Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

dimanche 25 janvier 2015

Ibn Al Haytham, scientifique prolifique

Sur le site de l'Humanité, un article du 16 janvier 2015 présente un savant que je ne connaissais pas :
Ibn Al Haytham, mathématicien et physicien arabe du XIe siècle.


Né en 965 dans la ville irakienne de Bassora, Ibn Al Haytham étudia l'arabe, la philosophie, la physique, les mathématiques et l'astronomie. Il s'imprégna de nombreux travaux scientifiques (en particulier il fut assigné à résidence et privé de ses biens après avoir contrarié le calife Al Hâkim dans la réalisation d'un projet de régulation des crues du Nil. Pour échapper à des sanctions plus sévères, il simula la folie et dut attendre la mort du calife pour retrouver officiellement la raison. Mais au moins, cela lui laissa du temps pour étudier).

L'article de l'Humanité explique que l’essentiel des travaux scientifiques d’Ibn Al Haytham concerne la physique (particulièrement l'optique), les mathématiques et l’astronomie (il fut le premier à établir que la lumière de la Lune vient du Soleil et à contredire Ptolémée qui affirmait que l’œil émettait de la lumière), mais aussi la philosophie, la théologie spéculative et la médecine.

La diversité des travaux du monsieur force le respect :
En mathématiques, il est l’auteur de 64 écrits plus ou moins volumineux. Seuls 23 d’entre eux nous sont parvenus. Plus des deux tiers traitent de géométrie et le reste est consacré à la science du calcul, à l’algèbre et à la théorie des nombres. En géométrie plane et solide, ses travaux prolongent les apports d’Euclide avec de nouvelles contributions. En géométrie de la mesure, ses contributions s’inscrivent dans la tradition d’Archimède, en l’enrichissant par de nouvelles méthodes pour le calcul des volumes de la sphère et des paraboloïdes de révolution. Il a également publié des résultats originaux en théorie des nombres et sur les systèmes d’équations. En plus de la résolution de nombreux problèmes mathématiques et physiques, Ibn Al Haytham a réfléchi sur les méthodes et les outils théoriques qui lui ont permis de résoudre ces problèmes. Il a analysé les différentes formes de preuves qui interviennent dans l’établissement d’un résultat.

Un site est dédié à Ibn Al Haytham ici, avec un extrait de série qui le met en scène.

vendredi 23 janvier 2015

Kinétique artistique cinétique mathématiquetiquetique

Sur Les curiosités de Titam, un article présente le travail de John Edmark, designer et conférencier au département de l'Art et de l'Histoire de l'Art à l'université de Stanford. Il utilise les mathématiques dans sa création artistique, son "art cinétique" (l'art cinétique, comme son nom l'indique, repose sur le mouvement). Le Huffigton Post lui consacre aussi un article qu'on peut trouver ici. D'autres oeuvres de l'artiste sont visibles .

L'exemple qui suit est une sculpture nommée "helicone". Chaque bras de l'objet effectue une rotation maximum de 68.75 degrés. John Edmark utilise le laser pour obtenir des découpes suffisamment précises.

Ce qu'on apprend à l'école en mathématiques de 11 à 18 ans

L'académie de Créteil a réalisé un travail remarquable et utile : un tableau synoptique des acquisitions mathématiques des élèves, de leur entrée en sixième alors qu'ils sont encore petits, jusqu'à leur sortie de terminale alors qu'ils sont trèèès grands.

Le document est clair, rapidement lisible et permet un regard différent sur les programmes.

 Une présentation spiralée parlera particulièrement à mes étudiants de l'ESPE :

jeudi 22 janvier 2015

La concertation nationale sur le numérique pour l'éducation

Une consultation a été lancée ces jours-ci par le ministère de l'Education Nationale sur l'utilisation, les objectifs et les avantages du numérique.
Comme je suis bloquée à la maison pour deux jours avec un gros microbe dans les bronches, peu de vivacité intellectuelle et un appareil pour respirer, je suis un peu désorientée. Alors j'ai pris le temps d'y répondre. Au mois, me suis-je dit, je vais comprendre de quoi il s'agit et me rendre utile.


"Comprendre de quoi il s'agit" ? Heu oui, j'ai compris toutes les questions. Leur intitulé, tout du moins. Là où je ne comprends pas, c'est à quoi ça sert, justement. "Me rendre utile", donc, non. Certainement pas. Le questionnaire est une succession d'affirmations auxquelles il est parfaitement impossible, pour la grande majorité, de répondre autre chose que "tout à fait d'accord". Des évidences du style "Il faudrait que les élèves puissent être équipés en classe d'un matériel numérique fonctionnel" ou "L'utilisation du numérique permet aux élèves d'accéder plus facilement à des bases d'informations"... Objectivement, qui répond "Pas du tout d'accord" à ce genre d'interrogations ? Et lorsque ce ne sont pas des truismes, répondre autre chose que "Tout à fait d'accord" exprimerait juste une certaine volonté de nuire à nos jeunes, ou une indifférence totale à leur réussite.

Alors à quoi ça sert ? Quand notre institution cessera-t-elle de brasser du vent et de balancer des sommes considérables par les fenêtres, juste pour paraître ?

Parce qu'en attendant, les tablettes dont j'ai besoin pour mon projet, je n'ai aucun espoir d'en avoir pour ma classe. Tout le monde est d'accord que c'est une demande cohérente, motivée, raisonnable. Mais personne ne peut m'en équiper. Et même une tablette pour moi en classe, c'est à moi qu'il revient de l'acheter, même si c'est pour un usage professionnel.

Forcément, ça m'agace.

Dans la classe de madame Mahiet


Une jeune et pétillante collègue anime un blog qui présente ses travaux, ici. En particulier, elle expose des travaux d'élèves très chouettes sur le thème des patrons de solides, et elle présente un jeu qu'elle a conçu et qui me paraît vraiment intéressant.
Elle a fabriqué ses cartes (qu'elle va sans doute bientôt montrer sur son blog), bien pensé le fonctionnement et la mise en oeuvre du jeu, et fait le lien avec les programmes officiels.
Elle fait jouer ses élèves par équipes, en formant plusieurs groupes qui chacun disposent de la trousse de jeu, qui contient tout le matériel nécessaire. Le règles sont faciles à appréhender, et pourtant riches, avec des compétences très diverses à mobiliser. Elle a prévu de nouvelles cartes qu'elle intègrera à mesure que son programme avancera.
Les élèves sont demandeurs et manifestement assez autonomes. C'est un belle illustration de l'idée d'apprendre par le jeu, de transmettre le respect des règles, le travail en groupe, la socialisation.

dimanche 11 janvier 2015

Ma prof m'a oublié des points... il y a vingt ans.

Vendredi, séance bibliothèque de classe de quatrième : je sélectionne un certains nombres de livres, de BD de de vieux cahiers de mathématiques et je les propose aux élèves. Ceux qui en ont envie ont le droit d'emprunter le document, avec pour consigne de le lire et de m'en ramener une critique. Pas un résumé, mais leur avis personnel. Et s'ils n'arrivent pas à le lire en entier, la consigne est de m'expliquer ce qui les a bloqués.
Mon idée est de faire circuler ces documents de façon à obtenir des critiques différentes, si possibles contradictoires mais argumentées. Nous verrons ce que cela donnera.

Parmi les documents, j'ai glissé mon cahier de 4ème-3ème. Je savais bien que ce cahier attirerait les élèves, et j'ai demandé qu'ils relèvent ce qui les étonne, les différences qu'il perçoivent dans le fond et la forme des notions enseignées. Dans mon vieux cahier, il y avait une copie. Lorsque je l'ai vue, cela m'a fait sourire : une évaluation de quatrième, à laquelle j'avais obtenu 9,5/20 ! J'étais une "bonne élève" et, si je n'ai aujourd'hui aucun souvenir de cette évaluation, j'imagine le drame que cette performance a dû générer, à l'époque...

J'ai montré la copie à mes élèves : comme quoi, on peut "se gameller", comme ils disent, et réussir tout de même scolairement et professionnellement. (je sais que pour beaucoup de gens être enseignant n'est pas une réussite professionnelle mais un choix par défaut ou une drôle d'idée, mais pour moi c'était mon objectif, ma vocation. Et oui. En plus, j'assume.) Un de mes élèves m'a demandé si il pouvait examiner la copie en question. Je la lui ai confiée, et au bout de quelques minutes, il m'a dit :

"Mais madame, elle vous a oublié des points, la prof !"

Ah ben d'accord. J'ai recompté et au final mon élève a raison. Ca alors.
Pourquoi n'ai-je pas fait modifier ma note ? Etais-je trop dévastée d'avoir eu moins de 17 ? N'ai-je pas osé, car mon professeur de mathématiques était très rigoureux, très exigeant et très difficile d'accès ? Peut-être, timide comme je l'étais, n'ai-je pas osé aller la voir pour lui demander les points en plus... Dont d'ailleurs je doute qu'elle m'ai gratifiée a posteriori.

C'est tout de même amusant que ce soit un élève de 2014 qui s'en rende compte ! Merci Elhadji !

vendredi 9 janvier 2015

Les jeunes, réveillez-vous !

Aujourd'hui, j'ai cassé l'ambiance dans ma classe de troisième. J'étais déçue par les résultats des brevets blancs de mes élèves, déjà. Mais surtout, j'avais corrigé un devoir maison. Sur 28 élèves, 13 m'avaient rendu à l'heure leur devoir, dont quatre qui manifestement n'ont pas fait leur travail eux-mêmes. Depuis j'en ai récupéré d'autres, mais 3 élèves sont absents tellement souvent que je ne récupèrerai jamais leur copie, et deux étaient là mais n'ont sans doute même pas envisagé de faire le travail demandé.

J'ai regardé la classe. Il me manquait un nombre considérable d'élèves. Comme d'habitude à 8h. Plusieurs sont arrivés, au fur et à mesure.

Parmi les présents, plusieurs n'avaient pas leurs affaires. Pas leur cahier, pas leur feuille d'exos ou pas leur trousse. Un d'entre eux était affalé sur sa table, tête sur le bureau.


J'en ai eu assez. Je n'étais pas énervée, mais écoeurée. Voici en substance ce que j'ai dit à ces jeunes gens.

L'école est une chance. Il ne faut pas y aller juste parce qu'on est obligé, parce qu'on est au chaud, parce que c'est comme ça.
L'école est là pour aider à construire la vie des jeunes. Pour leur permettre d'avoir le choix. Le choix de ce qu'ils vont devenir.

En ne faisant rien, en ne travaillant pas, en étant mou et sans volonté, en renonçant si tôt, ces élèves me privent de la possibilité de les aider. Et ça, j'estime qu'ils n'en ont pas le droit.
Ils se privent aussi de ce qu'ils pourraient mériter. Mais l'effort intellectuel et scolaire est si loin des préoccupations de certains d'entre eux, devenu si difficile à d'autres, par manque d'habitude, par entrainement à la paresse ou à l'inactivité, qu'ils n'en sont plus capables spontanément.

Je connais des gens qui, toute leur vie, ont travaillé d'arrache-pied pour garantir à leurs enfants de pouvoir suivre des écoles. Mon grand-père avait un travail de jour, et un autre, non officiel, la nuit. Il a permis à ses enfants de suivre une scolarité inhabituelle à l'époque pour des enfants d'ouvrier.
Je connais des gens qui ont dû arrêter leurs études pour travailler, par nécessité économique, et qui jamais n'ont pu réaliser leur rêve, comme devenir maîtresse d'école. Ces gens ont dû exercer des métiers qui ne leur plaisaient pas, qui ne correspondaient pas à leurs talents réels.

Ces gens-là savaient ou savent quel est le prix de l'école. Elle permettait de s'élever, intellectuellement, culturellement, scolairement. Mais elle le permet encore. Différemment, mais c'est encore vrai.

Bien travailler à l'école permet de choisir son orientation.
Bien travailler à l'école permet de collecter des diplômes.
Avoir des diplômes permet de trouver du travail plus facilement et de percevoir de meilleurs salaires, de bénéficier de conditions de travail plus épanouissantes.

Bien travailler à l'école est un facteur de liberté.
Glander est un facteur d'aliénation.

Est-ce si difficile à comprendre ?

J'espère que mes élèves m'ont entendue. Je ne voulais pas être moralisatrice ou larmoyante, je voulais qu'ils comprennent qu'ils se trompent, qu'il n'est pas trop tard, que nous, enseignants, pouvons les aider. D'ailleurs je réfléchis aussi, de mon côté, à comment m'y prendre pour les remotiver, les réveiller, les remettre en activité réelle.

Il m'a semblé toucher quelques élèves, mais combien de temps cela durera-t-il ?

PS : je précise tout de même que cette apathie n'est pas le fait de tous les élèves de cette classe, et que mes autres classes ne sont pas concernées. Je ne fais pas là une description des collégiens en général, mais des deux tiers de mes élèves de troisième. Ce qui fait déjà trop.