Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

mardi 7 juillet 2015

Les étudiants en France

Le Monde.fr publie aujourd'hui un article-bilan sur les étudiants en France en 2013, à partir du rapport annuel du gouvernement sur l'état du système français d’enseignement supérieur et de recherche. Le rapport complet est là.


Qu'en retenir ?
  •  Les "jeunes en âge d'étudier" sont un peu moins nombreux qu'auparavant, mais pourtant le nombre d'étudiants bat des records : 12% des étudiants en France sont étrangers, ce qui regonfle les effectifs, et puis la part de bacheliers chez ces "jeunes en âge d'étudier" augmente, d'où des équilibres différents.
  • 55 % des étudiants sont des étudiantes. La proportion de femmes est de 70% en lettres et en sciences humaines, 84 % dans les formations paramédicales ou sociales mais seulement 27% dans l’ensemble des filières scientifiques et dans les écoles d’ingénieurs (ce qui marque tout de même une progression de 5 points en quinze ans).
  • L'accès aux études supérieures est toujours influencé par le milieu social : "quand les enfants de cadres ou de professions intermédiaires sont 79 % à avoir effectué des études supérieures, cette proportion chute à 46 % pour les enfants d’ouvriers ou d’employés. Le contraste est particulièrement flagrant dans les formations élitistes : 30 % des enfants de cadres sortent diplômés d'une grande école ou de l'université à un niveau bac + 5 ou supérieur, contre seulement 7 % des enfants d'ouvriers." Quand on voit ce que cela coûte pour ne serait-ce que passer les oraux aux écoles de commerce une fois admissible, on n'est que modérément surpris.

  • Avoir des diplômes protège du chômage. Quand je dis ça à mes élèves, immanquablement plusieurs m'opposent "Mais moi j'ai un frère/cousin/voisin qui a fait plein d'étude et ben il aurait pas dû en faire autant parce que maintenant il ne trouva jamais de travail". Oui oui oui. Il y a aussi des gens qui fument des pompiers toute heur vie et meurent vieillards : corrélation n'empêche pas exceptions. Mais il demeure que "13 % des diplômés sont chômeurs, contre 25 % parmi les non-diplômés. Les jeunes ingénieurs et diplômés du secteur de la santé connaissent même le (presque) plein emploi, avec respectivement, seulement 3 % et 2 % de chômeurs. Cet effet protecteur du diplôme sur le marché de l’emploi explique pourquoi un tiers des jeunes sortant sans diplôme reprennent les études dans les trois ans suivant leur formation initiale."
  • On dépense de plus en plus : "Un étudiant coûtait, en 2012, 11 540 euros, soit 40 % de plus qu’en 1980. Une somme variable selon la filière, de 10 850 euros pour un étudiant d’université publique et jusqu’à 14 850 euros pour un élève de classe préparatoire aux grandes écoles". Cette augmentation est imputable à l'augmentation des effectifs des personnels des établissements universitaires, mais les aides allouées aux étudiants ont elles aussi augmenté de façon très significative. Et malgré cette augmentation, les dépenses consacrées à l'enseignement supérieur sont inférieures à beaucoup d'autres pays (par rapport au PIB).
  • "L’effort de recherche est principalement dû aux entreprises. Le secteur privé exécute 65 % des travaux en recherche et développement sur le territoire national et les finance à hauteur de 59 %. Quant à la part du financement de la recherche par le secteur public, elle se repose à 55 % sur les organismes de recherche et à 40 % sur les établissements d’enseignement supérieur."
J'aimerais bien en savoir plus, en particulier sur le devenir des étudiants en fonction de leur choix d'études et du temps : j'ai l'impression de voir pas mal d'anciens élèves s'engager dans des études qu'ils abandonnent.

Les tables de multiplications comme vous ne les avez jamais vues

L'excellent Mickaël Launay a mis en ligne une vidéo qui présente les tables de multiplication de façon géométrico-artistique. C'est assez fascinant :


"Ce qu'il a de dingue, ce n'est pas seulement la complexité des figures obtenues, mais le rapport entre cette complexité et la simplicité absolument enfantine de la règle qui le génère", dit Mickaël Launay.
Il précise plus tôt qu'il ne pourra pas tout expliquer, et c'est bien dommage (et tout autant compréhensible). Mais il propose des explications partielles à la fin de la vidéo, très bien expliquées. D'ailleurs, Victor, nous avons parlé de congruences à Tours, alors regarde et écoute bien jusqu'à la fin.
En revanche, je n'ai pas trouvé le lien vers l'appui dont parle Mickaël Launay, snif.

dimanche 5 juillet 2015

Eclectique

La première édition de la Nuit de Maths, c'était hier, à Tours. Nous y étions, mon fils et moi, et c'était vraiment un très bon moment. J'écrirai un article pour chaque animation ou conférence que nous avons suivie, mais en attendant, résumons.

Le mot qui me vient d'abord, c'est celui du titre : "éclectique".
Ensuite, ce serait "joyeux" ou "généreux".
Les deux, sans doute.

Pour nous, la Nuit des Maths, ça a été d'abord des rencontres : le mathématicien Pierre Pansu nous a accueillis en nous proposant une part de pastèque, André Deledicq a partagé sa barbe à papa avec nous, Dominique Souder et Jean-Christophe Deledicq nous ont dédicacé des bouquins, Federico Benuzzi m'a demandé quelque chose que je n'ai pas compris du tout, car je ne parle pas un mot d'italien.
Ensuite, la Nuit a été ponctuée de découvertes variées : mon fils a assisté pour la première fois à une conférence de Villani, nous avons été bluffés par la magie mathématique, surpris par l'Ile logique et ses remarquables spectacles, hilares devant la surprise mathématique qui a clôt la journée.
La Nuit des Maths, ça aura été aussi un sac plein de bouquins pour enrichir la bibliothèque de travail ma classe, et puis les deux calculatrices HP que nous ramenons, puisque nous en avons chacun gagné une.
Les trois principaux organisateurs et Cédric Villani
J'ai entendu des spectateurs déplorer une organisation insuffisante ; je ne partage pas du tout cet avis : cet événement était à la hauteur de ses promesses, les interventions prévues ont eu lieu et étaient toutes de qualités, il y avait des stands sympas pour se restaurer et des bouteilles d'eau en pagaille et à des

La calculatrice que mon fils a gagné,
avec une agrafeuse sans agrafes...
Et celle que j'ai gagnée.

prix raisonnables, et je trouve cette critique infondée. Ce n'était pas un événement institutionnel, mais pour le plaisir ("à la bonne franquette", a résumé mon fils ce matin). Et c'est bien ce qui était transmis : de l'énergie, l'amour des maths et des gens, l'envie de communiquer, et puis une force vitale, une énergie revigorantes. Dans toutes les interventions, même celle de Villani, la plus pointue, il a été question de "sensible", d'émotions, de bonheur.
L'année prochaine, nous espérons bien y retourner. Mais cette fois nous proposerons peut-être nos services côté staff, histoire de vivre l'aventure encore différemment.

vendredi 3 juillet 2015

Le langage des mains, avec beaucoup de coeur

Pour la fin de l'année, l'animatrice du club Langue des signes au collège, la talentueuse Gwendoline, a proposé un spectacle. Il était particulièrement réussi : vivant, gai, drôle.
Quelques photos des stars du jour :

Des chansons :
Toute la troupe traduit une chanson en temps réel, en langue des signes.
Gwendoline veille, souffleuse silencieuse au fond de la salle.
Certains élèves participants ont appris les signes le jour même !
Ils chantent en silence, et c'est très beau. 

Des jeux pour faire participer tout le monde :

Des jeux sont proposés : ici, monsieur Marie, le principal du collège,
tente de se faire comprendre. Sans mots mais avec énergie.
Comprendre aussi, c'est difficile. Surtout devant l'aisance
de cet élève manipulant la langue des signes...
Monsieur Knasko, principal adjoint, perplexe.
Un surveillant se prend la tête : comment faire deviner sa phrase
 à ce professeur de français ?
Téléphone arabe en langue des signes. Pas très concluant, quand
on n'y est pas formé...
Pardon ? Qu'est-ce que tu dis ?
Tentative désespérée de faire deviner "Moi, moche et méchant"
Eux, ils se comprennent.

Et le final, qui fut en musique et bien rythmé :

La star du jour, tout seul pour traduire Philippe Catherine,
avec un peps et un naturel bluffants.
Nos vieux troisièmes, toujours là, ont dignement participé...
On remarquera notre CPE, qui a superbement joué le jeu.
Le final. Ils étaient joyeusement déchaînés.
 J'ai les photos sur ma clef et aussi trois films, mais je ne les mettrai sur le blog que lorsque j'aurai toutes les autorisations, donc en septembre. Les enfants qui ont participé peuvent me demander de leur en envoyer (des photos) par mail, et venir à la rentrée pour que je leur transmette les films.

En tout cas, bravo à tous, car c'était un très bon moment et un travail remarquable.

Le bac par UE

Sur le Figaro.fr, un article expose une modification envisagée du bac : un projet de décret (applicable pour la session 2016 au plus tôt) propose que les redoublants au baccalauréat conservent leurs notes supérieures à la moyenne pour l’année suivante. Cela ressemble au fonctionnement universitaire, jadis par UV et maintenant par UE. C'est d'ailleurs déjà ainsi que fonctionne le bac pour les candidats en situation de handicap et pour les candidats libres.


Dans ce projet, les élèves de terminale concernés feraient leur choix en décembre : conserver ou repasser les épreuves dans lesquelles ils n'ont pas de points de retard. Cela sous-entend que les élèves devraient toujours aller à tous les cours, même pour les disciplines qu'ils ne repasseraient pas. Cela promet des moments sympas aux collègues de terminale : on peut imaginer la motivation des élèves suivant les cours de disciplines non évaluées au bac. Tant qu'à aller dans ce sens, ne pourrait-on pas dispenser les élèves de ces cours ?
En fait perso je préfèrerais qu'on supprime le bac, ou à la rigueur qu'on conserve un examen de fin de cursus, mais non "bloquant".

Mon champion

C'est l'histoire d'un garçon. Appelons-le Arthur. Ce n'est pas son véritable prénom, mais Arthur est un prénom que j'aime bien et je n'avais aucun Arthur cette année, ce qui convient donc parfaitement pour préserver son anonymat.

Arthur est un élève qui réussit, de façon générale. Il est arrivé dans ma classe sans faire d'étincelles mathématiques, et il en sort en feu d'artifice. Il est sérieux, régulier, motivé. Il est calme, posé, il a de l'humour. Il est discret mais sait prendre la parole. Simplement, il la prend quand il a quelque chose de constructif à dire, et après avoir réfléchi, ce qui en soi est un concept assez innovant pour l'époque. Ce n'est sans doute pas mon "meilleur" élève en terme de performances mathématiques, mais c'est celui qui a évolué de la façon la plus fantastique, et qui a développé sa culture mathématique et scolaire dans tous les sens.

Je ne connaissais pas Arthur, avant cette année. Je ne risque pas de l'oublier : il est le seul à avoir atteint le niveau 20. Ce matin, il a enfin demandé à utiliser son objet magique du niveau 20 : se servir dans le placard de la prof. Car mon placard est rempli, sur un demi étage, de chocolat et de bonbons. Mais Arthur s'est servi timidement, alors que j'avais fait des provisions pour lui. Il est comme ça, tout en délicatesse, ce garçon.

Arthur a compris tout de suite mes objectifs, les modalités de mon projet "maths et jeu de rôles". Il a su percevoir quels avantages il pouvait en tirer, de façon intelligente et constructive. Il a bossé comme j'ai rarement vu un élève bosser, et progressé de la même façon. Il a fait preuve de l'imagination, de la ténacité, de la curiosité que j'attendais. Il a interrogé mes propositions de fonctionnement, m'a soumis des idées.

A lui seul, Arthur donnerait une légitimité à mon fonctionnement.

Mais cet Arthur est modeste et n'aimerait pas qu'en classe je le félicite pour cette magnifique année. Alors j'ai décidé de lui consacrer un article avant que nous nous séparions.

Ecoute-moi attentivement, Arthur : tu as une capacité de travail extraordinaire, une indépendance d'esprit remarquable. Tu peux aller très très loin, à condition de progresser encore sur deux points :
- tu dois toujours justifier comme s'il s'agissait de convaincre quelqu'un qui n'y comprend rien. Ton raisonnement doit être clair, fluide et complet.
- achète-toi un effaceur ou un correcteur... ;-)

mercredi 1 juillet 2015

C'est qui les plus beaux ???

Des collègues ont eu l'idée de soutenir le projet de nos élèves de troisième d'organiser une fête de fin d'année. Une petite réception, avec des jeux, des cadeaux, des petits fours.

C'était vraiment une chouette initiative : les élèves sont venus en nombre, très élégants. Beaucoup d'adultes étaient là pour les encadrer, le cuisinier avait préparé de DELICIEUX plateaux... Bref, c'est une idée à reconduire : pour la première fois, j'ai pu vraiment dire au revoir aux élèves de troisième. La fin d'année étant une période de d'effilochage des effectifs, j'en retire une impression beaucoup, beaucoup plus sympathique. Les jeunes étaient contents et ont juste regretté de ne pas avoir plus de temps. Les animations organisées étaient simples et efficaces, et chacun est reparti avec son petit cadeau puisé dans la caisse commune. Toute l'organisation était pensée de façon clairet rien n'avait été laissé au hasard. Bravo à nos entreprenantes collègues !

Deux photos de nos champions :

C'est eux les plus beaux !!!

Et là il y a aussi nous...