Des maths (mais pas seulement) pour mes élèves (et les autres).

mercredi 14 décembre 2016

Un test pour prof de maths

Et ben oui après tout, pourquoi faudrait-il attendre l'été et s'infliger la "lecture" d'un magazine féminin à la noix pour se laisser à faire un test, pour nous, les profs de maths ?

Heureusement l'apmep a pensé à nous !

http://www.apmep.fr/IMG/pdf/Quiz_prof.pdf
C'est en cherchant à répondre à mon élève qui s'est moqué de mon nez que je suis tombée dessus :


Alors pour ma part, j'ai ex-aequo :
Par amour des élèves
Pour une haute idée de l'éducation
Et vous ?

Mathchoum

- Il est rigolo votre nez madame !
- Non, il n'est pas rigolo, il est rouge.
- Vous avez un rhume ?
- Oui. Un gros.
- C'est bête, hein, vous dites toujours que les maths c'est utile pour tout, mais vous voyez, c'est pas utile pour le rhume.
- ...

En hiver quand j’attrape un gros rhume, mon nez coule comme une fontaine et je prends la précaution de préparer chaque matin deux paquets de n mouchoirs en papier chacun que je mets respectivement dans la poche droite et dans la poche gauche de ma veste. Quand j’ai besoin d’un mouchoir, je choisis au hasard l’une des poches et je prends un mouchoir qui s’y trouve jusqu’au moment où je constate pour la première fois qu’une poche est vide.
Quelle est la plus petite valeur de n qui me donne plus de 3 chances sur quatre de trouver au moins 4 mouchoirs dans la deuxième poche afin d’avoir le temps de remplir à nouveau mes poches ? Calculer pour cette valeur de n, l’espérance mathématique du nombre de mouchoirs qui restent dans la deuxième poche.

Ahaaaaa, et toc ! C'est utile pour avoir toujours des mouchoirs dans ma poche !

Ce problème s'adresse aux élèves à partir de la classe de première.

L'intelligence n'est pas fixe

L'intelligence se construit au fil de la vie, à tous les âges, et l'enseignant a la responsabilité de la développer en permettant à l'élève de construire au mieux son cerveau. C'est un des axes de cette vidéo, qui examine ce que les neurosciences appliquées à l'éducation peuvent apporter aux enseignants, pour améliorer leurs pratiques.


Un autre intérêt de la vidéo est de présenter un projet qui a placé un groupe de professionnels (enseignants et chefs d'établissements) dans une posture de recherche, liée au terrain évidemment. Réussir à créer ce type de pont est très intéressant et assez inhabituel.

Je conseille vivement ce documentaire à mes étudiants de l'ESPE...

mardi 13 décembre 2016

Quand un syndicat ne fait plus son travail

En salle des profs, je suis tombée sur cette affiche syndicale:


Je précise que j'ai été une étudiante syndiquée, une enseignante syndiquée et même militante. Je ne le suis plus, car je n'arrive plus à me retrouver dans les discours syndicaux. Mais là, on pulvérise les scores de bêtises. Comment un syndicat peut-il assumer un tel ramassis d'âneries, de clichés, de désinformation et de démagogie ? J'ai cru que c'était une blague, au départ, une parodie. Mais non, évidemment non.

Je précise aussi que je ne suis pas acquise à tout nouveau dispositif, que je n'aime pas les réformes pour les réformes. Je rappelle aussi que notre système, au niveau du collège, ne fonctionne pas bien et que c'est mesurable.


Nous n'avons jamais bénéficié d'autant de formations, adressées à tous les enseignants de collège. C'est donc juste du mensonge. De plus, je pense qu'à partir de ces formations, nous sommes aussi aptes à nous former nous-mêmes, à rechercher l'information, à échanger nos pratiques. Nous sommes autonomes, en fait. Non ?

Après, on nous insulte franchement :




C'est une stratégie, de nous insulter en affirmant des bêtises à la file, sans aucun argument ? C'est la technique du je-te-tape-pour-te-faire-réagir ? Et si à la place on discutait de ce qui ne va vraiment pas dans cette réforme, et si on cherchait des solutions au lieu de caricaturer et ne nous mépriser ainsi ? Bref, si on agissait en adultes ?

Ah, mais j'ai trouvé une autre affiche, d'un autre syndicat. Je suis d'accord avec tout, cette fois : laissez-moi travailler, respectez ma liberté pédagogique, et c'est bien à nous tous, en tant que société (et avec les décideurs politiques qui nous représentent), de décider collectivement comment améliorer le système éducatif.


Ben voilà, on est d'accord en fait.

Ouf, j'ai eu peur.

Je n'aime pas les embouteillages, ni les rhumes. Et pas trop Noël, non plus.

Je quitte la formation que j'ai animée aujourd'hui. Je me dépêche : j'ai une heure de route et je suis pile poil dans les temps pour la formation suivante, à Dieppe.
Mon GPS me dit une heure. Parfait.

Je roule dix minutes, et mon GPS est tout rouge. Je regarde, il m'indique 1h17, puis 1h18, puis paf, 1h32... Ok, mais qu'est-ce que quoi ?

Une heure plus tard, je n'ai toujours pas traversé la Seine qui pourtant était toute proche. Je vais être en retard. Ma collègue formatrice va être à peu près à l'heure, car elle vient d'ailleurs, mais j'ai les documents d'animation. J'appelle la principale, nous nous organisons. J'appelle mon coordo, il lui envoie sur le champ par mail les documents de formation à imprimer. Ceux qui sont là, à côté de moi sur le siège passager.

Bon, c'est déjà ça. Natacha va animer, la principale a les supports. 

Et là, c'est l'enfer. Rien ne bouge, la circulation est à l'arrêt.

Il fait nuit, la lune est magnifique. J'ai un rhume carabiné, sans doute de la fièvre, et je me demande ce que je fais là. 

Pourquoi ce déploiement d'énergie ? Pourquoi ces heures à sillonner l'académie, à chercher à convaincre, à souffler sur l'étincelle du changement sans relâche, à proposer, à déconstruire, à reconstruire? Pourquoi refaire mes cours chaque année, voire plusieurs fois par an ? Pourquoi ne jamais lâcher l'affaire, avec les élèves, les parents, même (surtout ?) lorsque nous ne comprenons pas ? Pourquoi me lancer dans de nouveaux dispositifs avec avidité ? Pourquoi tant d'agitation alors que je pourrais vivre autrement, avoir du temps ? 

J'ai eu un moment de vide, toute seule dans la voiture, au milieu de tous ces véhicules klaxonnant de façon absurde, avec toutes ces décorations clignotantes nous incitant à être heureux tous en même temps, et à fêter ça en dépensant encore plus d'argent.

Et puis le vide s'est rempli d'un coup : je sais pourquoi j'y crois, je sais pourquoi je m'agite. Parce qu'il est fantastique de diversité, parce qu'il est utile, parce qu'il me permet de toujours réfléchir différemment, parce qu'il est tourné vers les autres, parce que je contribue à faire grandir des enfants, à les rendre autonomes, intellectuellement et socialement, à développer l'envie des futurs collègues, à trouver des solutions aux collègues moins jeunes.
Parce que c'est ma passion.

J'ai quand même mis trois heures à rentrer. Mais j'ai attrapé mon fils au vol et il nous a diffusé le e-penser qui explique pourquoi les embouteillages, ça existe.


lundi 12 décembre 2016

Mots de classe et asymptotes

Il y en a dans tous les styles, et de tous les genres :

Une élève, qui me fait plaisir et me laisse finalement perplexe :
Madame, j'aime beaucoup votre classe. C'est ma préférée. Elle est tellement décorée, on sent que vous aimez quand on fait des choses bien. Du coup, moi, je m'y sens chez moi. C'est marrant qu'il y a des profs qui trouvent que c'est nul de décorer comme vous faites.

Un étudiant, qui a tort, en l'occurence. J'était parfaitement claire :
Non mais vous savez, à un moment donné se reposer c'est la chose la plus rationnelle à faire. Parce que là je ne comprends même pas ce que vous essayez de dire. Pourtant je constate que vous y mettez du coeur, mais je ne comprends pas.

Un élève que je ne connais pas, au club maths :
Mais donc un jour vous vous êtes dit tiens, je vais faire des maths, comme métier ? C'est bizarre, hein. Je préfèrerais encore croque-mort ou écrivain. Enfin non, pas écrivain, quand même. Ecrivain, c'est mortel.

Un élève, qui m'a bien énervée :
Madame, j'vous adore. Même quand vous me disputez, ben même ça c'est bien fait.

Une élève, qui peut être rassurée : en vacances, ça va très bien aussi, même si je serai heureuse de retrouver ce petit monde :
On va trop vous manquer, pendant les vacances non ? Comment vous faites sans nous en fait ?

Et ma préférée, d'un étudiant :
Vous êtes quelqu'un d'asymptotique. Vous avez un problème avec vos limites.
Mmmh, possible.


dimanche 11 décembre 2016

On dirait que ça se calme

La dernière étude Pisa qui était sortie nous avait accablés. On n'avait parlé que de ça pendant un bon bout de temps, partagés entre l'apitoiement sur nous-mêmes, l'auto-flagellation et la remise en cause
des protocoles de Pisa.

Quand Timss est sortie il y a peu, badamoum et reblotte. Mais là, pour Pisa, le choc m'a semblé moindre. Mieux anticipé, déjà, "grâce" à Times, et puis peut-être pris avec de toute façon plus de distance : l'habitude, que voulez-vous...

Alors que lire qui soit intéressant sur le sujet ?
D'abord, évidemment, Jean-Paul Delahaye. Dans le Café Pédagogique, il explique que non, il n'y a pas lieu de se décourager : "Le niveau en sciences est stable, même si le nombre d'élèves en difficulté augmente. Les maths aussi. On progresse en compréhension de l'écrit. Notre problème c'est que la moyenne ne veut rien dire chez nous.". C'est là que nous sommes dramatiquement mauvais : "Il y a un grand écart entre les élèves selon leur origine sociale. On voit un creusement des écarts. L'Ocde nous dit que la relation entre performances et origine sociale des élèves est une des plus fortes des pays participant à Pisa."
Comment ne pas se révolter devant ce constat ? Nous tous, nous participons à cette inégalité des chances. Nous permettons que soit entretenu le déterminisme social.

Que propose Jean-Paul Delahaye ? Par exemple "Mettre aussi dans les zones prioritaires de l'organisation, davantage de moyens pour les enseignants. On l'a toujours fait pour les élites, les CPGE par exemple qui ont à la fois un meilleur traitement et des horaires aménagés. On a peu songé à le faire pour ceux qui enseignant en zone prioritaire. On a commencé avec les rep+ il faut aller plus loin." Yes !

Un autre article du Café Pédagogique examine les corrélations entre différents facteurs et la réussite des élèves :
  • le lien avec la dépense en éducation: pour Pisa, jusqu'à 50 000 $ par élève il y a un effet direct de la dépense d'éducation. Au delà, le lien direct disparait. Et c'est à nuancer : à résultats identiques, la Pologne et la Norvège dépensent du simple au double.
  • le lien avec le salaire des enseignants : il est plus clair, mais là aussi avec des exceptions. La France et l'Allemagne ont des résultats voisins mais le niveau de salaire en Allemagne est le double de la France. 
  • le lien entre le nombre d'élèves par classe et les résultats est net. Plus l'effectif augmente, plus les résultats descendent. 
  • le lien avéré entre le climat de classe et la discipline à l'école, et le niveau en sciences, est avéré. C'était prévisible, mais rappeler les évidences est parfois utile.
  • le lien avec les pratiques de classe est confirmé : expliquer les notions scientifiques, faire un lien avec d'autres phénomène scientifiques, s'adapter au niveau de la classe, faire attention aux progrès et performances des élèves. Ca alors, c'est fou... 
Et comme c'est la fête du Café Pédagogique, un dernier article ici pour réfléchir à la validité de Pisa. Cette réflexion même devrait nous interroger sur notre rapport à la performance, à l'élitisme, à l'erreur.


Cela dit, on trouve des articles mesurés un peu partout. On pourrait presque parler de volonté de nuancer le propos, ce qui est un indéniable progrès, comme ici. Il y a aussi des reportages un peu déstabilisants, comme  : je suppose que la méthode dite de Singapour est plus complexe que ça... Parce que ce qui est montré dans le reportage, je le vois mis naturellement en oeuvre dans des tas de classes. On dirait qu'on redécouvre l'efficacité des manipulations pour comprendre et pour les impliquer.

Sur le site de Sciences et Avenir, un article pose une question entendue souvent ces derniers jours : le problème se résume-t-il à une formation déficiente des profs de maths? L'article, en fait, parle des professeurs des écoles, qui en effet eux aussi enseignent les maths. Selon Roger Mansuy,  "le problème principal est celui de la formation des professeurs des écoles. Très peu d’entre eux ont fait des études scientifiques et peu ont apprécié les mathématiques au cours de leur scolarité. De ce fait, ils ne peuvent pas donner le goût des maths aux élèves. Nombreux sont les professeurs qui ont une compréhension très superficielle des maths." Boum, ça pique. L'article détaille peu, finalement, et n'approfondit pas. Dommage.

Dans la catégorie provocation, passeur de sciences nous rappelle, avec plus ou moins de bonne foi, comme nos décideurs politiques sont mauvais en maths. Mais je vois là une démarche doublement négative : d'abord, certaines erreurs sont en fait peu révélatrices, et ensuite c'est encore un façon de banaliser le fait d'être mauvais en maths. Parce qu'être mauvais en maths, c'est vraiment dommage, et cela va empêcher de vivre aussi bien que si on comprend les mathématiques. Comme pour tout le reste.

Enfin, même si je l'ai déjà cité, vous retrouverez ici une revue de presse par le biais de l'Ifé.