements du système et d’en analyser les causes, il propose des solutions : l’autonomie des établissements, régionalisation du recrutement des profs, statut des écoles primaires, publication des résultats des établissements scolaires et publication de leurs résultats, définition des heures de service en heures de présence dans les établissements, lancement d’un plan de création de bureaux et salles de travail, transfert aux régions volontaires des formations professionnelles et agricoles, notamment.
Les solutions sont doublées d’une méthode d’action : surtout pas de grande loi mais un cap clairement fixé et « une volonté de fer » pour des « décisions ultrarapides dans les quelques semaines qui suivent les élections », « confiance au terrain mais point trop aux syndicats (la preuve est faite, peu tiennent parole) ».
Outre le caractère extrêmement bien documenté de l’ouvrage, sa force tient à son humour. Les auteurs savent rendre limpides voire amusantes le décryptage des rapports annuels de performances ou les plus arides documents budgétaires. On sent à la fois l’expertise et la technicité de la journaliste Soazig Le Nevé mais aussi la clairvoyance de « vieux renard de l’Education nat » de Bernard Toulemonde (qui me pardonnera cette expression), grand serviteur de l’Etat mais lucide sur toutes les absurdités dont il a été témoin et soucieux de les rendre publiques.
C’est donc et il faut le souligner, un livre courageux qui a le mérite de montrer au grand jour ce que tous ceux qui ont travaillé à l’Education savent et parfois, taisent. Indispensable."

jeudi 5 janvier 2017

Et un boulot de crotte, aussi

J'enseigne en collège, j'enseigne à l'ESPE, mais je suis aussi formatrice REP+, et formatrice académique.
Dans ce cadre, aujourd'hui, j'ai animé une formation sur le climat scolaire, au Havre. J'ai été mauvaise, mais bien, bien mauvaise. Je n'ai pas géré l'espace et son organisation, je n'ai pas maitrisé le temps, j'ai été en-dehors, pas assez réactive, pas assez rentre-dedans, pas assez adaptable. Probablement ne m'étais-je pas non plus assez emparée du dispositif, de ses modalités. 
J'ai loupé, et ce n'est la faute de personne d'autre.


Alors que faire de cela maintenant?
Hé bien assumer, déjà. Ensuite, relativiser. Et puis agir. J'y retourne dès que je peux, et je leur dis : j'ai loupé la fois dernière, alors là, je vais vous montrer que je peux faire mieux que ça. Je ne vais pas non plus annoncer un feu d'artifice, hein. Mais je vais faire en sorte que les enseignants auxquels je m'adresse sentent que je ne m'en fiche pas, que ma mission m'intéresse, me motive, et qu'eux aussi, ils m'intéressent et me motivent.

Vous voyez, les jeunes (élèves et étudiants) : on se plante à tout âge, avec toute ancienneté. Et on peut rebondir, la plupart du temps. C'est une question d'humilité (ben oui, je me plante, et je ne suis pas toujours compétente), de fierté (Je ne vais pas en rester là, non mais sans blague !) et d'énergie (On y retourne, taïaut !).

Vous reprendrez bien un peu de cliché ?

Sur le site de Marianne, j'ai lu ce matin un article qui m'a fait bondir. Véronique Marchais, professeur de français et co-auteur du manuel scolaire Terre des lettres, fait sa fête à la formation intiale des enseignants, à l'ESPE. Tout en nuance, l'article explique que le "lent naufrage de l’école française" est la faute des ESPE, qui propose une "formation initiale aujourd’hui réduite à un embrigadement", infantilisante, "imposant une démarche unique", espèce d'éteignoir de la liberté pédagogique et de l'esprit critique. L'ESPE apparaît d'ailleurs comme rangée dans la catégorie "institution", quel qu'en soit le sens.
J'invite cette dame à venir nous rendre visite, dans notre ESPE, quand elle veut. Elle aura un contre-exemple de ce qu'elle prétend. Elle écrit : "Qu’on se le dise : le professeur qui réfléchit est une espèce en voie de disparition, menacée par les réformes en cours." C'est une honte, d'écrire ça. Ce que nous faisons dans mon ESPE, c'est justement donner l'envie, les moyens, la conscience de la nécessité de réfléchir par soi-même, pour être le plus efficace possible, tout en prenant du plaisir à enseigner.

La suite est l'avenant : c'était mieux avant, doxa, dogme, pédagogues (on a échappé aux pédagogos, merci madame), idéologie, refus de la réalité... Tout est en miroir, en fait, et c'est une charge-défouloir qui n'est en rien constructive, et qui est mensongère. Dommage : il serait intéressant de discuter vraiment. Car non, l'enseignement descendant et magistral n'a pas réussi. C'est bien pour cela que les professionnels ont cherché des solutions. Solutions imaginées, construites et testées grâce à leur liberté pédagogique, la même que l'auteur de l'article imagine niée. Au contraire, la réforme, justement, l'affirme comme jamais, et la permet concrètement davantage qu'auparavant. Et puis les enseignants gardent ce qui fonctionne : il n'est pas question de changer juste pour changer. Chaque enseignant est libre de décider de ses pratiques, et le fait en réfléchissant aux meilleurs façons de faire réussir les élèves. Car c'est cela qui doit nous guider : ni des querelles de clocher, ni des positions de principe, ni la recherche d'un pouvoir qui n'existe pas. Notre seul moteur, c'est de faire réussir les élèves, c'est-à-dire de les préparer à leur vie d'adulte, d'humain, de citoyen.

"Il faut réaffirmer la liberté pédagogique ; C’est cela, et cela seul qui pourrait “inverser la courbe” du lent naufrage de l’école française."  Merci madame, d'avoir trouvé la solution. 
Je retourne donc exercer "vulgairement" mon métier, avec l'impression de réfléchir par moi-même, alors que je ne suis qu'une exécutante manipulée qui pense de travers. 

lundi 2 janvier 2017

Pour tous mes élèves et étudiants ! (et pour les autres, aussi)

C'est parti pour répéter en boucle "Bonne année !". Mais n'avez-vous pas envie de varier un peu ? Voici quelques propositions qui laisseront la plupart de vos interlocuteurs perplexes :

Je vous souhaite une bonne année 2017 : c'est un nombre premier, gage de qualité ! C'est le 306ème, pour être précise.

La somme des diviseurs de 2017, ça donne 2018 !!! Une année déjà tournée vers la suivante, elle va être passionnante ! Ca, c'est le plus idiot que j'aie trouvé : 2017 étant premier, forcément la somme de ses diviseurs vaut lui-même plus 1...

Bonne année 9²+44² ; une année qui s'écrit comme somme de deux carrés, ça promet ! Voilà voilà.

Belle année 7³+7³+11³ ! Vous vous rendez compte, c'est dingue, une somme de trois cubes ! Rhalala, elle va être exceptionnelle, cette année ! Ici, vous pourrez lire tout un tas de trucs intéressant sur les nombres qui s'écrivent comme somme de trois cubes.

Des années qui furent à la fois un nombre premier et une somme de trois cubes, il n’y en eut que 45 depuis l’an I. Alors bonne exceptionnelle année, cher ami. Ah oui, ça tape bien, ça. Pas mal.

Mais en fait je préfère ça :

Joyeuse année 
à tous !

On prépare la rentrée !

Hé oui, demain, hop, on y retourne. Alors comment cela se passe-t-il dans une maison de profs, la veille de la rentrée ?

Mon mari trie ses bons points à l'effigie des rois de France
Je suis allée acheter mon matériel pédagogique
Et mes supports d'activité sont prêts.
Vous remarquerez aussi que presque tout est barré sur ma liste de trucs à faire...
On est prêts.

dimanche 11 décembre 2016

On dirait que ça se calme

La dernière étude Pisa qui était sortie nous avait accablés. On n'avait parlé que de ça pendant un bon bout de temps, partagés entre l'apitoiement sur nous-mêmes, l'auto-flagellation et la remise en cause
des protocoles de Pisa.

Quand Timss est sortie il y a peu, badamoum et reblotte. Mais là, pour Pisa, le choc m'a semblé moindre. Mieux anticipé, déjà, "grâce" à Times, et puis peut-être pris avec de toute façon plus de distance : l'habitude, que voulez-vous...

Alors que lire qui soit intéressant sur le sujet ?
D'abord, évidemment, Jean-Paul Delahaye. Dans le Café Pédagogique, il explique que non, il n'y a pas lieu de se décourager : "Le niveau en sciences est stable, même si le nombre d'élèves en difficulté augmente. Les maths aussi. On progresse en compréhension de l'écrit. Notre problème c'est que la moyenne ne veut rien dire chez nous.". C'est là que nous sommes dramatiquement mauvais : "Il y a un grand écart entre les élèves selon leur origine sociale. On voit un creusement des écarts. L'Ocde nous dit que la relation entre performances et origine sociale des élèves est une des plus fortes des pays participant à Pisa."
Comment ne pas se révolter devant ce constat ? Nous tous, nous participons à cette inégalité des chances. Nous permettons que soit entretenu le déterminisme social.

Que propose Jean-Paul Delahaye ? Par exemple "Mettre aussi dans les zones prioritaires de l'organisation, davantage de moyens pour les enseignants. On l'a toujours fait pour les élites, les CPGE par exemple qui ont à la fois un meilleur traitement et des horaires aménagés. On a peu songé à le faire pour ceux qui enseignant en zone prioritaire. On a commencé avec les rep+ il faut aller plus loin." Yes !

Un autre article du Café Pédagogique examine les corrélations entre différents facteurs et la réussite des élèves :
  • le lien avec la dépense en éducation: pour Pisa, jusqu'à 50 000 $ par élève il y a un effet direct de la dépense d'éducation. Au delà, le lien direct disparait. Et c'est à nuancer : à résultats identiques, la Pologne et la Norvège dépensent du simple au double.
  • le lien avec le salaire des enseignants : il est plus clair, mais là aussi avec des exceptions. La France et l'Allemagne ont des résultats voisins mais le niveau de salaire en Allemagne est le double de la France. 
  • le lien entre le nombre d'élèves par classe et les résultats est net. Plus l'effectif augmente, plus les résultats descendent. 
  • le lien avéré entre le climat de classe et la discipline à l'école, et le niveau en sciences, est avéré. C'était prévisible, mais rappeler les évidences est parfois utile.
  • le lien avec les pratiques de classe est confirmé : expliquer les notions scientifiques, faire un lien avec d'autres phénomène scientifiques, s'adapter au niveau de la classe, faire attention aux progrès et performances des élèves. Ca alors, c'est fou... 
Et comme c'est la fête du Café Pédagogique, un dernier article ici pour réfléchir à la validité de Pisa. Cette réflexion même devrait nous interroger sur notre rapport à la performance, à l'élitisme, à l'erreur.


Cela dit, on trouve des articles mesurés un peu partout. On pourrait presque parler de volonté de nuancer le propos, ce qui est un indéniable progrès, comme ici. Il y a aussi des reportages un peu déstabilisants, comme  : je suppose que la méthode dite de Singapour est plus complexe que ça... Parce que ce qui est montré dans le reportage, je le vois mis naturellement en oeuvre dans des tas de classes. On dirait qu'on redécouvre l'efficacité des manipulations pour comprendre et pour les impliquer.

Sur le site de Sciences et Avenir, un article pose une question entendue souvent ces derniers jours : le problème se résume-t-il à une formation déficiente des profs de maths? L'article, en fait, parle des professeurs des écoles, qui en effet eux aussi enseignent les maths. Selon Roger Mansuy,  "le problème principal est celui de la formation des professeurs des écoles. Très peu d’entre eux ont fait des études scientifiques et peu ont apprécié les mathématiques au cours de leur scolarité. De ce fait, ils ne peuvent pas donner le goût des maths aux élèves. Nombreux sont les professeurs qui ont une compréhension très superficielle des maths." Boum, ça pique. L'article détaille peu, finalement, et n'approfondit pas. Dommage.

Dans la catégorie provocation, passeur de sciences nous rappelle, avec plus ou moins de bonne foi, comme nos décideurs politiques sont mauvais en maths. Mais je vois là une démarche doublement négative : d'abord, certaines erreurs sont en fait peu révélatrices, et ensuite c'est encore un façon de banaliser le fait d'être mauvais en maths. Parce qu'être mauvais en maths, c'est vraiment dommage, et cela va empêcher de vivre aussi bien que si on comprend les mathématiques. Comme pour tout le reste.

Enfin, même si je l'ai déjà cité, vous retrouverez ici une revue de presse par le biais de l'Ifé.

dimanche 4 décembre 2016

Les oreilles qui sifflent

Vous êtes forcément au courant, car cela n'a pu échapper à personne avec le battage médiatique de ces derniers jours : en maths, ça ne va pas pour les Français. Pas du tout, même; Et encore, attendez que PISA sorte ses conclusions dans deux jours, ça va tanguer ! En ce qui me concerne, je me surprends à éviter les journaux... Trop c'est trop. Pourtant, il y a du bon, y compris dans ce que j'ai collé là, juste en-dessous. Mais là, je frôle la surcharge cognitive aggravée.









Ce qui est rassurant, c'est que tout le monde a sa solution, tout le monde sait quoi faire. Ce qui est moins rassurant, c'est que personne ne propose la même chose. Et puis surtout, si une solution simple existait, on peut supposer qu'elle aurait déjà émergé. Mais tant de facteurs sont impliqués, imbriqués, et les représentations mentales liées au problème sont tellement ancrées, que tout cela ne peut évoluer ni rapidement, ni sans une réflexion à tous les niveaux, sans concession, sans misérabilisme. Forcément, c'est pas gagné.

Sur Slate, Louise Tourret a écrit un article qui m'a semblé sortir du lot. En plus, elle cite Michel Fayol (ici, ) dont je suis fan... ; morceaux choisis (mais son article vaut la peine d'être intégralement lu) :
  • Ce n'est pas le nombre d'heures consacrées à la discipline qui est en cause, d'autres pays font beaucoup mieux avec des horaires équivalents ou moindre. 
  • Les partisans de la droite accusent Najat Vallaud-Belkacem, ceux de gauche… François Fillon. (...) c’est surtout la faute à la suppression de la formation des enseignants (2007), aux suppressions de postes et aux programmes scolaires mis en place par la droite en 2008. Au pays de Descartes, on m’a aussi parlé des histoires de frites à la cantine, des règles sur les signes religieux, certains de mes interlocuteurs ont contesté le classement, l'accusant d'avoir un parti pris idéologique et bien sûr d’aucun ont fustigé les pédagogues quand d’autres s’attaquaient aux manques de moyens dans l’Education nationale.
  • Les maths en France sont trop souvent synonymes à la fois d’opacité et d'élitisme. Être nul en maths, c’est vu comme quelque chose qui peut arriver, et contre lequel on ne peut pas vraiment lutter. Je suis toujours choquée par la facilité des individus à avouer, sans aucune honte, qu’ils sont ou ont été nuls en mathématiques et en sciences pendant leur scolarité. (...) Rares sont ceux en revanche qui s’enorgueillissent de ne jamais lire ou d’avoir une orthographe du niveau d'un élève de CE2.
  • Être nul en maths, c’est quelque chose qu’on ne devrait pas accepter pour soi-même et/ou pour ses enfants, et ne pas revendiquer comme une partie de son identité. (...) C’est primordial, car si nous acceptons pour nous-même l’idée que nous –ou pire, nos enfants– sommes étanches à certaines disciplines, nous ne faisons que véhiculer un postulat délétère. 
  • Michel Fayol écrit : «Des recherches récentes ont montré que les premières acquisitions arithmétiques ont une influence significative sur les apprentissages ultérieurs.»
  • Cela étant, les maths seraient un peu moins effrayantes si elles n’étaient pas devenues un instrument de sélection. 
  • Alors que faire? Prendre conscience de la gravité du problème. Pousser les enfants et tous les professeurs des écoles à s’emparer des mathématiques et des disciplines scientifiques sans peur (et sans reproche), et nous inspirer de ce qui fonctionne chez nos voisins. Mieux former les enseignants évidemment, les soutenir et sortir les maths de leur bulle! Les maths, les sciences font partie de la culture, ils font partie de nos vies. 

vendredi 2 décembre 2016

Une pilote parle aux pilotes

"Il faut qu'il y ait révolution culturelle et structurelle du système éducatif"
C'est la phrase du jour, et c'est une inspectrice vie scolaire qui l'a dite ce matin, en formation inter catégorielle. Il faut que nous parvenions à travailler en inter métier, efficacement, pour nos élèves. Et ça peut marcher : de multiples exemples l'illustrent. Mais pourquoi de façon clandestine ? Pourquoi est-ce si difficile d'être reconnu, légitime lorsqu'on s'implique en s'appuyant (avec humilité, en acceptant de nous remettre en cause, d'évoluer, d'apprendre, de déconstruire et d'actualiser nos représentations) sur ses compétences et ses savoirs ? Ressentir le mépris de certains pilotes alors qu'on cherche à construire, avec eux, est dur. Franchement dur.
L'école est une affaire de ressources humaines, de coordination d'hommes et femmes, et tout ça dépend du pilotage. La révolution dépend donc de vous, avant tout, mesdames et messieurs les pilotes et les cadres.

mercredi 30 novembre 2016

Taïaut !

Aujourd'hui et pour trois jours, nous sommes là, avec mes deux copines formatrices REP+ :


La journée commence bien : nous avons pu récupérer des brochures, nous avons du café, il y a de quoi brancher les ordis, et cette fois nous ne nous sommes même pas perdues. Nous avons eu des tas et des tas de pépins pour arriver là :  ce fut rocambolesque. Alors maintenant, nous voulons apprendre. En route pour faire la peau au décrochage !

mercredi 23 novembre 2016

Education et présidentielles

Un article du blog Focus Campus est paru récemment, intitulé "L’éducation, parent pauvre de l’élection présidentielle". 

Jean-Claude Lewandowski pose la question suivante : 
Y a-t-il une chance que l’enseignement supérieur et l’éducation en général deviennent une priorité lors de la prochaine élection présidentielle ? Qu’ils apparaissent comme un enjeu majeur, ou au moins un thème important des débats ? 

Et il répond dans la foulée :
Soyons réaliste : la réponse est non. Aucune chance. 

Mais le journaliste, poursuit, et développe son point de vue, en plusieurs points :
  1. La vision stratégique, la projection à dix ou vingt ans, ce n’est pas tendance. Alors que l’éducation, par essence, ne porte ses fruits qu’à long terme.
  2. Faire de l’éducation une priorité nécessiterait, forcément, un effort financier considérable. De plusieurs milliards d’euros au moins, voire quelques dizaines de milliards. Difficile pour un pays aussi endetté que le nôtre et en perpétuel déficit. Les retombées de cet investissement seraient pourtant considérables à moyen terme. Mais quel homme politique aura le courage de tailler dans quelques dépenses pour cela ? 
  3. L’éducation, ce n’est pas « vendeur ». Ca ne fait pas rêver, en dehors de quelques enseignants passionnés.

Monsieur Lewandowski conclut :
L’éducation mérite mieux que cela. Les défis à relever n’ont jamais été aussi complexes : la maîtrise de l’énergie, la protection de l’environnement, la santé, la répartition des richesses, l’usine du futur, la robotisation, le numérique omniprésent, les données massives… S’y attaquer réclame de l’intelligence, de l’expertise, de la vision. Chacun voit bien que tout cela réclame un immense effort collectif de qualification, à tous les niveaux. Et que les moins qualifiés auront de moins en moins de chances de décrocher un jour un emploi.

Ci-dessus, des extraits ; mais lire l'intégralité de l'article est évidemment préférable...

samedi 19 novembre 2016

Compte à rebours partie 2

15h, le texte commence à sortir. Je commence à avoir chaud, car j'ai fait la queue un certain temps. Cela m'a laissé le temps de corriger une dernière coquille ; merci maman et papa de me l'avoir signalée, et ouf, j'avais mon ordi avec moi. J'enlève l'écharpe.


15h30, le première épreuve est sortie. Je compte, je recompte, je vérifie. Je tombe le manteau.


15h45, je trie. Les petites grands-mères qui passent papotent avec moi, ce qui fait agréablement passer le temps. J'a toujours aussi chaud, mais il ne serait pas correct de me dévêtir davantage.


16h15, on commence à bien se connaître, avec mes deux voisins (formateurs aussi, mais dans une société privée). Mes exemplaires cuisent dans la machine à thermocoller.


17h, je passe à la caisse. 167€. Pardon ? Mais si mais si, 167€ !!! Ahaahaaaaaaaa j'ai les nerfs qui lâchent. Je me réemmitoufle. Je veux m'en aller...

Retour à la maison. Bon, cette fois c'est bien terminé pour la partie écrite. La chemise "CAFA", les articles, les bouquins, tout ça direction la cave.


Et jeudi, je les dépose au rectorat.

Ca vaut bien un petit apéro, quand même !!!

Compte à rebours, partie 1

8h45 Au boulot. Ordi allumé, version papier de mon mémoire sous les yeux, document de cadrage. Je reprends les notes de mes trois relecteurs. Je corrige, j'amende, je reformule.


11h45 Voilà. J'ai tout corrigé. J'attaque le quatrième de couverture.

11h50 Je cale. Ca ne marche plus, je n'y arrive plus. Je vais voir mon mari pour qu'il m'aide à définir les mots clés.

12h J'ai mes mots clés et même une petite illustration sympa. J'entame le résumé, persuadée qu'il va me prendre un temps fou.

12h15 Ah ben ça y est, j'ai fini le résumé. Pause déjeuner, pour fêter ça.

13h30 Je relis une soixante-treizième fois le quatrième de couverture pour trouver d'éventuelles fautes que je serais bien incapable de trouver : je l'ai trop relu. Je vérifie la pagination, le sommaire, les annexes. Je sauvegarde sur ma clef USB dans des tas de formats différents.

13h50 Je vais à la ville pour faire imprimer et relier mon mémoire. Je n'ose croire que ce boulot là est bientôt fini...

dimanche 6 novembre 2016

Journal des apprentissages : c'est parti !

Après cette première période, j'ai un peu de visibilité sur les difficultés de mes élèves. J'ai donc décidé, pour trois d'entre eux (je commence modestement, mais je veux maitriser le dispositif), de leur proposer un cahier des apprentissages.
Pour chacun de ces trois élèves, je me suis fixé des objectifs différents : pour l'un, il s'agit de travailler sa concentration en classe, pour l'autre de se trouver des repères en tant que collégien, et pour le troisième de progresser dans ma discipline, en maths.

J'ai donc acheté ce weekend de jolis petits cahiers.


Et aujourd'hui, je les ai remplis : une page de présentation bien écrite, une page de règles à suivre, une page de mode d'emploi et les questions de la semaine.




Deux exemples:



Mercredi je vais confier leur cahier à ces trois élèves, leur expliquer plus précisément le principe (par exemple, ce que signifie "privé" ; il ne s'agit pas d'un journal intime mais d'un outil pédagogique) et je verrai ce qui en ressort, si cela me permet de mieux les aider.

vendredi 4 novembre 2016

C'est malin, maintenant mon mari veut être prof de maths...

Aujourd'hui, à chaque fois que je suis passée en salle des profs, j'entendais parler d'un reportage sur l'embauche de contractuels. A écouter mes collègues, il avait l'air hallucinant. Il était question de prof de maths, en plus. Alors j'ai demandé à mon mari de me trouver l'émission et nous l'avons regardée ce soir.
Il s'agit donc d'un numéro d'envoyé spécial. Vous le trouverez ici en replay.


Qu'en dire ? Que le recrutement qui est montré est en effet proprement scandaleux. Rien ne fonctionne comme il le devrait, dans ces recrutements filmés en caméra cachée. Le journaliste est incompétent pour la tâche, il est honnête, il a déjà un autre boulot et pas les bons diplômes. Les inspecteurs qui le reçoivent ont conscience qu'il n'est pas du tout au niveau, et il est embauché.
Ce journaliste fait un travail intéressant. Il suit une éthique. Il ne cherche pas à "dégommer" qui que ce soit, et affirme son souci de ne pas nuire aux élèves. Au départ, en terme de gestion de classe, il semble même assurer plutôt bien. Il s'adresse à eux sans appréhension visible, pose des limites. Pas si facile : nombreux sont les jeunes profs dont les tout débuts sont bien plus hésitants. Mais voilà : les jeunes profs (qui ont obtenu le CAPES) sont suivis. Ils bénéficient d'une formation, réfléchissent à leur métier, à la pédagogie, la didactique, l'éducation, la psychologie de l'ado, les courants éducatifs, les gestes professionnels pendant une année, à raison d'un nombre d'heures conséquent. Ils sont suivis par un professeur chevronné sur le terrain, qui les aide véritablement, dans le fond, dans la forme, au quotidien. Là, rien de rien : les contractuels bouchent des trous, et je suppose que leur mission est de faire le moins de vagues possibles.

Or le journaliste a raison : gérer une classe, construire des séquences, transmettre des connaissances, donner envie de grandir, cela s'apprend aussi. Le bon sens, la culture, des qualités humaines contribuent à bien enseigner. Mais c'est aussi du boulot ; il y a des trucs à faire, des trucs à ne pas faire, des réflexes à développer et des tendances à combattre. Et l'enjeu est de taille : l'éducation est (encore) nationale, financée par nous tous, et c'est un devoir de la République que de proposer un enseignement de qualité et équitable, de sorte que tous les enfants puissent réussir, pour les aider à se construire comme des êtres pensants, capable de libre arbitre, d'aller chercher, comparer les informations, de prendre des décisions réfléchis et conscientes.

Après le reportage, notre ministre, Najat Vallaud-Belkacem, s'exprime. Echanger après un reportage aussi accablant, c'est délicat... Elle brandit trop souvent la comparaison avant (Nicolas Sarkozy) / maintenant, mais elle a le mérite de reconnaître que ce qui est exposé dans le reportage est "affligeant". Elle essaie mettre en évidence les avancées de sa direction ministérielle. C'est vrai, il y en a eu. Pas suffisantes, pas assez rapides, mais conséquentes. Sa question finale, qui s'adresse à chacun de nous, quant au choix de société en terme d'éducation, est en effet fondamentale. Mais a-t-elle encore du sens, avec un président qui explose les records d'impopularité ? Que vont entendre les spectateurs : "L'éducation, c'est important, réfléchissons à nos choix", ou "Votez Hollande" ?

Comment ne pas être révolté, écoeuré, enragé après ce reportage ? Comment se contenter de "ça ira mieux dans des années mais l'éducation nationale, ça bouge lentement" ? Nos jeunes, ils n'attendent pas pour grandir.

Et nous, profs, nous avons beau passer pour des cornichons aux yeux d'une grande partie de la population, nous avons un rôle à jouer.