Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

dimanche 18 octobre 2015

Les journées nationales 2015, le dimanche

Bon, j'ai envie d'aller dormir. Alors aujourd'hui, reportage photo :

Début de matinée : atelier Préhistoire et mathématiques
Deuxième partie de matinée : des achats pour le club maths,
pour ma bibliothèque de classe,
et pour ma culture personnelle.
Le midi : découverte de la gastronomie de Laon
Début d'après-midi : conférence... Voir le post précédent.
Pause au gite. Le temps de me remettre de la conférence
Le soir, théâtre : ici, on parle de Marie Curie,
Ici, d'Ada Lovelace,
Et là, Voltaire en robe et Emilie du Châtelet qui lui explique la science de "Neuton"
Je reviendrai sur ces différents événements d'ici peu, de façon plus détaillée.

Comment Anne Siéty a détesté les profs de maths

Je reviens d'une conférence d'Anne Siéty. J'hésite entre stupeur et déception, mais en réalité l'un n'exclut pas l'autre.

Anne Siéty, c'est la psychopédagogue de Comment j'ai détesté les maths. J'ai cru la découvrir à cette occasion, et comme son discours m'avait beaucoup plu, j'avais cherché à en savoir plus sur elle. Je m'étais alors aperçue qu'elle est l'auteur de Mathématiques, ma chère terreur, ouvrage qui m'a suffisamment frappée au moment où je l'ai lu, à sa sortie, pour devenir une de mes références (ici, une analyse intéressante).

Bref, en m'inscrivant aux Journées nationales de l'APMEP, j'ai découvert qu'elle venait présenter une conférence intitulée "les nouveaux blocages en mathématiques". Evidemment, je me suis inscrite avec enthousiasme. Encore ce midi, au déjeuner, j'expliquais avec ardeur comme j'étais ravie de pouvoir l'entendre "en vrai" : j'espérais mieux comprendre qui elle est, et j'espérais apprendre.

Pour ce qui est de comprendre qui elle est, j'espère avoir mal compris. Pour ce qui est d'apprendre, c'est raté.
Dès le départ, l'ambiance a été étrange. Anne Siéty nous a rappelé que "Regarder un élève faire des maths raconte sur lui bien plus que juste des maths", que "les maths sont un instrument d'autonomie incroyable", que "si {elle} a aimé les maths, c'est parce que les profs étaient des adultes qui apprenaient à se passer d'eux". Et puis il y a eu un glissement : "Savoir faire et comprendre, ce n'est pas la même chose". Ca, nous sommes tous d'accord. "Aujourd'hui, les élèves pensent-ils, quand ils font des maths ? Je ne reconnais plus du tout les maths dans celles que je vois les élèves faire. Je suis désespérée de ça".
Comme exemple, Anne Siéty nous a exhibé les combinaisons (en combinatoire, à appliquer aux probas en terminale). "On utilise un truc, on n'explique même pas ce que c'est. Ca n'a même plus de nom, on ne dit pas comment ça s'appelle. C'est un machin. Et on ne parle nulle part d'arrangements et de combinaisons. Comment voulez-vous que les élèves comprennent ?"  A la quatrième fois qu'elle a utilisé ce même exemple, je l'ai trouvé répétitif et signe d'un étayage pas si solide que cela.


Puis Anne Siéty s'est lancée dans une diatribe totalement dépourvue de nuance sur l'usage du numérique :" Les élèves sont dispersés à cause des écrans. Il n'y a plus de corps, plus de rapport au corps, et cela perd les élèves. Comment peuvent-ils compter en base dix puisqu'ils n'ont plus que deux pouces ?" (c'est en référence au fait qu'ils textotent). "Si on illustre tout sur écran, avec géogebra, le tableur, tous ces machins, c'en est fini de nos médailles Fields. Sans compter les névroses qu'on génère".

Finalement, Anne Siéty n'a pas beaucoup parlé de son métier, alors que c'était ce que j'attendais. Elle a évoqué deux cas :
Tout d'abord, celui d'une jeune fille qui ne comprenait pas le rôle des parenthèses dans les calculs. Comme madame Siéty lui expliquait que les parenthèses, c'était comme une protection, un cocon pour les nombres dedans, et que c'était comme sa chambre, dans laquelle est était tranquille, la jeune fille lui avait répondu qu'elle n'était pas tranquille dans sa chambre car son frère déboulait sans frapper sans cesse. Elle laissa tomber cette remédiation, puiqu'elle ne parvenait pas à faire progresser son élève. Puis un jour, elle se rendit compte que la demoiselle savait calculer avec des parenthèses, sans qu'elle l'y ait aidée. "Et ton frère, au fait, il rentre toujours dans ta chambre ?" "Ah non, répondit la jeune fille, cela fait bien longtemps qu'il frappe pour entrer !"
Deuxième cas exposé : un élève qui ne parvenait pas à comprendre comment on calcule avec des nombres négatifs.  "C'est quoi, pour toi, -2?" lui demanda la psychologue ; "C'est comme quand il y a deux personnes en moins, comme quand on meurt". "Cela peut être autre chose, non ?" "Ah oui, c'est comme les étages d'un parking ou une référence à une altitude, par exemple -2 on est dessous, comme au cimetière".
Anne Siéty n'a pas donné d'interprétation explicite de ces deux exemples. Elle n'a pas directement lié lla difficulté de ces élèves à une représentation psychologique douloureuse. Mais tout de même, elle les a présentés ainsi. Je reste assez perplexe. Mais au moins, elle présentait là ce que l'on pouvait attendre.

Le souci, c'est qu'elle a expliqué que les élèves "la voient comme le père Noel lorsqu'elle leur explique, avec des mots simples et des manipulations, et qu'ils comprennent bien vite ce qu'ils n'ont pas compris avec leur professeur". Alors que les profs ne savent pas le faire, d'après ses propos. Peut-être n'a-t-elle pas voulu exprimer cela, mais c'est bien ce que nous avons tous compris : les profs ne font plus de cours "consistants", les profs se servent des écrans à tort et à travers, les profs ne font pas manipuler, etc. Elle avait même amené la photocopie d'un cahier de cours, pour nous montrer comme c'était naze. Et puis c'est la faute des programmes : selon Anne Siéty, on ne peut pas faire de "vraies" mathématiques à partit de ces programmes, et les nouveaux sont pires encore. Sauf que de son propre aveu, elle ne les connait pas.  D'une part, cela me semble plus que limite, pour quelqu'un qui aide des élèves aussi sur le plan disciplinaire, de ne pas maitriser les programmes. D'autre part, tout ce qu'elle dit là est faux : nous enseignons toujours la démonstration, nous proposons des cours consistants et construits, nous avons recours à la manipulation lorsque c'est nécessaire (c'est-à-dire souvent). Nous ne nous basons pas seulement sur une approche kinesthésique, comme elle le fait, très empreinte de Montessori : nous faisons appel à tous les outils pour favoriser la compréhension de tous les élèves, avec leurs perceptions et leurs modes cognitifs différents. Cela inclut un usage raisonné des nouvelles technologies, et aussi d'apprendre aux élèves à s'en servir intelligemment.

Une demie-heure seulement était passée, que déjà une partie non négligeable des spectateurs avait quitté la salle. Las de se sentir insultés, méprisés, ils ont choisi de partir. Un échange s'est engagé, houleux, parfois épidermique. Une spectatrice a demandé, incrédule, à Anne Siéty : "Mais vous êtes psychologue ???" et Anne Siéty n'a pas compris : elle a répondu, très agacée, "Ah oui d'accord, un psy ça doit parler doucement et ne pas avoir d'avis, c'est ça ??". Mais non, ce n'était pas ça. Ce que se demandait, à juste titre, cette dame, c'était : comment pouvez-vous avoir une telle méconnaissance du public auquel vous vous adressez, et des profs en général, de leurs pratiques pédagogiques ? A plusieurs reprises, elle a perdu son sang-froid, et n'a fait preuve d'absolument aucune empathie. En fin de conférence, elle avait l'air embêtée, et nous a dit s'être mal fait comprendre, en synthétisant par un "Je ne voulais pas dire que c'était de votre faute ; je voulais dire que vous n'avez pas le choix, que c'est la faute des programmes". Michèle Artigue lui a gentiment expliqué que non. Nos programmes permettent un véritable exercice des mathématiques, si l'enseignant le veut.

Il n'empêche qu'en réécoutant la conférence, que j'ai enregistrée, les propos de madame Siéty sont franchement insultants et qu'elle nous a décrits comme des incapables. Elle presque crié, à un moment donné :"Depuis quand les profs sont-ils soumis ? C'est incroyable !" à une collègue qui lui parlait des programmes.
Les profs ne sont pas soumis, madame Siéty, car ils réfléchissent. En revanche, ils sont fonctionnaires d'état, et ne peuvent désobéir qu'à des injonctions injustes ou immorales. Appliquer le programme officiel n'entre pas dans ce cadre.

Finalement, je suis déçue d'avoir rencontré quelqu'un qui, aujourd'hui, n'a pas été professionnelle.

samedi 17 octobre 2015

Les journées de l'APMEP 2015 : le samedi

Ca y est, c'est les vacances. Du coup, hop, c'est parti pour Laon, pour les journées de l'APMEP 2015. Le thème : Les maths, quelle histoire ?!


Nous avons reçu (je dis nous, car mon historien de mari m'accompagne. Il n'aime pas du tout les maths, mais comme il est attentionné et qu'il y a 
"histoire" dans le thème, non seulement il m'accompagne, mais je l'ai inscrit à des ateliers et des conférences. Comme ça il me racontera.) notre sacoche bleu pétant des journées 2015, et assisté aux interventions d'ouverture de l'événement. Les discours de Bernard Egger et de René Cori m'ont particulièrement plu : Bernard Egger, président de l'APMEP, est revenu sur la position de l'APMEP quant à la réforme du collège (ils sont pour, mais...). Il a commencé son intervention en regrettant l'absence d'inspecteur général, une première. Il a expliqué cette absence : pour qu'un IG vienne, il aurait fallu que l'APMEP lui offre l'hébergement. Tous les enseignants qui participent paient leur hébergement eux-mêmes... L'APMEP a refusé, et du coup pas d'IG.

René Cori, qui représentait l'ADIREM et qui arbore une barbe absolument fantastique, a expliqué comme il regrettait que les déclarations d'intention du gouvernement ne soient pas mis en application. Des enseignants qui organisent des événements mathématiques ne sont par exemple déjà pas remboursés des trois litres de jus de fruit et des quelques paquets de gâteaux qu'ils achètent pour leurs élèves. On imagine alors la complexité et surtout le coût financier d'événements plus lourds.

René Cori a dit aussi :
"Les maths c'est beau, c'est magnifique. Vous et moi connaissons l'éblouissement de découvrir ou de redécouvrir une démonstration. Mais ce qui est irremplaçable, c'est le regard de l'élève qui s'éclaire".
Voilà tout dit, en peu de mots, avec simplicité et sincérité.

Le vice-président du conseil départemental avait, auparavant, déroulé un très beau discours. Vraiment chouette, personnel, amusant et vibrant quand il a parlé de l'importance que revêt selon lui la mission de l'enseignant.


Ensuite, nous avons suivi une conférence de Michèle Artigue : "L'enseignement des mathématiques au carrefour des cultures". Il y a été question d'ethno-mathématiques, du projet Lexicon, de la diversité des approches dans le monde dans l'enseignement des mathématiques, vue non pas comme un obstacle mais comme une richesse. Je lui consacrerai un article, car sa conférence était vraiment passionnante. Michèle Artigue est une femme d'exception, brillante, simple, ouverte aux autres. Elle possède une culture incroyable. C'était vraiment bien.

Enfin, nous avons zappé la réception à l'hôtel de ville et avalé un sandwich. Etape suivante : le conservatoire de Laon, où se tenait un concert-conférence. Là, nous avons découvert comment géométrie projective, Beethoven, topologie, musique atonale, informatique et graphes hamiltoniens sont imbriqués. Très technique, très intéressant et assez inattendu. Mes années de solfège et mon goût pour la topologie mont permis de suivre, mais au prix d'un bon effort. Là encore, je consacrerai un article entier à cette conférence, animée par trois chercheurs / musicologues / mathématiciens / informaticiens aussi sympa que pointus.


Et voilà. Cette première journée de vacances s'achève dans notre chambre d'hôte, et il est temps de reposer nos cerveaux endoloris. Demain, départ à 8h10 pour les premiers ateliers. Au programme : maths et préhistoire pour moi, et moyen-âge et mathématique en classe de 5eme pour mon mari.

Bonne nuit !

vendredi 16 octobre 2015

tracer une bissectrice, c'est toute une aventure

Sixième, nous apprenons à tracer la bissectrice d'un angle. Nous avons plié des triangles de papier, tout colorés, et fait apparaître les plis-bissectrices. Nous avons parlé de symétrie, nous avons remarqué que sur tous nos triangles les bissectrices se croisaient en un même point et invité le mot "concourantes". Nous sommes revenus à l'étymologie de "bissectrice", et nous avons reconnu des bissectrices déjà tracées, au milieu d'une forêt de demi-droites, à l'aide du rapporteur. Les élèves ont réactivé tout seuls comme des grands la notion d'angles adjacents. Nous avons codé nos figures, de différentes façons, pour exprimer tout ce que nous pouvions. Nous avons synthétisé en une trace écrite sobre. Bref, jusqu'ici, c'est fluide, fourni, tout va bien.


Et puis vient le moment de tracer nous-mêmes. D'abord un angle de 40°. Facile, 40:2=20, hop on sort le rapporteur et zou, voilà une belle bissectrice. Et puis 282°. Bon, ça va, mais c'est moins facile car il faut décider de quel "côté" on se place. Le premier mouvement est de considérer l'angle aigu. Et 53° ? Les ennuis commencent pour mes élèves : il faut diviser 53 par 2, mais a-t-on le droit aux nombres décimaux pour une mesure d'angle ? Et puis il y a ceux qui se trompent dans le calcul, et ils sont nombreux. Et enfin, il faut représenter un angle de 26,5°. Pas facile, pas satisfaisant pour beaucoup d'élèves.
Je joue sur leur frustration prévisible pour leur proposer une autre méthode. Une méthode sans calcul, sans rapporteur, sûre et précise. Ooooooh, ils me disent. J'ai l'attention de chacun, je leur montre en reprenant au départ : je voudrais faire ci, il me faudrait ça. Quel outil pourrait m'être utile, au vu de la problématique ? Le compas, ils me répondent. J'attrape mon compas, je leur demande à quoi ça sert. A tracer des cercles, certes. A reporter des longueurs, oui, plus souvent encore. J'en profite pour sortir la corde qui me sert plus souvent que le compas de tableau, peu pratique et encombrant. Des élèves sont surpris de voir se dessiner un cercle, grâce à la corde. Nous revenons à ce qu'est un cercle, au départ. Ce n'est pas juste un rond ; c'est un ensemble de points qui ont tous la caractéristique commune d'être situés une distance égale du centre. Je parle de mouton, de piquet et d'herbe broutée. Et nous revenons à la bissectrice : comment la représenter à l'aide du compas ?

Je fais une démonstration, j'explique le pourquoi et le comment, j'envoie un élève qui refait, je projette une vidéo qui re-re-montre, j'envoie successivement trois autres élèves, en variant la nature de mon angle, et puis il faut s'y mettre individuellement.

Et là il y a des surprises :

  • Il y a celui qui ne marque pas les arcs sur les côtés de l'angle. Il pointe le compas n'importe où sur un côté, trace un arc. Et puis il vise : il pose le crayon du compas de façon à obtenir un deuxième arc de cercle, qui coupe le premier, situé de façon acceptable. A vue d'oeil, il a le sentiment que le point obtenu sera un point de la bissectrice. Sur la photo, on peut voir le crayon posé et la pointe en l'air. C'est une méthode inopérante en général, mais cet élève a compris ce qu'est une bissectrice : il est capable de porter un regard critique sur le résultat et sait quel genre de figure il doit obtenir. Mais il a fallu reprendre.

  • Il y a celui, dans le même genre de pifomètre, qui essaie carrément de me berner : 


Les arcs de cercle sont manifestement faits "à la main". Ceux qui déterminent le point de la bissectrice sont même joliment à l'envers. Cet élève n'en est toujours pas revenu : mais comment elle a su, la prof ???

  • Il y a celui qui commence bien, mais qui me déclare, perplexe : "madame j'ai pas de chance, j'ai fait un angle qu'a pas d'bissectrice".  La deuxième paire d'arcs est en dehors de l'angle aigu, et ne montre aucune envie d'intersection. Rhalala, comment allons-nous faire ??? Ici, on est sur une approche purement procédurale : cet élève n'a pas compris ou pas visualisé ce qu'il veut obtenir. Il essaie de reproduire des gestes, mais sans sens porté à ces gestes.

  • Et puis il y a celui qui, comme le précédent, se trompe de "zone" pour obtenir le fameux point d'intersection libérateur. Mais lui, il est choqué : "madame, j'ai beau recommencer avec des écartements différents, ça se coupe toujours sur le sommet !!! C'est fou comme truc !" Alors nous revenons sur l'objet compas. Puis sur une remédiation.


Quelques exercices et beaucoup de reformulations plus tard, je crois que ça va plutôt bien. Un élève me semble en difficulté, et il va lui falloir du temps. Ca sonne, nous y reviendrons la fois prochaine.

Et puis c'est la fois prochaine. Réactivation collective, mise en mots individuelle, réactivation fantaisiste, et "allons-y, je veux voir si vous savez ou pas. Si vous ne savez pas ce n'est pas grave, mais je saurai à qui je dois réexpliquer." Chacun va chercher une feuille de brouillon et c'est parti.

Première observation : lorsque je dis "tracez un angle de la mesure que vous voulez, de la nature que vous voulez, comme ça hop sans rapporteur", j'ai 26 angles de mesure comprise entre 30° et 50° sur 28 réponses.

Deuxième observation, presque tout le monde a réussi, mais parfois grâce à un encouragement :
"Madame, j'me souviens pu."
"Que cherches-tu à faire ?"
"A tracer la bissectrice de l'angle, là"
"Bien. Que vas-tu utiliser ?"
(regard désespéré de l'élève qui me répond, tenant son compas du bout des doigts et éloigné de son corps au maximum)
"Mon compas".
"OK. Tu commences par quoi ?"
"Chais pu"
"Quand on utilise le compas, on s'y prend comment ?"
"On pique sur un point. (court silence) Aaaaaah ben oui, yenapaplein, des points. Je pique sur le sommet. Hein, madame, je pique là ?"
"Oui. C'est bien d'utiliser le mot sommet. Comme ça je te comprends tout de suite. Tu sais quoi faire, ensuite ?"
"Oui oui oui, je sais, en fait je savais."
"Oui, en fait tu savais. Maintenant, tu le sais, que tu sais tracer une bissectrice".
Grand et beau sourire de l'élève. L'oeil pétille à nouveau, c'est tout bon. Il a compris, il a progressé et il est heureux.

Mais ça, ça s'est répété sept fois avec des élèves différents. Ce qui en dit long de leur rapport à la manipulation, à l'erreur ou au concept géométrique invoqué.

Sur 28 productions, seules deux sont à reprendre. Mais ça fait deux élève qui n'ont pas compris, et c'est encore trop.

Je vais laisser reposer et lorsque nous verrons le prochain thème de géométrie, j'y reviendrai. Et encore et encore.

La racine des mots est-elle carrée ?

La quatrième édition du prix La racine des mots est-elle carrée a débuté. Parmi une sélection d'oeuvres récemment éditées, conjuguant qualités littéraires et intérêt du contenu mathématique, un jury d'élèves et d'enseignants, encadrés par un auteur, vont élire le gagnant de la session 2016.
Les derniers lauréats étaient E. Lecroart en 2015 (Contes et Décomptes), Jean d'Aillon en 2014 (La conjecture de Fermat), et Yoko Ogawa en 2013 (La formule préférée du professeur). Il faut que je coure lire ce dernier : Yoko Ogawa est un de mes auteurs préférés en ce moment, et d'ailleurs je suis en train de lire Lecture des otages.

Sur le site de la racine des mots est-elle carrée, vous trouverez de plus amples informations. En particulier, le rédacteur du blog écrit :

Littérature et mathématiques sont deux facettes complémentaires de l’intelligence humaine, deux expressions de sa capacité créatrice, deux manières de travailler le réel par le langage. L'une nourrit l'autre. 

Je suis bien d'accord. Opposer compétences mathématiques et littéraire n'a aucun sens et est contre productif. Pour investir au mieux le réel, aucune piste n'est à négliger, aucune opportunité à ignorer.

S'affranchir de l'idée de frontière entre littéraires et scientifiques. Ne pas penser les maths comme arides et surtout ne pas confondre rigueur et rigidité.

Choisir, aimer, préférer, délaisser, critiquer. Exprimer ses choix et les défendre est un enjeu important, une incitation à lire et faire lire, et bien sûr une invitation à écrire.


Les élèves du lycée Jean Monnet de Montpellier ont bien de la chance !

Alors madame, vous zavez appris quoi à vot’stage ?

Ce matin, des élèves vont me poser cette question. J’en ai toujours qui me posent cette question. Comme je leur explique avant pourquoi je suis absente, ils viennent aux nouvelles. Et d’habitude, je leur réponds « J’ai appris des choses sur ceci », « j’ai découvert cela ». Ben cette fois-ci, non.
 
Je vais leur répondre : « Pfou, beaucoup de choses encore une fois. Mais je vous raconterai à la rentrée, quand j’aurai dormi, d’abord, et puis relu toutes mes notes et épluché les références bibliographiques qui m’intéressent. Mais là, après trois jours à Lyon à parler ingénierie de formation, explicitation, référentiel de l’éducation prioritaire, le tout du matin tôt au soir tard, je voudrais juste qu’on fasse des maths ensemble. ».
D’ailleurs au moment où j’écris ce post, dans le TGV Lyon-Paris, j’ai décidé de changer la nature de mes activités de demain (parce que je l'ai écrit hier, le post). J’ai envie d’une séance effervescente, où ça cogite, ça communique, ça confronte.

Voilà.
Je suis heureuse de retrouver ma classe.

PS : naaan Isa, y avait pas de jacuzzi… ;-)

On a gouté les gratons (du gras frit, c’est un concept assez particulier)

Et on aura vu de Lyon les rames de métro, les quais et les ponts, de nuit, pour aller dîner (mais bon, on était en formation, pas en vacances…)



dimanche 11 octobre 2015

Utiliser SacOche pour remédier

SacOche est un logiciel tout à fait extra, qui permet des tas de choses de façon simple et efficace. Exemple : aujourd'hui, j'ai corrigé l'interro de ma classe de sixième sur les angles. Pour remédier aux difficultés des élèves, j'ai préparé des fiches d'exercices qui reprennent certaines compétences qui sont le coeur de mes objectifs sur cette partie du programme.

Je peux visualiser tous les acquis, compétence par compétence, de chacun de mes élèves :


Je peux aussi trier ces informations, de façon à savoir dans quelles proportions mes items ont été réussis ou non:

Là, mes deux compétences "prioritaires" étaient connaître les notations (ici, relatives aux angles) et utiliser le rapporteur. 

J'utilise alors la fonction qui me donne ceci :


J'ai gribouillé les noms pour préserver l'anonymat, mais vous comprenez aisément l'idée : je peux composer des groupes, de façon à avoir un élève de chaque niveau dans le même îlot. Ceux qui savent faire vont expliquer aux autres, ceux qui savent presque faire vont confronter leur démarche à celles de leur camarades, ceux qui ne savent pas encore vont bientôt savoir.

Il existe même une fonctionnalité "constituer des groupes de niveaux", à partir de là, qui permet de tout bien rationaliser.

C'est pas beau, ça ? Merci, les concepteurs de SacOche !