Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

mardi 26 avril 2016

La maîtrise de la langue est elle has been ?

Ouiii, c'est vrai, le titre est un chouillat provocateur. Mais la question elle-même, pas tant que ça.

Demain, je vais assister à une conférence de Dominique Bucheton. Comme je dois m'appuyer sur cette conférence pour une cycle de formations à animer ensuite, je prépare un peu. Je connais déjà certains travaux de Dominique Bucheton, qui est une référence très solide en ce moment. J'aime bien ses travaux sur les gestes professionnels, et encore plus ses appels aux changements profonds, urgents et applicables du point de vue concret.

Aujourd'hui, je me suis penchée sur le préambule de son ouvrage de 2014 Refonder l'enseignement de l'écriture, paru chez Retz. Il est accessible en ligne. J'ai déjà assisté à une conférence àl'ESEN l'année dernière sur le même thème et en relisant le préambule de son ouvrage, je me suis souvenue comme j'avais trouvé ses propos percutants.

Le propos de Dominique Bucheton, c'est d'abord de dire que l'écrit n'est pas mort : "les pratiques d'écriture explosent dans tous les pays développés. Le numérique a provoqué un véritable ras-de-marée." Ces pratiques d'écriture ne se limitent pas au texto, mais débordent largement sur le papier-crayon, et ce de façon bien plus démocratique qu'avant. Cette "écriture réflexive, critique, communicative, créative, engagée (...)" n'est pas suffisamment prise en compte à l'école.
En France, nos élèves peinent particulièrement, statistiquement, à interpréter, à réagir à un texte, à l'apprécier de façon argumentée. En dix ans, le taux d'élèves de sixième en difficulté de compréhension à l'écrit a pratiquement doublé (21% en 2013). Mais les programmes étaient-ils faits, jusqu'ici, pour développer leur pensée ?

Devant l'hétérogénéité et la diversité (normales) de nos publics scolaires, dans de multiples caractéristiques, Dominique Bucheton écrit :
"Même si l'on peut comprendre voire partager les exigences que pointait l'expression "maîtrise de la langue" (la nécessité de travailler de manière systématique toutes les dimensions du lexique, de la syntaxe, des discours), force est d'admettre que ce paradigme est aujourd'hui inapproprié pour définir l'axe principal d'un programme d'enseignement du français".
J'aimerais bien savoir ce que pensent les collègues de français de cet extrait (coucou Barbara !). Je ne suis pas spécialiste, mais en tant que formatrice REP+ (je m'adresse à divers niveaux, de la maternelle à la troisième, toutes disciplines confondues), c'est une idée que j'entends régulièrement exprimée. Pourtant, certains collègues de français tiennent férocement à leurs "cours de grammaire". Pourquoi ? (C'est un vrai pourquoi. Je voudrais des arguments contradictoires)


Dominique Bucheton s'explique : la langue enseignée pour elle-même serait, à supposer qu'on parvienne à la définir de façon consensuelle, un objet figé, scolaire, détaché de la réalité évolutive, sociologiquement déconnecté, objet "fétiche". Elle reconnaît la complexité de la question, et la complexité de son application pour les enseignants. Une solution réside dans l'enseignement dit décloisonné, qui peut correspond très bien d'ailleurs à l'idée de cycle des nouveaux programmes.
Et là, on part un peu plus loin. Pour en savoir plus, pourquoi ne pas lire son livre ?

6 commentaires:

  1. coucou Claire,
    je sentais bien comme un appel aussi..La maîtrise de la langue n'est pas has been, son enseignement par contre si! totalement obsolète!
    Le cours de grammaire totalement détaché d'une situation de vie, d'exister et d'agir dans le monde ne me semble plus possible. (le fut-il d'ailleurs?)
    C'est un vieux complexe de notre matière (au passage, beaucoup de matières en traînent de semblables...).Comment devenir prof de français quand on a passé un concours de "LETTRES"?..
    Je suis évidemment partisane d'une grammaire de textes qui ne relève le fonctionnement pointu de la langue que quand le texte (support de tout) s'y prête et que surtout elle sert une "intention" qu'elle soit créative, argumentative ou purement formelle...Les nouveaux programmes semblent (bien que pas toujours compris par nos inspecteurs qui quand-même s'estiment spécialistes de la langue française avant tout) redonner une place première au "ressenti"(je n'aime pas ce mot, il tend à remplacer réflexion et les réseaux sociaux regorgent de ressentis forcément "légitimes" puisque perçus comme individuels (hélas tellement peu intimes mais forgés...)...Je préfère le mot "vécu"...Il est temps de revenir à la paraphrase. Ce n'est pas un gros mot.On a formé une génération à comprendre la structure du texte (structuralisme dominant oblige..)sans se soucier de la réception émotive du texte.Et on a fait des dégâts...Je regrette d'ailleurs l'absence totale de place dans notre enseignement pour des séances complètes de lecture à haute voix faites dans un premier temps par l'adulte qui formerait des lecteurs-relais!
    Et l'étude de la langue ne peut avoir de sens qu'une fois l'émotion vraiment là..Alors voilà, non on ne s'interdit pas l'étude de notre langue si belle, mais elle ne doit être là que pour renforcer l'émotion du texte et la rendre plus vivace encore, la justifier comme une émotion légitime..vous avez aimé? et bien c'est normal, parce que ça a été écrit comme ça, avec toutes ces subtilités de la langue pour vous faire plaisir, grandir, et affiner votre personnalité..
    Je vais bâtir mes progressions cet été et l'étude de la langue ne sera prévue que pour confirmer des émotions. et si pas d'émotions préalables elle ne sera pas progression.j'ai passé l'âge de suivre un prétendu programme.
    Bon courage Claire..Le moins que l'on puisse dire c'est que tu ne rechignes pas devant les montagnes à gravir.Et que tu sais toujours pertinemment que je vais me faire une joie de te répondre...Une enfance en harmonie avec l'émotion du texte? sans aucun doute.

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  2. J'espère que quel que soit leur âge, tous les collègues se diront qu'ils souvent bâtir une construction riche de sens et tournée vers les élèves, donc prenant en compte leurs émotions. Beaucoup de publication traitent en ce moment des émotions à l'école d'ailleurs, preuve que tout de même, les choses évoluent.
    Quant à moi, j'aime bien devoir faire un effort pour gravir les montagnes qui me font envie, quitte à rebrousser chemin. De toute façon la ballade est belle, même si parfois j'ai des courbatures pendant un bout de temps... Mais l'altitude et l'oxygène, quel bonheur !
    Enfin, c'est vrai que j'aime bien provoquer tes réponses, mais c'est aussi parce que j'aime les lire !

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  3. Je veux bien que tu me prêtes ce livre après...
    Bonnes ascensions;Refais descendre l'oxygène , en bas, au creux de la vallée.

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  4. ah non! du tout... manquerait plus que ça...C'était un souhait pur tous! L'éducation nationale est asphyxiée!

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  5. J'aime le"pur tous", magnifique lapsus ! :-)

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